Bannière Salon Beige

Partager cet article

Pays : International

Pourquoi les Etats ne doivent pas contrôler les taux d’intérêt de leurs dettes

Dans Le Monde, Michel Rocard explique doctement que les Etats doivent faire baisser les taux d'intérêts, afin de continuer à emprunter pour financer leur dette toujours plus abyssale. Et vogue la galère…

Dans les 4 Vérités, Alain Dumait pourfend cette erreur économique :

"Alors que la fixation autoritaire des prix et des salaires est désormais à peu près unanimement tenue pour inefficace (encore que de nombreux politiciens ou pseudo-économistes proposent chaque jour d’y revenir, partiellement, temporairement, exceptionnellement…), il en va différemment pour les taux d’intérêt et les taux de change […] : politiciens et pseudo-économistes tiennent pour un postulat que des taux d’intérêt faibles valent mieux que des taux d’intérêt plus élevés, comme ils croient qu’un taux de change bas favorise les exportations, et donc la production d’un pays donné. Ces postulats ne sont pas seulement faux. Ils sont aussi très dangereux.

ICommençons par celui des taux d’intérêt. On dit que le crédit abondant et pas cher permet un financement à bon compte des projets d’investissements. Cette assertion, remarquons-le, ne s’applique pas au financement de projets sur fonds propres, qui concerne pourtant l’essentiel des cas… Le problème provient du fait que, pour les projets financés à crédit, des taux d’intérêt bas financent aussi de mauvais projets d’investissement, sans rentabilité interne. Ils aboutissent à une mauvaise allocation des ressources rares qui constituent l’épargne. Ils financent même, et surtout, l’État-providence et les déficits de la sphère publique. Ils découragent évidemment l’épargne. Et encouragent la dette, si funeste… La bulle financière où nous nous trouvons, avec ces montagnes de dettes « souveraines », ne se serait jamais formée avec des taux d’intérêt vrais. Déterminés sans manipulation. […]

Et le développement cancéreux de la sphère financière s’explique aussi, pour l’essentiel, par le caractère artificiellement bas des taux d’intérêt depuis 20 ans. Si les financements se faisaient avec davantage de fonds propres, il est évident que l’ingénierie financière à la Goldman Sachs serait moins nécessaire. Idem pour les taux de change. Une monnaie faible (un euro qui ne vaudrait qu’un dollar…) permettrait de retrouver de la compétitivité sur les marchés extérieurs. À l’instant « t », certainement. Mais comment se fait-il que les meilleurs exportateurs soient aussi les pays à monnaie forte, comme l’Allemagne (jusqu’à la création de l’euro) ou la Suisse ? Parce qu’une monnaie forte, outre un avantage patrimonial pour ceux qui en détiennent (ce qui n’est pas une mince motivation…), est aussi un puissant facteur de créativité et de bonne gestion pour les entreprises et les économies qui refusent la facilité des dévaluations répétitives. En vérité, taux d’intérêt et taux de change doivent être simplement et sincèrement à leurs prix, ni plus ni moins. Et ceux-ci ne peuvent être déterminés que sur, et par, des marchés libres.

On dira qu’avec cette méthode, on risque d’avoir des écarts importants et souvent erratiques. Notons tout d’abord qu’en système manipulé (ou régulé, c’est pareil !), les variations sont déjà invraisemblables. Il suffit d’observer l’évolution du cours de l’euro par rapport au dollar depuis dix ans ! Ces variations seraient-elles encore plus fortes dans un système libre? Ce n’est pas sûr. […]"

Partager cet article