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Valeurs chrétiennes : Education

Quelques réflexions suite au débat sénatorial du 2 juillet concernant la proposition de loi pour interdire les « violences éducatives ordinaires ».

Quelques réflexions suite au débat sénatorial du 2 juillet concernant la proposition de loi pour interdire les « violences éducatives ordinaires ».

Les violences éducatives ordinaires : un débat qui agite beaucoup les progressistes. Une proposition de loi sur ce sujet a déjà été examinée et votée par l’Assemblée Nationale le 29 novembre 2018, contribuant ainsi à une intrusion supplémentaire de l’Etat dans le domestique et l’intime. Une autre avait déjà été discutée au Sénat sur proposition de la toujours souriante Mme Rossignol.

La proposition (en trois points) discutée ce 2 juillet stipule dans son article 1er :  

Après le deuxième alinéa de l’article 371-1 du code civil, il est inséré un alinéa ainsi rédigé : « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques » ; ensuite (article 1er bis) : Au deuxième alinéa de l’article L. 421-14 du code de l’action sociale et des familles, après le mot : « secourisme », sont insérés les mots : « , à la prévention des violences éducatives ordinaires » ; enfin (article 2), « Le Gouvernement remet au Parlement, avant le 1er septembre 2019, un rapport présentant un état des lieux des violences éducatives en France et évaluant les besoins et moyens nécessaires au renforcement de la politique de sensibilisation, d’accompagnement et de soutien à la parentalité à destination des parents ainsi que de formation des professionnels concernés ». Plus que quelques jours pour le rapport puisque la proposition a été adoptée de façon définitive.

Rappelons que, fort heureusement, violences et maltraitance à l’égard des enfants sont déjà réprimées dans le Code pénal.

L’enjeu était d’ajouter une mention sur les violences éducatives ordinaires dans le Code civil. Argument décisif des progressistes, énoncé par M.Adrien Taquet, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des solidarités et de la santé, représentant le gouvernement :  85 % des parents français ont déjà eu recours à des violences éducatives ordinaires ; or,

«  études à l’appui, nous savons aujourd’hui qu’une éducation punitive a des conséquences désastreuses sur le développement, la santé mentale et la stabilité affective de l’enfant. Des conséquences à la fois immédiates et de long terme sont observées : elles portent sur toute la vie du sujet qui aura eu à essuyer des humiliations et des châtiments corporels dans sa prime enfance. À court terme, on observe une hausse des comportements agressifs chez les enfants ayant subi des violences, un risque accru de troubles cognitifs. À long terme, on peut observer une baisse de l’estime de soi, des comportements antisociaux, une augmentation de la prévalence de troubles mentaux et addictifs et, pour les cas les plus graves, une déficience mentale liée à une réduction de la zone grise du cerveau, un risque d’obésité plus élevé ainsi que des troubles cardiovasculaires ».

On devrait donc logiquement constater que 85% des cohortes d’enfants connaissent hausse des comportements agressifs, baisse de l’estime de soi, comportements antisociaux et même réduction potentielle de la zone grise du cerveau….

Ces débats au Sénat conduisent à six réflexions. Aucune d’entre elles n’est véritablement réjouissante quant à la qualité de la production législative française.

1) On est un peu inquiet de la pertinence des soi-disant références éducatives proposées par les personnes soutenant le texte.

La première référence est celle proposée par Adrien Taquet, (le premier mot de son discours introductif est « Rousseau ») :

« Pour cette raison, l’éducation relève d’un art, décrit en ces termes par Rousseau dans l’Émile : « Prenez une route opposée avec votre élève ; qu’il croie toujours être le maître, et que ce soit toujours vous qui le soyez. » Le parent accompli, comme le bon éducateur, doit savoir faire oublier la tutelle qu’il exerce sur son enfant. ».

Si l’on comprend bien, il faut savoir manipuler l’enfant ! D’autant plus surprenant que, juste avant, le secrétaire d’Etat affirmait aussi :

« La qualité première du pédagogue, c’est d’avoir le souci constant de la cohérence entre les principes affichés et les méthodes employées ».

La citation a en tout cas l’effet salutaire de nous amener à relire ledit Rousseau dans ses œuvres (Confessions livre VIII) et ça vaut quand même son pesant de cacahuètes :

« Tandis que je philosophais sur les devoirs de l’homme, un événement vint me faire mieux réfléchir sur les miens. Thérèse devint grosse pour la troisième fois…

Si j’étais de ces hommes mal nés, sourds à la douce voix de la nature, au dedans desquels aucun vrai sentiment de justice et d’humanité ne germa jamais, cet endurcissement serait tout simple ; mais cette chaleur de cœur, cette sensibilité si vive, cette facilité à former des attachements, cette force avec laquelle ils me subjuguent, ces déchirements cruels quand il les faut rompre, cette bienveillance innée pour mes semblables, cet amour ardent du grand, du vrai, du beau, du juste ; cette horreur du mal en tout genre, cette impossibilité de haïr, de nuire, et même de le vouloir ; cet attendrissement, cette vive et douce émotion que je sens à l’aspect de tout ce qui est vertueux, généreux, aimable : tout cela peut-il jamais s’accorder dans la même âme avec la dépravation qui fait fouler aux pieds sans scrupule le plus doux des devoirs ? Non, je le sens et le dis hautement, cela n’est pas possible. Jamais un seul instant de sa vie Jean-Jacques n’a pu être un homme sans sentiment, sans entrailles, un père dénaturé. J’ai pu me tromper, mais non m’endurcir…. Mon troisième enfant fut donc mis aux Enfants-Trouvés, ainsi que les premiers, et il en fut de même des deux suivants, car j’en ai eu cinq en tout ».

Rousseau, le premier des progressistes ?

La deuxième référence est donnée par la sénatrice Esther Benbassa : « Françoise Dolto, célèbre psychanalyste, déconstruisait déjà, au début des années soixante-dix, l’idée que l’éducation devait se conjuguer avec l’autorité et la punition ». Mais où donc Mme Benbassa est-elle allée chercher que Françoise Dolto avait voulu que l’autorité ne fît plus partie de l’éducation ? C’est un contresens à peu près total.

La troisième est un rêve de la sénatrice Michelle Meunier :

« Je fais le rêve, monsieur le secrétaire d’État, que nos enfants ainsi éduqués ne toléreront plus la violence dans le monde, une fois devenus adultes, dans leur vie quotidienne, leur vie professionnelle, leurs relations intimes. Je fais le rêve d’une société où, lorsqu’ils diront : « Non, je ne veux pas ! », ce refus sera suivi d’effet ».

Là encore, si nous comprenons bien : non, je ne veux pas aller me coucher ; non je ne veux pas manger de la soupe ; non, je ne veux pas arrêter de tirer les cheveux de ma sœur… et bien, tout ceci doit être accepté par les adultes. Notre rêve est de savoir si Mme Meunier a eu des enfants ; en cas d’une réponse positive, si elle les a éduqués ou bien, pleine de bienveillance, si elle les a confiés à la DDASS, modèle contemporain des Enfants-Trouvés rousseauistes ; et si elle les a éduqués, on aurait bien aimé être petite souris pour voir comment ça se passait en vrai. Ceci étant, M.Taquet, son ministre, plaide pour l’art de la tromperie. Alors tout est possible.

2) On est un peu inquiet du manque de discernement des personnes soutenant ce texte et de leur incapacité à distinguer entre geste éducatif (oui, on sait, quelle horreur !) et maltraitance ; entre usage de la force (bien démonétisé c’est vrai grâce à M.Castaner) et usage de la violence.

La tape, la fessée, l’engueulade, la remontrance, voilà des mots sympathiques qui sont exclus du vocabulaire employé par les zélotes du texte. Ceux-ci parlent d’éducation punitive, de violences, enfants battus, faits de maltraitance  (M.Taquet très en verve décidément : « Notre tâche est à présent de changer les pratiques et le regard de nos concitoyens sur les faits de maltraitance ») ; voire des infanticides comme le laisse entendre Mme Benbasse : « Mes chers collègues, je souhaite vous rappeler les chiffres suivants : deux enfants meurent chaque semaine à la suite de violences, 73 000 par an en sont victimes ». Comment ne pas comprendre qu’il y a là des registres différents ?

D’ailleurs ces fameux textes internationaux qui semblent nous contraindre à modifier notre législation parlent eux de négligence, violence ou exploitation pour ce qui concerne l’article 17 de la Charte sociale européenne par la France et de toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales pour ce qui concerne l’article 19 de Convention internationale des droits de l’enfant.

3) Il est possible que tout parent se sente à certains moments un peu démuni avec le moyen éducatif unique proposé, la bienveillance.

Citons encore M. Taquet : « Vous l’aurez compris, l’éducation bienveillante est au cœur de notre nouvelle approche des politiques de l’enfance. » ; ou la sénatrice Elisabeth Doineau :

« Nombre de livres, d’émissions, de podcasts traitent de la parentalité bienveillante….Parce que l’éducation joue un rôle fondamental non seulement dans la formation de l’être humain, mais aussi dans l’évolution de la société, il est primordial de l’exercer avec bienveillance….La bienveillance est donc la clé d’une éducation réussie ».

Le reste est proscrit, le rappelle le rapporteur Mme de la Gontrie : « Les deux textes répondent aux mêmes objectifs, rappelés par M. le secrétaire d’État à l’instant : la lutte contre les violences éducatives ordinaires – termes qui m’ont toujours choquée et qui recouvrent à la fois les coups, les gifles, les cris, les humiliations et les insultes – et l’affirmation de la non-violence comme principe d’éducation. ». Quand on sait que le fameux  je compte jusqu’à 3. Si à 3, tu n’as pas…. », honteuse menace, violence éducative ordinaire,  risque de diminuer l’auto-estime de son enfant… !

La bienveillance (l’amour est aux oubliettes : c’est lui qui a fait croire au qui bene amat bene castigat de nos ancêtres qui ne connaissaient rien à la zone grise du cerveau de l’enfant) est donc la seule arme de l’éducateur. Dans un chapitre intitulé « La croisade sentimentale » (L’imparfait du présent, 2002), Alain Finkielkraut écrit :

« A l’instar des apôtres de l’école heureuse, nous traitons l’enfance comme une minorité opprimée, qui a besoin de se libérer… Ce ne sont pas des contestataires marginaux mais des réformateurs officiels qui proclament, avec A.S.Neill (fondateur vénéré de Summerhill), que « le commandement auquel tout parent et toute profession doivent obéir, c’est : Tu seras du côté de l’enfant » ».

On aura ainsi remarqué que l’enfant est toujours considéré comme un être bon, malléable, incapable de réaction. Jamais un caractère, mais une victime. M. Taquet le confirme qui considère que « l’apprentissage de la parentalité relève d’un équilibre subtil entre confiance en soi et capacité à répondre aux besoins de l’enfant ». L’enfant vu sous l’angle de besoins uniquement.

4) Les progressistes décrivent une sorte de continuum de la violence, commençant par la tape et allant crescendo jusqu’à l’infanticide

Citons encore la toujours souriante Mme Rossignol :

« Par ailleurs, je ne connais pas la différence entre la « vraie » violence et la « moindre » violence quand il s’agit d’enfants. Frapper un enfant, c’est abuser de la force physique de l’adulte. Le rapport de force est tellement disproportionné que tout geste pouvant être considéré comme une petite violence entre adultes représente en réalité une grande violence pour un enfant ».

Ou Mme de la Gontrie :

«  Selon la Fondation pour l’enfance, 75 % des maltraitances ont débuté dans un contexte de punitions corporelles. Elles en constituent le terreau».

Ou encore la sénatrice Maryse Carrère :

«  le recours à la violence, notamment la fessée considérée encore comme une méthode éducative, favorise pourtant l’agressivité des enfants, conforte la baisse de leur estime et peut pénaliser leurs résultats scolaires. Plus alarmant, cette violence est parfois la porte d’entrée de châtiments plus graves ».

Le secrétaire d’Etat est là encore à l’unisson :  « Une fois qu’un coup a été porté à l’enfant sous couvert éducatif, le risque d’aller crescendo est présent et peut mener au pire ».

C’est un peu comme si on voulait interdire l’islam en France parce qu’il peut conduire à des Allahou Akbar terroristes !

5) Une qualité de travail législatif qui laisse rêveur

On sait que les violences et la maltraitance à l’égard des enfants sont déjà sanctionnés par le Code pénal. On ne sait pas bien l’intérêt de l’inscription dans le Code civil. De plus, les violences éducatives ordinaires, pourtant au cœur du texte, ne sont pas précisément définies. Enfin, aucune sanction en cas de manquement n’est prévue.

D’autre part, le processus d’approbation de certains groupes sénatoriaux semble manquer cruellement de sérieux :

M.Dany Wattebled pour le Groupe « Les Indépendants – République et Territoires » :

« en son état actuel, notre droit offre tous les outils nécessaires : l’article 222-13 du code civil interdit déjà toute forme de violence physique envers les enfants et érige en circonstance aggravante le jeune âge de la victime. La règle posée ici est de nature exclusivement civile. Elle n’est pas assortie d’une sanction. Sa portée reste donc limitée. Elle vise simplement à affirmer un principe devant guider l’attitude des parents à l’égard de leurs enfants. Ce texte a surtout une portée symbolique et pédagogique. Dès lors, nous sommes légitimement amenés à nous interroger sur notre mission de législateur, car la loi ne saurait être seulement symbolique : elle doit avoir une portée certaine !C’est donc dans un esprit de consensus que le groupe Les Indépendants la votera ».

Même raisonnement, même démarche pour Mme Pascale Gruny (pour le Groupe Les Républicains) :

« Une nouvelle fois, on s’amuse avec le sujet de la fessée, mais on ne propose rien de concret pour empêcher et sanctionner la vraie violence. Le dispositif proposé soulève une autre difficulté : que sont précisément les violences éducatives ordinaires ? Veillons à ne pas confondre ce qui relève de la maltraitance avec ce qui vise à mettre un terme à certaines pratiques des enfants. … Doit-on bannir toute éducation qui pourrait comporter parfois, sans forcément une intention évidente des parents, un geste ferme pour indiquer à un enfant de ne pas toucher aux plaques de cuisson chaudes, aux produits ménagers ou aux prises électriques ? Quels gestes relèvent des violences ? Quels gestes sont au contraire « tolérables » ? La rédaction proposée est peu intelligible de ce point de vue. Une fois de plus, son application, alors qu’elle a vocation à clarifier une jurisprudence, ne semble pas évidente. Si le droit n’est pas clair, comment espérer son application uniforme ? …Enfin, les Français en ont assez de cette ingérence de l’État, qui voudrait les « rééduquer » et leur dire comment éduquer leurs enfants. L’éducation relève en premier lieu des parents et du cercle familial…. Par souci de cohérence, nous voterons ce texte. »

Autrement dit, ils savent que le texte ne sert à rien et est de mauvaise qualité mais ils le votent ! Et après, il paraît que l’indice de confiance des Français envers leurs parlementaires est assez bas. Etonnez-vous !

6) Une législation d’inspiration féminine

Pouvons-nous faire remarquer que Mme Maud Petit, présente lors de la séance au Sénat, a été rapporteur du texte à l’Assemblée Nationale ? Que le rapporteur au Sénat était la sénatrice Marie-Pierre de la Gontrie ? Que (la souriante) Mme Rossignol, avait déjà déposé et fait discuter au Sénat une proposition de loi similaire ? Et qu’enfin, lors de la discussion générale, sur 10 intervenants, 8 femmes étaient des femmes ?

Pouvons-nous trouver que cette proposition de loi, pleine de bonnes intentions (l’enfer en est pavé), présente certaines analogies avec la proposition de loi récemment discutée en première lecture à l’Assemblée Nationale et visant à lutter contre la haine sur internet, à l’initiative de Mme Laetitia Avia (tiens, une femme…) : le souci d’une « pureté » de tout comportement ou écrit, des mesures pouvant aboutir à une surveillance mutuelle constante, voire à une délation de tous contre tous. Alors même que les vrais cas nécessitant réponse pénale forte sont souvent difficiles à saisir et donc à empêcher ou au moins à punir.

Toujours dans L’imparfait du présent, A.Finkielkraut a écrit : « La maman est l’avenir de l’homme ». Pas sûr que cela soit vraiment rassurant.

Le Salon beige écrivait déjà en décembre 2018 que la véritable violence éducative est de priver sciemment un enfant de son père. Mais c’est vrai, il ne s’agit là que d’une violence non-ordinaire.

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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