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Valeurs chrétiennes : Education

Quelle liberté pédagogique pour les professeurs ?

Quelle liberté pédagogique pour les professeurs ?

D’Anne Coffinier :

La pédagogie de l’Education nationale ne fait plus consensus. On serait d’ailleurs bien en peine de dire en quoi elle consiste. Les IUFM, devenus ESPE puis INSPE, ne suscitent pas l’enthousiasme. On sait qu’on n’y apprendra pas à enseigner. Rien ne s’est arrangé depuis le best-seller de Rachel Boutonnet : Journal d’une institutrice clandestine, paru en 2003 (!). La formation reçue est inconsistante ou déstabilisante. Elle est en tout cas insuffisante pour se lancer sereinement dans une carrière enseignante qui durerait la vie entière. Et il ne faut pas compter sur les inspecteurs pour vous montrer comment « faire classe ». Le temps où ils dispensaient avec maestria un cours magistral à la faveur d’une inspection est bel et bien révolu.

La pure logique voudrait donc que l’Education nationale invite les professeurs à s’emparer courageusement de leur liberté pédagogique, à se forger leurs méthodes propres et à enseigner comme ils l’entendent, pourvu que les résultats académiques de leurs élèves soient au rendez-vous. Mais il n’en est rien. Philippe Champy, l’auteur de Vers une nouvelle guerre scolaire ? , fait remarquer que Jean-Michel Blanquer n’a pas porté au pinacle autant qu’on aurait pu s’y attendre la liberté pédagogique des professeurs. S’il plaide en faveur de l’« école de la confiance », ce n’est en tout cas pas en faveur de la confiance en l’aptitude professionnelle des enseignants à bien enseigner hors de directives précises données par la rue de Grenelle…

Mais lorsque l’«institution » Education nationale ne sait plus recruter les meilleurs ni transmettre des méthodes d’enseignement efficaces, sur quoi pourrait-elle miser, sinon  sur l’aptitude des « personnes » qui enseignent ? A elles de prendre l’initiative, d’innover, de s’adapter pour trouver des stratégies d’enseignement efficaces.  En les accompagnant et en les renforçant par des outils et banques de données numériques, des formations continues et du coaching entre professeurs, en les laissant se constituer en réseaux professionnels d’échange de bonnes pratiques. Voilà ce qui serait sensé.

La seule alternative à la liberté pédagogique des professeurs serait, théoriquement, la mise en place d’un enseignement ultra centralisé, reposant sur des progressions pédagogiques très détaillées et impératives et sur une numérisation avancée des supports utilisés par les professeurs. Ces derniers seraient alors transformés en répétiteurs d’une pédagogie unique et obligatoire, définie de manière centralisée. On pourrait sans doute convoquer la science (en particulier les neurosciences) à la rescousse, pour légitimer ce dirigisme pédagogique. Mais cela constituerait une telle déshumanisation de la formation de la jeunesse, que notre système de libertés s’en trouverait tout entier déstabilisé. Et quel paradoxe de prétendre alors émanciper des personnes par l’instruction, alors que cette dernière reposerait sur des mécanismes liberticides !

Alors, Monsieur le Ministre, oui, nous avons besoin d’une école de la confiance, d’une école qui fasse confiance aux enseignants parce que leur seraient reconnues leur pleine aptitude professionnelle et les responsabilités qui en découlent.  Nul doute qu’une telle reconnaissance, inédite en France, contribuerait à la revalorisation de la condition enseignante dont la profession a tant besoin.

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