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France : Société

Quand la dialectique est considérée comme virus, le port du masque devient obligatoire pour certains mots

Quand la dialectique est considérée comme virus, le port du masque devient obligatoire pour certains mots

Du père Danziec dans Valeurs Actuelles :

Fini le temps du “poids des mots” et du “choc des photos”. La célèbre devise de Paris Match n’est plus à la page. Depuis 2008, l’hebdomadaire l’a même rangée au placard. A l’heure du tout numérique et, surtout, du progressisme inquisitorial, place au schéma inverse. L’époque appartient désormais au “poids des photos” et au “choc des mots”.

Augustin, un héros qui ne colle pas au credo du “vivre ensemble”

Plus que jamais, l’image doit frapper. Monde connecté oblige, le support visuel tend à prédominer sur les idées. Dans l’univers médiatique, que l’on s’appelle Adama ou Augustin, l’image renvoyée n’appelle pas la même justice. Sans probablement s’en rendre compte, le monde postmoderne se trouve rempli de clichés. Alors que la sagesse populaire enseignait que « l’habit ne fait pas le moine » et qu’il était toujours profitable, pour exercer un jugement droit, de s’efforcer à aller au-delà des apparences, c’est la voie de la facilité qui prévaut. On résume, on caricature, on enferme quelqu’un en fonction de l’image qu’il renvoie. La récente agression subie par Augustin en témoigne. Ce jeune garçon de 17 ans, pris au piège dans une rixe à Lyon alors qu’il venait défendre un groupe de jeunes filles ennuyées par une bande de « jeunes en survêtement », représente la France bien élevée : celle qui se manifeste de façon chevaleresque auprès de la gent féminine lorsqu’elle est importunée par des mufles. Pour Bernanos, « un chrétien français ne devrait se coucher que pour mourir ». Question de principe. Question d’éducation. Question de courage aussi, puisque Augustin y laissera le prix d’une mâchoire fracturée, des dents cassées et des cervicales abîmées. Suite à un post de son frère sur Facebook, la photo de l’agressé circule rapidement sur les réseaux sociaux. Prise lors d’un mariage, on y découvre un jeune garçon élégant et en jaquette. Un blondin à la tête de scout qui semble sorti tout droit d’un dessin de Pierre Joubert ou échappé des pages de la saga du Prince Eric. Le problème : il semblerait que la victime soit proche des milieux de l’Action Française. Autant dire une image de héros qui ne colle pas au credo du “vivre ensemble” propre à l’intelligentsia progressiste. Au micro de Boulevard Voltaire, la députée LR des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer fustigera ce traitement d’image défavorable réservé au jeune lyonnais par la presse de gauche : « Au lieu de valoriser ces actes de bravoure, certains tentent de les salir. Augustin n’est pas l’agresseur mais la victime ! » Délit d’origine, délit de milieu social, délit de conviction : le poids des photos disions-nous…

Quand la dialectique est considérée comme virus, le port du masque devient obligatoire pour certains mots

Mais un drame ne vient jamais seul. Corrélativement à l’envahissement de l’image dans la société numérique, le verbe perd du terrain. La récente polémique autour de la décision de l’arrière-petit-fils d’Agatha Christie de rebaptiser le plus célèbre de ses romans Dix petits nègres par un bien plus indolore Ils étaient dix en dit long sur le rapport aux mots dans le nouveau monde. « Si le discours majoritaire se conduit en tyran, alors c’est l’enfer » s’inquiète Raphaël Enthoven. Sur LCI, le philosophe avoue se sentir peu à l’aise avec « l’écrasement de l’opinion dissidente ». Le progressisme s’alarme du poids de certains mots pour finir par ne voir en eux que le risque du choc qu’ils peuvent produire dans ce quotidien lisse qu’il souhaite produire. Le nouveau monde considère la dialectique comme un virus : dans une discussion, le port du masque pour certains mots est obligatoire au profit d’un unanimisme aseptisé. Se préoccuper de façon déraisonnable de la forme ne peut se faire sans nuire au fond. Appeler “un chat, un chat” permet d’éviter bien des écueils dans l’analyse des maux d’une société. Parler d’incivilités lorsqu’il s’agit d’actes proprement barbares prouve une fois encore que Boileau avait raison : « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement. » Le Christ lui-même n’est pas passé par quatre chemins pour traiter les pharisiens d’« hypocrites », de « serpents » ou de « race de vipères ».

Il est possible de tirer de son contexte le cliché d’un instant ou le mot d’une époque. Qu’est-ce que notre société a à y gagner ? Devra-t-on se munir, avant de s’exprimer, d’un dictionnaire des vocables, des expressions et des mots interdits ? Lorsque l’on vient au secours de jeunes filles, sera-t-on sommé de présenter à l’issue un certificat de bien-pensance pour s’assurer la reconnaissance des médias ? La nouvelle devise de Paris Match s’intitule « La vie est une histoire vraie ». Celle d’aujourd’hui semble hélas tissée de copieux mensonges. Vivement le retour au réel.

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