Exclusivité du Salon Beige: la diffusion des différents articles du dossier de Politique Magazine consacré à l'indispensable réforme nationale. Aujourd'hui, Pierre Chalvidan.
Et si l’un des remèdes à la crise que nous traversons se trouvait dans la famille ? Encore faut-il avoir de ce socle de la société une vision positive et non pas chercher à le déconstruire comme le tente, depuis plusieurs mois, le gouvernement.
S'il y a un point d’appui privilégié pour sortir du marasme, c’est bien celui de la famille. D’abord pour une simple raison de bon sens, même si elle ne semble pas partagée par nos actuels gouvernants, pourtant adeptes du réalisme social : il suffit de faire la liste de nos précarités pour se rendre compte que les remèdes se trouvent à titre principal dans la famille. C’est une évidence, qu’il s’agisse de l’échec scolaire, de l’insertion professionnelle, de la délinquance, de la relance économique, des retraites… etc. Et, plus profondément, de la confiance, de la responsabilité, de la solidarité… La famille ne « reproduit pas seulement les inégalités », elle est aussi, et d’abord, principe de liberté, d’égalité et de fraternité.
Et c’est encore une évidence que si on laisse se déliter la famille ou, pire, si on poursuit sa déconstruction, on va déclencher un « effet banquise » dévastateur.
Cependant – on a déjà eu l’occasion d’y insister – ce serait une grave erreur de se positionner sur ce seul registre de l’utilité sociale car, en partant de lui, on peut justifier toutes les formes de famille et de politique familiale. Comme l’explique Fabrice Hadjadj, la famille est une source, un foyer qui éclaire et fonde les autres choses et qui ne peut pas être lui-même fondé ni éclairé. Il n’y a pas, dit-il, au niveau humain, de principe antérieur à la famille : elle est la communauté originelle source de tous les liens, de l’humain institué. Jusqu’à la Cité. L’institution instituante. Et s’il en est ainsi, c’est parce qu’elle repose sur ce donné anthropologique de l’homme créé dans la différence sexuelle (le couple) et ordonné à l’entretien de la vie : l’enfant.
Dès lors, les trois axes d’une politique familiale coulent de source : le souci de l’institution, le soin du couple, l’intérêt supérieur de l’enfant. On s’en veut presque de devoir les rappeler ! On le fera cependant en pointant simplement leurs principales implications normatives.
1/ le souci de l'institution
Un souci qui est, plus largement, le souci prioritaire d’aujourd’hui. Nos sociétés sont malades de la désinstitutionnalisation, de la déconstruction des institutions dans leur verticalité porteuse. Le modèle dominant n’est plus celui de l’arbre (généalogique) mais du rhizome, du réseau.
Il faut donc repartir de la base et qui dit institution, dit norme et modèle de référence. La multiparentalité existe mais elle ne justifie pas pour autant le self-service normatif et la reconnaissance juridique de toutes les formes d’association. Il faut donc rebâtir une normativité par le haut. Peut-être alors convient-il d’insérer dans la Constitution une charte de la famille, de l’écologie familiale. Elle y aurait autant sa place que celle de l’écologie au sens courant, parce qu’elle serait encore plus… naturelle : par-delà les diversités, il y a un invariant familial qui traverse toutes les sociétés autour du couple fondateur et de la transmission de la vie.
2/ Le soin du couple.
C’est dire que le point fort d’une telle charte serait la réaffirmation de la centralité du couple dans sa différence sexuelle. C’est elle qui, à la racine, fonde la famille avant l’amour, le sentiment, l’affection. Elle doit donc être gravée au coeur du mariage et accompagnée de tous les soins nécessaires – une politique du « care » – pour garantir la verticalité et la durabilité de l’institution : liens du sang, filiation, patrimoine…
3/ l'intérêt supérieur de l'enfant
Là aussi, il faut sortir de l’ethos contractuel dominant. Le mariage n’est pas un contrat mais un serment, un pacte, un consentement à un donné qui institue la « personne morale » génératrice de toutes les autres. Qui lui sont donc subsidiaires. À commencer par l’État : en tant que gestionnaire du vivre-ensemble, il doit être le premier garant des liens. Et cette personne morale est trinitaire : le père, la mère, l’enfant. L’enfant comme dépositaire du mystère de la vie, comme signe de la primauté de la personne humaine, comme symbole de la liberté créatrice, comme sacrement du don et de la gratuité. Comment peut-on simultanément dénoncer la marchandisation du monde et l’introduire au coeur de l’humain ?!
Sur le plan des normes, il en découle au moins trois impératifs. D’abord celui de la réaffirmation de la suprématie du droit de l’enfant sur tout autre droit. L’adoption notamment ne doit pas être un moyen de reconnaître un droit à l’enfant. Et il en va de même, bien sûr, pour la PMA et la GPA… Ensuite celui de la réaffirmation de l’autorité parentale et de son exercice « conjoint », bien plus importante que le statut du beau-parent… Enfin celui de la consécration du rôle premier de la famille dans l’éducation qui est peut-être le ressort profond de sa légitimité : l’acte infini d’élever l’homme, de le faire naître et grandir, croître et se multiplier… Loin de marginaliser la famille, il faut au contraire la remettre au centre du processus éducatif. Avec tous les moyens nécessaires : liberté de choix, congé parental, chèque scolaire, quotient familial, prestations d’accompagnement… C’est là, dans l’éducation, que l’intérêt de l’enfant est d’abord en jeu.
Si, selon le propos de Benoît XVI, la question sociale est devenue radicalement (à la racine) une question anthropologique, l’enfant est au centre de cette question anthropologique. Son successeur, le pape François, le disait superbement dans sa récente homélie à Bethléem : « Chaque enfant qui naît et qui grandit en chaque partie du monde est un signe diagnostic qui nous permet de vérif ier l’état de santé de notre famille, de notre communauté, de notre nation… ».

