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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Sous Mgr Léonard, le diocèse de Bruxelles est passé de 4 à 55 séminaristes

Mgr Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles, est sur le départ pour laisser la place à son successeur. Extrait d'un entretien traduit par Benoît-et-moi :

Mgr Leonard 4"[…] Lorsque je suis arrivé, il y avait quatre séminaristes pour tout le diocèse, et seulement deux filières pour devenir prêtre : étudier à Namur, dans le séminaire que j'avais réformé (pour les francophones) ou étudier au séminaire de Louvain (pour ceux dont la langue est le néerlandais). J'ai pris l'initiative de créer un séminaire Redemptoris Mater ; ainsi, j'ai pu accueillir une vingtaine de séminaristes originaires d'Italie, d'Espagne, de Pologne et d'Amérique Latine, qui s'adaptent fort bien à la culture de notre pays car ils ont comme principe d'apprendre les deux langues nationales (le français et le néerlandais) ; leur exemple a stimulé quelques Belges à faire de même. Voici deux ans, j'ai créé une Fraternité de prêtres et de séminaristes, inspirés par l'activité pastorale d'un prêtre français, curé de paroisse à Marseille, le père Michel-Marie Zanotti. Ce sont des séminaristes qui se sentent particulièrement appelés à l'élan missionnaire. Ils ont une identité bien marquée : déjà lorsqu'ils sont admis comme candidats au sacerdoce, ils portent une soutane très simple.

Qu'avez-vous demandé à ces prêtres ?

Je souhaite que, comme prêtres, ils travaillent en groupe, qu'ils s'organisent pour vivre ensemble, à deux ou trois. Cette idée a attiré beaucoup de candidats. Je laisse un diocèse avec 55 séminaristes, dont 28 membres de cette fraternité. Ils sont si nombreux que je n'ai pas jugé bon qu'ils restent tous dans le diocèse de Malines-Bruxelles ; j'ai donc proposé un accord avec l'évêque de Bayonne, qui a reçu un prêtre et quatre séminaristes. […]

Améliorer la qualité de la liturgie était une autre de mes priorités. La liturgie doit avoir deux qualités : elle doit laisser resplendir la beauté et la gloire de Dieu, mais elle doit aussi parler au cœur des gens ; elle doit donc renvoyer à la gloire de Dieu, à l'amour de Jésus-Christ, à la présence de L'Esprit-Saint, et en même temps toucher le cœur des fidèles. A Bruxelles, et dans la partie francophone du diocèse, la situation de la liturgie est assez bonne, même si des améliorations sont toujours possibles. Mais, dans la partie flamande, comme dans toute la partie flamande du pays, la liturgie, dans beaucoup de paroisses, a été « aplatie ». J'ai écrit à chaque paroisse où je suis allé afin d'inciter les gens à prier avec plus de ferveur, et aussi avec le corps parce qu'on prie aussi à travers les attitudes du corps. J'ai aussi beaucoup insisté pour que la communion soit vécue avec respect, amour, avec beauté aussi, et pour qu'on ne la reçoive pas comme on mange un « chip ». Malheureusement, le « chip eucharistique » existe ; on communie sans respect. J'ai insisté sur ce point, mais il y a encore du travail. J'attache beaucoup de prix à l'adoration eucharistique, qui est un beau prolongement de la célébration parce qu'une messe ne dure qu'une heure et que l'on n'a pas assez de temps pour intérioriser la richesse de la communion ; l'adoration donne du temps pour s'exposer à la Présence. […]

Lorsque je rencontrais des personnes divorcées ou séparées, je les aidais, dans la mesure du possible, à rester fidèles à leur mariage, et aussi à leur conjoint, même s'ils étaient séparés. Je faisais cela avec l'aide d'une communauté appelée « Notre-Dame de l'Alliance ». Et, s'ils ne pouvaient, ou ne voulaient pas, faire ce choix, et si, pour diverses raisons, ils se remariaient, parce qu'ils ne se sentaient pas appelés à vivre seuls ou bien s'ils désiraient assurer l'éducation de leurs enfants, je les aidais à faire un choix authentiquement chrétien, en m'inspirant de Familiaris Consortio. Je leur expliquais alors que, du fait de leur remariage, ils devaient s'abstenir de la communion, parce qu'il y a une contradiction objective entre l'alliance nouvelle et éternelle que constitue l'Eucharistie et l'alliance conjugale qui se trouvait rompue. Lorsque l'on prend un peu de temps, dans une ambiance de prière fraternelle, les gens peuvent accepter ce langage. Dans mon équipe, j'avais aussi des divorcés et des personnes remariées, mais ils donnaient toujours le témoignage de la fidélité à l'enseignement de l'Evangile et de l’Église.

Comment dès lors jugez-vous la réponse donnée à cette question par le synode des évêques ?

J'ai l'impression que, lors du dernier synode, on a tenu – à propos de ces situations – un langage ambigu qui permet diverses interprétations. Ce langage a déjà fait l'objet d'une récupération, comme s'il équivalait à un accès à la communion qui dépende seulement de la conscience personnelle ou de l'avis d'un prêtre local. Mais ce qui est en jeu est, par sa nature, universel. Cela ne dépend pas de situations locales mais de la nature même de l'alliance conjugale. J'espère que l'exhortation post-synodale pourra clarifier ces difficultés. […]

Quel est le rapport avec la politique ?

Il y a une présence forte de la franc-maçonnerie dans les milieux politiques, alors que les partis qui se référaient à une identité chrétienne ont quasiment disparu. Toutefois, je ne considère pas qu'il faille nécessairement des partis avec une étiquette chrétienne-catholique: cela peut être ambivalent. Je considère par contre comme très important que des chrétiens s'engagent en politique, des chrétiens fidèles à un idéal exigeant et capables de justifier leurs choix par des arguments rationnels.

Quel a été votre engagement pour former des jeunes impliqués dans la politique ?

J'aurais pu faire plus. J'ai rencontré à plusieurs reprises des groupes de jeunes ; certains étaient étudiants, d'autres avaient déjà une vie professionnelle : tous souhaitaient s'engager en politique par idéal chrétien. Je les ai vus souvent, mais peut-être pas assez. Voici quelque mois, j'ai rencontré un groupe de jeunes professionnels qui m'ont demandé de leur donner une formation philosophique. C'est un groupe de 25 personnes qui viennent chez moi douze samedis par an, pour avoir un discernement chrétien dans le domaine de la philosophie moderne. J'ai admiré leur désir de se former parce que c'est là une chose qui souvent fait défaut. Si l'on veut s'engager dans la vie politique, on doit être capable de développer des arguments valables et solides du point de vue philosophique et rationnel. Dans un parlement, il ne suffit pas de faire référence à la Bible ou au Coran, il faut débattre avec des arguments accessibles à la raison. […]"

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