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France : Politique en France

Réformer la France : en finir avec l’école républicaine

Exclusivité du Salon Beige: la diffusion des différents articles du dossier de Politique Magazine consacré à l'indispensable réforme nationale. Aujourd'hui, Yves Morel.

Non, le problème de l’éducation nationale française ne vient pas de tel pédagogiste ou tel apologiste de Ferry. C’est le système en lui-même qui est défaillant. En ayant érigé l’égalité comme dogme suprême, l’école républicaine ne pouvait aboutir qu’à l’échec.

Nos concitoyens déplorent la crise actuelle de l’École républicaine. En attribuant la responsabilité au « pédagogisme », à visée égalitaire, ils réclament le retour à la communale ferryste et à l’Université napoléonienne, qui jouaient un rôle d’« ascenseur social ».
En vérité, les causes du marasme ne résident ni dans l’action des « pédagogistes » ni dans l’insuffisance des politiques, mais dans l’École républicaine elle-même, son inspiration, ses valeurs, ses principes et son mode de fonctionnement. Le ver n’est pas dans le fruit, c’est le fruit lui-même qui est vénéneux.

L’ABERRATION ÉGALITAIRE
L’École républicaine postule, à la suite des Lumières du XVIIIe siècle et de Condorcet, son précurseur direct, que les hommes sont égaux en dignité et en droit du fait de la commune existence en eux de la raison, armature de l’intelligence. Il importe donc d’édifier une démocratie égalitaire grâce à l’éducation qui exercera, affinera et enrichira l’intelligence par l’instruction. Tout au long du XIXe siècle, l’École fut considérée comme l’instrument d’émancipation du peuple et d’édification d’une telle démocratie. Encore eût-il fallu savoir ce qu’on entendait par égalité démocratique.


De nos jours, suivant l’exemple de Ferry et des ministères opportunistes de la IIIe République, les défenseurs de l’École républicaine font remarquer qu’il ne s’agit que de l’égalité de dignité et de droits et, en aucun cas, de celle de l’intelligence et de la force. Et que la première n’exclut nullement l’inégalité des secondes, féconde et juste, pourvu que son jeu spontané ne soit pas biaisé par des différences pécuniaires. Le vice de ce raisonnement tient au fait que le principe d’égalité n’a jamais reçu de définition aussi explicitement restrictive jusqu’à la fin du XIXe siècle, ni même de définition claire, et est demeuré on ne peut plus équivoque. Et ce, d’autant plus que l’égalité promise, limitée à la dignité et aux droits avec Voltaire et les Encyclopédistes, tend vers l’inconditionnalité avec Rousseau. Ainsi, si la Constituante, puis la Convention thermidorienne, instituent le suffrage censitaire, la Convention établit le suffrage universel et instaure une dictature économique caractérisée par une tendance au nivellement des conditions sociales. Par suite, la Révolution et la République seront toujours perçues comme recélant une promesse d’égalité intégrale, et la République conservatrice instituée à la fin du XIXe siècle apparaîtra comme un escamotage de cette promesse ou, au mieux, un stade à dépasser. L’École républicaine, chargée de la ventilation « équitable » des situations sociales, sera donc perçue comme l’École de la « bourgeoisie », devant être remplacée ou réformée jusqu’à ce qu’elle assure l’égalité complète de tous les hommes.

Tout l’effort des « pédagogistes » se résume à cette volonté de faire tenir ses promesses d’égalité à l’École républicaine. La devise en exergue des Cahiers pédagogiques, « Changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société » est significative. Mais cet effort est voué à l’échec. L’essai d’égalisation des conditions contrarie le désir de promotion individuelle, voire toute possibilité de libre épanouissement. Et il engendre partout le nivellement par le bas et la tyrannie du conformisme dans la médiocrité, compromettant les chances d’émancipation des plus culturellement déshérités et renforçant ainsi les inégalités que l’on entendait abolir.

L’ABERRATION ACADÉMISTE
Une solution consisterait à se libérer de cette idée obsédante suivant laquelle il n’est pas de réussite sans l’École. Hélas ! L’identification de la dignité à la raison, de la raison à l’intelligence, de l’intelligence à l’instruction et de l’instuction au savoir académique et aux titres universitaires le sanctionnant, rend cette option impossible pour les Français. En fondant leur idéal démocratique et égalitaire sur l’École, chargée tout à la fois d’éduquer et de développer l’intelligence grâce à l’instruction, d’assurer la promotion des enfants du peuple et la répartition des places suivant le critère de l’aptitude scolaire, nos compatriotes en sont venus à considérer que leur avenir, leur chance de réussir, et même la simple reconnaissance de leur dignité dépendaient de l’École. Ainsi, d’émancipatrice, elle est devenue celle de l’aliénation, de l’apprentissage de l’échec, de l’humiliation, du ressentiment, et, partant, de l’esprit critique et revendicatif le plus débridé. Et, comme les parents votent, il a bien fallu les contenter en supprimant toute vraie sélection et en permettant à tous l’accès au lycée, au baccalauréat, à la faculté et aux titres universitaires. Et il a fallu aussi se résigner à la massification des études les plus longues et les plus aristocratiques (les études littéraires tout spécialement), considérées comme les plus moralement gratifiantes, tout cela en un culte extravagant de la culture orchestré par l’État et les collectivités locales. Ayant fondé leur humanisme sur l’École, les républicains ont empêché les Français d’entrer dans la modernité et les ont incité à considérer la démocratisation des études comme l’extension à tous d’un modèle culturel aristocratique digne de la skholè athénienne ou des salons parisiens et versaillais des XVIIe et XVIIIe siècles. Dès lors, le marasme actuel était prévisible. Baisse de la qualité de l’enseignement, dévaluation des diplômes, dégradation des conditions de vie et de travail dans les établissements scolaires…

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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