"Si le Liban ne résiste pas à la poussée de l’Islam, c’est tout l’Occident qui risque de basculer"

Article de Mgr Marc Aillet, paru dans le mensuel diocésain « Notre Eglise » N°24, mars 2012 :

A"A l’invitation la Princesse de Lobkowicz, fondatrice de l’association Malte-Liban et en lien avec le Dr Aimé Deguy, cardiologue à Beyrouth, j’ai eu la joie de passer trois jours au Liban. Trois jours de communion fraternelle dans le Christ, d’échanges et de découverte d’un pays aux profondes cicatrices, mais quelle espérance !

Quelques minutes après l’atterrissage, l’immersion complète est au rendez-vous avec une rencontre inoubliable au Carmel de Harissa. De très jeunes novices, et une fondation récente, donnent à cette communauté vivante et très ancrée dans la vénérable tradition carmélitaine, une authenticité saisissante. A quelques kilomètres de là, se trouve le patriarcat maronite du Liban, Bkerké, où nous sommes accueillis avec beaucoup de chaleur par sa Béatitude Mgr Bechara Boutros Rai, successeur du Cardinal Sfeir.

Au plan de la sécurité, les contrôles réguliers effectués par l’Armée Libanaise sur les différentes parties du territoire trahissent, malgré une apparence de relative opulence, que le pays est en état de vigilance constante, et ce pour de nombreuses raisons. Terre majoritairement chrétienne il y a un demi-siècle, le Liban a une population à dominante musulmane, environ 65 %, mais, par le jeu des alliances (et donc des divisions) avec les chiites ou les sunnites, il est possible pour les chrétiens de conserver une certaine marge de manœuvre. Le pays est aujourd’hui l’objet de convoitises diverses. Israël  y voit un déversoir naturel pour les millions de palestiniens voisins tandis que l’Arabie soutient les sunnites et l’Iran, Hezbollah oblige, les chiites. L’influence de la Syrie est encore très forte, et les événements actuels qui ensanglantent le puissant voisin actuellement gouverné par le redoutable Bachar-el-Assad, sont une source de vive inquiétude pour les chrétiens. Entre la peste et le choléra, ils ne savent et ne peuvent choisir.

A l’occasion d’une soirée-débat, j’ai perçu la profonde lucidité des libanais face aux enjeux qui les concernent. Sur la question de l’Islam, les uns comme les autres affirment sans ambages que lorsqu’un chrétien s’affiche chrétien, c’est-à-dire qu’il ne rougit pas de sa foi et la proclame sereinement, il est respecté. S’agissant des clercs, le port de l’habit ecclésiastique leur permet de témoigner de l’Evangile de manière toute particulière, et les musulmans ne s’y trompent pas. Les évêques et prêtres maronites, antonins, grecs-catholiques avec lesquels nous avons pu nous entretenir le confirment.

La rencontre avec des figures politiques libanaises chrétiennes m’a permis de mesurer différents niveaux de conviction. Le courage du jeune député Samy Gemayel exprime à quel point l’avenir du Liban se joue en ce moment. Les dix prochaines années seront décisives. De manière très différente, le général Aoun nous a confié sa vision et ses projets. Quoi qu’il en soit, m’est apparu clairement que la France ne devait pas laisser tomber le Liban. Depuis Saint Louis, le destin de nos deux nations est lié.

La visite de deux dispensaires soutenus par l’Ordre de Malte, Barqa et Kefraya, nous a ouvert les yeux sur la générosité des chrétiens dans les zones contrôlées par le Hezbollah. Avec courage et détermination, ils apportent une aide inconditionnelle à tous, certains n’étant pas toujours animés de bonnes intentions ; vexations, harcèlements et autres agressions sont en effet fréquents. Dans le même secteur géographique, le sanctuaire de Bechouat, jumelé avec celui de Pontmain est le lieu d’une fervente dévotion mariale ; nous avons pu le visiter en compagnie de l’évêque du lieu, Mgr Simon Attalah, de Baalbek.

Pour conclure, je souhaiterais redire avec force combien notre soutien au Liban, pour reprendre les mots du patriarche maronite, Mgr Raï, n’est pas le soutien d’une minorité chrétienne mais l’exercice de la charité qui unit entre elles les églises ; c’est en effet l’unique Eglise du Christ que nous devons soutenir sur cette terre sainte. Enfin, il faut bien comprendre que si le Liban ne résiste pas à la poussée de l’Islam, c’est tout l’Occident qui risque de basculer. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.

Notre-Dame du Liban, priez pour le Liban, priez pour la France."