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Pays : Arménie

Sœur Arousiag, au cœur de la jeunesse d’Arménie

Sœur Arousiag, au cœur de la jeunesse d’Arménie

Première partie de notre trilogie sur la Congrégation des Sœurs Arméniennes de l’Immaculée Conception

Née en Syrie, à la sortie de la seconde guerre mondiale, sœur Arousiag est la Supérieure de cette congrégation fondée le 5 juin 1847, à Constantinople. Elle est surnommée la « mère Teresa » d’Arménie. A Rome, son nouveau port d’attache, elle multiplie ses activités, sa vie de foi et sa vie de prière, pour venir en aide aux populations fragiles, à commencer par la jeunesse. Interview d’une sœur qui vit au cœur de l’Eglise et de la jeunesse abandonnée, orpheline, et, pauvre.

Bonjour Mère, vous êtes la Supérieure de la Congrégation des Soeurs Arméniennes de l’Immaculée Conception. Pouvez-vous vous présenter ?

Sœur Arousiag : Comme tout le monde en Arménie me connait sous le nom de Sœur Arousiag, j’ai tendance à toujours me présenter ainsi tout en respectant ceux et celles qui voudraient plutôt se référer à Mère depuis mon élection comme supérieure générale, en décembre 2016. Je suis née à Alep, en 1945. Mais, j’ai vécu entre la Syrie et le Liban, puisque mes grands-parents maternels vivaient à Beyrouth, et, que le travail de mon père nous y a conduit. J’ai passé toute une partie de mon enfance au Liban. 

Votre enfance a été bercée par un climat catholique favorable, un terreau qui a permis à votre vocation de germer et de fleurir. Comment vous est venue votre vocation ?

Mes parents étaient catholiques pratiquants. Mon père, orphelin du génocide, sauvé par sa tante maternelle, a rejoint très jeune l’armée française à Alep. Il l’a servie, fidèlement, pendant vingt-cinq ans.  De ce fait, il préférait toujours assister à la Messe latine. Ma mère fréquentait l’Eglise arménienne.  Avec mes quatre sœurs (je suis la cadette), nous accompagnions papa ou maman tous les dimanches. Chaque jour, j’assistais, avec ma mère, à la Messe de cinq heures chez les pères jésuites. Je dois ma vocation à ma mère qui, elle-même, voulait devenir religieuse, mais ses parents l’avaient mariée très jeune. La Petite Sainte Thérèse de Lisieux compte, aussi, dans ma décision. Au début, je voulais rejoindre les carmélites, qui avaient un couvent à Alep. Mais, mes amies m’ont convaincue de rejoindre la Congrégation des Sœurs Arméniennes afin que je puisse servir mon peuple.

Pour les Arméniens, la famille est sacrée 

Parlez-nous un peu plus de votre famille. En occident, les familles sont éprouvées : les couples se déchirent, se séparent et divorcent. Depuis 1975, l’avortement, le divorce, l’euthanasie sont devenus des droits. Les enfants en souffrent. Avez-vous une réponse à apporter pour re-donner du bonheur dans les familles ?

Je dois dire que j’ai eu une enfance très heureuse, malgré les difficultés rencontrées par mon père pour trouver un emploi après avoir quitté l’armée. Ce fut une grande souffrance pour lui. Il était musicien, il jouait très bien de la trompette, mais n’ayant pas fait d’études supérieures, il n’a jamais pu trouver un emploi fixe.  Ma mère, qui avait fréquenté le lycée des Sœurs Arméniennes, voulaient absolument que ses enfants fréquentent aussi son alma mater.  Comme les élèves du lycée venaient de familles bourgeoises, nous ne nous sentions pas à notre place, mais le niveau élevé de l’instruction a été notre consolation. Je dois ajouter que les sœurs m’ont beaucoup aidée à mûrir ma vocation.  Ce sont elles qui m’ont fait connaitre la Petite Thérèse, qui jusqu’à maintenant, reste mon modèle avec Mère Teresa de Calcutta. Pour les Arméniens, la famille est sacrée ; les couples ne divorcent pas facilement. Cependant, il faut avouer que beaucoup de choses ont changé.  Les jeunes ne prennent plus au sérieux les responsabilités de la famille, ce qui les poussent à la séparation et au divorce.  Le sens du sacrifice n’existe plus ; on est devenu très égoïste.  Je crois que le culte du « moi » est à la racine des maux de notre société. Les parents, trop pris par leurs carrières ou leurs occupations différentes, ne donnent plus de leur temps pour leurs enfants. Par conséquent, les enfants ne jouissent pas de l’amour et de la présence de leurs parents.  « Je ne puis donner ce que je n’ai pas reçu. »  Ces enfants ne sauront pas donner à leurs enfants ce qu’ils n’ont pas reçu.  Et ainsi les générations se suivent, avec leur fragilité et leur souffrance qui augmentent. Un milieu familial dans lequel les parents s’aiment et les enfants se sentent aimés et appréciés est très important pour garantir le futur d’une société heureuse et saine. A cette condition, le bonheur est possible.

Votre communauté est présente dans une dizaine de pays. Combien êtes-vous en tout ? En Arménie, combien d’enfants et de jeunes filles aidez-vous ? 

La Congrégation est présente dans dix pays. Notre nombre a beaucoup diminué durant les 30 dernières années à cause de la guerre au Moyen-Orient et de la baisse de la natalité. Nous sommes une cinquantaine. De ce fait, dans nos écoles, le nombre réduit des religieuses ne leur permet pas toujours de s’occuper des jeunes, comme elles le souhaiteraient.  Notre espoir pour de nouvelles vocations se trouve en Arménie où nous avons plusieurs jeunes dans nos centres de Gumri, de Dashir et d’Erevan.

J’ai cru comprendre que vous vouliez “réenchanter l’Arménie”. Qu’est-ce que cela veut dire au juste ?

Je voudrais faire beaucoup de choses pour l’Arménie, la foi chrétienne étant la première chose à inspirer à nos jeunes ; une foi authentique et vivante. Une foi qui débouche sur la charité. Les soixante-dix ans de communisme ont laissé des traces et mené à une indifférence profonde pour nos valeurs chrétiennes.  Il y a une grande perte des valeurs morales auxquelles mon peuple était pourtant si attaché. Je voudrais recréer une éducation basée sur les valeurs humaines et chrétiennes, le respect des droits de l’homme, l’altérité, l’égalité des sexes, l’acceptation des personnes handicapées comme don de Dieu, et, leur intégration dans la société. Le service aux personnes les plus fragiles.

« Seule, on ne peut rien faire »

En Arménie, pour vous occuper de ces centaines de jeunes, vous êtes entourée de vos sœurs et de vos bienfaiteurs. Qui sont-ils ?

Vous savez bien que seule, on ne peut rien faire. En Arménie, nous avons dix religieuses qui font un travail formidable dans nos orphelinats de Gumri et de Dashir, notre centre de jour pour les personnes âgées, le lycée professionnel, le centre pour les universitaires nécessiteuses, et, surtout notre colonie de vacances où nous accueillons plus d’un millier d’enfants chaque été.  Nous arrivons à accomplir toutes ces activités grâce à nos bienfaiteurs. Parmi eux, nous avons des organisations humanitaires qui nous aident depuis notre arrivée en Arménie.  Nos centres portent le nom de nos bienfaiteurs : le Centre Educatif Boghossian de Gumri, le Lycée professionnel Raymond et Ani Kouyoumjian, le Centre de jour pour les personnes âgées Nadine Basmadjian, le Centre de Jeunes Ani Bezikian, à Kanaker, dans les hauteurs d’Erevan. Il y a, aussi, le camp Fondation Alliance Arménienne. Nous avons, enfin, des organisations et des particuliers qui nous aident régulièrement comme l’Œuvre d’Orient, l’Association Alliance Arménienne, etc.

L’Arménie est un pays qui souffre encore. Les génocides et les guerres contre le peuple arménien paraissent incessants. Comment fait-il pour être aussi fort dans l’adversité, aussi résilient ? 

Oui, toute l’histoire de l’Arménie est marquée par des guerres et des génocides. Plusieurs fois nous avons été chassés de notre pays, nous avons subi le joug impitoyable de dynasties étrangères, mais les arméniens ont toujours pu renaitre de leurs cendres grâce à leur foi et à leur ténacité pour préserver leur identité nationale.

Le Seigneur parle à notre monde par des signes

Dernières questions : face à une partie du monde en déclin, face à la déchristianisation en cours, quelles sont vos raisons d’espérer ? Et, enfin, quel est votre agenda dans les mois qui viennent ? Allez-vous venir en France avec votre chorale, comme convenu ?

Je crois que le Seigneur parle à notre monde par des signes assez forts. Les guerres, les tremblements de terre, les inondations, les incendies ici et là, la pandémie qui paralyse toute la planète, etc. Tout cela doit nous inviter à une conversion individuelle et, aussi, générale.  Pour assurer la paix entre les nations, il faut rétablir la paix dans les cœurs de chaque personne. Cela se fait seulement par l’amour réciproque, un amour qui se donne sans compter et sans attendre de retour. On ne regarde plus assez la croix du Christ pour comprendre le vrai amour, le don total de soi-même pour son prochain. Malgré tout ce qui arrive dans le monde, j’ai une foi inébranlable dans le pouvoir du Seigneur, Créateur du ciel et de la terre, et la capacité de l’homme, créé à l’image de Dieu, à retourner à ses racines. Prochainement, si Dieu le veut bien, je voudrais aller en Arménie en avril et ensuite au Liban et peut-être à Alep. Je passerai surement par la France pour saluer nos bienfaiteurs français. Notre Chœur devait chanter à Strasbourg en juin prochain, mais à cause de la Covid-19, on a repoussé le voyage à juin 2022.

Interview réalisée par notre envoyé spécial Antoine BORDIER Photos © DR

Si vous voulez aider la Congrégation des Sœurs Arméniennes de l’Immaculée Conception, et, leurs jeunes, contactez-les, par mail : [email protected]

Site internet : Notre-Dame D’Arménie – “LAISSEZ VENIR À MOI LES PETITS ENFANTS”.   Marc 10:14 (olarmenia.org)

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