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Liberté d'expression

Qui fixe les limites de la liberté d’expression ?

Qui fixe les limites de la liberté d’expression ?

A l’occasion de la dernière polémique télévisuelle (une polémique chasse l’autre), concernant les propos au second degré tenus par Alain Finkielkraut, le Père Danziec écrit dans Valeurs Actuelles :

« On ne peut plus rien dire ! » versus « Nous sommes fondamentalement attachés à la liberté d’expression ». Ces deux sentences, antinomiques et pourtant maintes fois entendues sur les plateaux de télévision comme sur les bancs des parlementaires, témoignent de la schizophrénie qui traverse aujourd’hui les débats dans la société française. S’il y avait besoin de s’en convaincre, regarder La Grande Confrontation sur LCI mercredi soir dernier offrait un grand intérêt. Alors que la diffusion de l’émission coïncidait avec le 4ème anniversaire des attentats du Bataclan, David Pujadas faisait débattre, avec un talent certain, des intervenants d’horizons variés sur le thème brûlant « Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? » Dans un curieux mélange, on retrouvait entre autres la militante féministe Caroline de Haas, soutien de la récente marche contre l’islamophobie, le dessinateur Philippe Geluck, créateur du célèbre chat méditatif, mais aussi la députée LFI Mathilde Panot, la présidente de l’association Black History Month, Maboula Soumahoro, proche du parti des Indigènes de la République, l’ancien ministre et avocat Georges Kiejman, auteur chez Grasset d’un Eloge de l’irrévérence, le présentateur Frédéric Taddeï transfuge de France 2 sur Russia Today, et surtout le philosophe Alain Finkielkraut. Avec un tel casting, le spectacle ne pouvait qu’être au rendez-vous. Les désaccords furent manifestes. Le résultat, éloquent.

A commencer par la controverse qui naîtra de l’altercation verbale entre Caroline de Haas et Alain Finkielkraut. La féministe reprochant à l’académicien de minimiser la gravité du viol, le philosophe, agacé et ironique, lui répondra au second degré : « Voilà, je dis aux hommes : violez les femmes ! D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ! » Le soir même, la polémique grimpe en flèche sur le réseau social twitter. Par un savant montage de l’intervention de Finkielkraut, l’association #NousToutes (dans laquelle milite Caroline de Haas) accuse le philosophe de banaliser le viol. Le lendemain, le Parti socialiste de son côté saisit le CSA. Comme pour surenchérir, quatre députés de la France insoumise, dont Mathilde Panot, se tournent vers le procureur de la République de Paris sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale pour provocation « à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre ». Lancée sur change.org (le même site qui relaya la tribune des 200 sorcières), une pétition réclame le renvoi de Finkielkraut de France Culture, où il anime depuis 30 ans l’émission Répliques. La directrice de France Culture, Sandrine Treiner, est sommée de réagir à la polémique. Elle balaiera cependant toute éventualité d’arrêt de l’émission. « Je ne réponds pas aux injonctions à virer qui que ce soit. Cette émission a totalement sa place à France Culture. »

Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? Il faut croire que la gauche jusqu’au-boutiste, ou arc-boutée, soit soudainement prise d’une susceptibilité générale jusqu’à rendre la parole moins libre. Elle qui avait coutume de moquer les dogmes chrétiens, les mises à l’index des papes ou les analyses littérales de la Bible ne craint pas d’en devenir une mauvaise caricature. En effet, elle n’hésite pas à transformer, par la pression de minorités agissantes, certaines opinions en délits. Elle ne renonce pas à museler ceux qui ne pensent pas comme elle, comme l’ont montré les récentes menaces contre Sylviane Agacinski ou Zineb El Rhazoui en passant même par les pages du livre de ce pauvre François Hollande. La gauche enfin ne craint pas d’analyser de façon littérale les propos humoristiques d’un Desproges ou de second degré d’un Finkielkraut.

Ne pas s’accommoder de la diffamation, du mensonge et de l’appel à la haine, c’est faire preuve de bonne santé intellectuelle. Voir dans la démocratie un processus inexorablement égalitaire et non une conversation, c’est prêter le flanc à une nouvelle intolérance : celle du politiquement correct, cancer de la vie intellectuelle et du débat d’idées. Tel ou tel peut tout à fait soupirer que Cnews emploie Eric Zemmour. Les journalistes de Quotidien sont libres d’utiliser un ton grinçant et moqueur lorsqu’ils parlent de Nadine Morano. Une certaine intelligentsia a le droit de regretter qu’Emmanuel Macron accorde un entretien à Valeurs Actuelles. Tout cela relève, après tout, de sensibilités différentes. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un fait. Cependant le drame actuel qui se joue dans les procès médiatiques réside dans leurs abus de pouvoir et leur refus d’être contradictoires. L’Eglise, quoi qu’en pensent ses pourfendeurs, avant de livrer ses sentences a toujours laissé la parole à la défense. Il n’y a qu’à lire l’ouvrage collectif La Repentance aux éditions Renaissance Catholique ou plus récemment celui sur L’Eglise en procès : la réponse des historiens chez Tallandier.

Toutes les opinions sont-elles donc bonnes à dire ? Mais pour y répondre, ne faut-il pas commencer par se demander qui, aujourd’hui, a le doigt posé sur le curseur qui fixe les limites ? Et au nom de quoi l’on décide de le placer à tel ou tel degré ? Dans les sociétés chrétiennes, les interdits ou les contraintes se mesuraient sur le décalogue et les principes moraux de l’évangile. Aujourd’hui, ils se tirent des valeurs de la République. Terme subjectif par excellence puisque tel objet personnel peut avoir de la valeur pour soi-même tout en ne représentant rien pour autrui. Fondamentalement, le bancal de la situation ne se trouve-t-il pas là ?

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