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Valeurs chrétiennes : Culture

Quand l’Eglise a déclaré vénérable Jérôme Lejeune, elle a reconnu ses vertus héroïques d’époux, de père de famille et de savant

Quand l’Eglise a déclaré vénérable Jérôme Lejeune, elle a reconnu ses vertus héroïques d’époux, de père de famille et de savant

Aude Dugast, postulatrice de la cause de béatification du Professeur Lejeune, vient de publier un nouvel ouvrage Jérôme Lejeune, portrait spirituel au fil des vertus. Nous l’avons interrogée :

Pourquoi un nouveau livre sur le Pr Lejeune, après la biographie que vous aviez publiée en 2019 ?

La biographie permettait de découvrir le médecin, le savant, l’avocat des sans-voix, l’époux et père de famille, mais n’offrait pas une analyse de ses ressorts spirituels. Avec ce portrait spirituel, j’ai voulu partager avec le public la joie que j’ai eue de découvrir son chemin intérieur et de voir s’épanouir sa sainteté, simplement, fidèlement, courageusement, au fil des vertus. On y voit comment la dynamique de la charité l’a conduit de l’amour de ses patients au plein accomplissement de lui-même. Comment son immense intelligence a servi la vérité, dans le développement harmonieux de sa foi et de sa science. Comment il est resté fort dans l’épreuve et ferme malgré les attaques. Pourquoi il n’avait jamais peur. On y voit que la sainteté n’est pas un rêve spirituel abstrait, incompatible avec les réalités terrestres, mais une invitation à l’excellence professionnelle et un chemin de progression personnelle intégrale. Enfin, c’est une belle occasion de faire (re)découvrir au lecteur le trésor que sont les vertus pour notre développement humain et spirituel. Et le vénérable Jérôme Lejeune nous en offre un exemple éclatant !

Vous dressez un portrait des vertus, théologales et cardinales, pratiquées par le Professeur Lejeune. Pouvez-vous nous expliquer leur rapport avec sa vie spirituelle ?

Quand le Vatican étudie la candidature à la sainteté d’un Serviteur de Dieu, il pose une question au postulateur, en charge de l’enquête : cette personne a-t-elle vécu chaque vertu chrétienne à un niveau héroïque ? Il s’agit donc d’étudier, en vérité, l’exercice des vertus théologales, foi, espérance et charité, des vertus cardinales, force, justice, prudence et tempérance, et enfin des vertus mineures, humilité, pauvreté, chasteté et obéissance. Ces vertus indiquent une « disposition habituelle et ferme à faire le bien »  qui « permet à la personne non seulement d’accomplir des actes bons mais de donner le meilleur d’elle-même. » (Catéchisme Eglise Catholique n.1803). Elles nous aident à choisir de manière immédiate, ferme et plaisante le bien, autrement appelé le bonheur. Et si toutes les vertus sont nécessaires au déploiement de la vie spirituelle, la plus importante de toutes, celle qui les rassemble toutes dans une parfaite unité, c’est la charité.

La vie de Jérôme Lejeune illustre cette unité de vie. Il a vécu chacune de ces vertus à un niveau héroïque dans l’élan de la charité. C’est l’amour inconditionnel pour ses patients qui a guidé sa vie de médecin, de chercheur et d’apôtre de l’Evangile de la vie. Cette charité fut le moteur de sa vie spirituelle. Mais on ne peut la considérer de façon isolée, car elle était nourrie de la vertu de foi. La ‘charité’ qui ne prend pas sa source en Dieu, n’est plus que de la philanthropie. La vertu de foi a été particulièrement sollicitée dans la vie du savant qu’était Jérôme Lejeune. Car la foi est la vertu de l’intelligence qui est orientée vers la vérité. Or, c’est vraiment la disposition de l’intelligence géniale de Jérôme Lejeune. Son intelligence est au cœur de sa sainteté. Il manifeste ainsi que la sainteté ne suppose pas l’abdication de la raison. Au contraire. En tant que scientifique, il a aussi vécu la vertu d’espérance de façon particulière, car cette vertu, comme le pape Benoît XVI l’a si bien écrit dans Spe salvi, entretient un lien particulier avec l’activité scientifique. Il s’agit pour le scientifique chrétien de ne pas substituer l’espérance scientifique à l’espérance biblique, de ne pas chercher dans la science le salut de l’homme et l’instauration d’un monde parfait, mais bien en Dieu. Nous pouvons aussi citer brièvement la vertu d’humilité, nécessaire au savant pour reconnaître les limites de sa science et de ne pas servir des desseins contraire au projet de Dieu. Jérôme Lejeune, comme je le montre dans mon livre, appelle de ses vœux cette humilité dans de nombreuses conférences.

« La seule dignité des scientifiques, c’est d’avoir l’audace de dire : ça, vraiment, je ne sais pas, je ne suis pas compétent. (…) Ce qui nous dit ce qui est bien ou mal, ce n’est pas la science, c’est la morale. Et si la science ne se soumet pas à la morale, la science devient folle. ».

Vous êtes postulatrice de la cause de canonisation du Pr Lejeune : est-ce le bon chrétien, l’époux et père de famille, ou le grand scientifique que l’Eglise cherche à canoniser ?

L’exercice héroïque des vertus est le chemin de la plénitude. C’est dire que la sainteté fait grandir dans l’unité. On ne peut donc découper le Serviteur de Dieu en tranches, et dire que l’Eglise étudie la sainteté du savant mais pas celle de l’époux ou vice-versa. Un ‘saint’ en famille qui serait odieux dans le cadre professionnel, ce qui peut arriver…, n’exercerait évidemment pas les vertus de façon habituelle et ferme, et ne serait donc pas saint. C’est la raison pour laquelle l’enquête de canonisation porte sur toute la vie du Serviteur de Dieu. Ainsi, quand l’Eglise a déclaré vénérable Jérôme Lejeune, le 21 janvier dernier, elle reconnait les vertus héroïques de l’époux, du père de famille et du savant chrétien. Mais le caractère héroïque des vertus de Jérôme Lejeune s’est révélé au monde essentiellement par son œuvre de médecin et de scientifique respectueux de la Création, et c’est cette dimension du grand savant chrétien, serviteur de la vie et de la vérité, qui est célébrée par le peuple de Dieu. La reconnaissance par l’Eglise de l’héroïcité des vertus de Jérôme Lejeune a de ce fait une portée prophétique pour d’innombrables chrétiens dans le monde. C’est un signe de grande espérance car il rappelle, sur les traces du vénérable Jérôme Lejeune, que la Vérité rend libre et que seule la Vie peut gagner.

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