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L'Eglise : Foi

Pour le cardinal Muller, Amoris Laetitia ne change pas la discipline à l’égard des “divorcés-remariés”

Dans un discours en Espagne, le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi a replacé l'exhortation post-synodale dans le contexte de la précédente discipline de l’Église. Extrait :

Unknown-14"[…] Il y a des gens qui ont affirmé qu’"Amoris Laetitia" a éliminé cette discipline et qu’elle permet, tout au moins dans certains cas, aux divorcés remariés de recevoir l’Eucharistie sans qu’il soit nécessaire qu’ils transforment leur mode de vie suivant les indications données dans FC 84 (c’est-à-dire en abandonnant leur nouvelle union ou en la vivant comme frère et sœur). À cela il faut répondre que, si "Amoris Laetitia" avait voulu annuler une discipline tellement enracinée et tellement importante, elle se serait exprimée de manière claire et en fournissant les motifs correspondants. Or il n’y a aucune affirmation en ce sens ; et le pape ne met en doute à aucun moment les arguments présentés par ses prédécesseurs, qui ne sont pas fondés sur la culpabilité subjective de ces divorcés remariés qui sont nos frères, mais sur leur mode de vie visible, objectif, qui est contraire à l’enseignement du Christ.

Mais est-ce que ce changement ne se trouve pas – objectent certains – dans une note en bas de page, dans laquelle il est indiqué que, dans certains cas, l’Église pourrait offrir l’aide des sacrements aux personnes qui vivent en situation objective de péché (n. 351) ? Sans entrer dans une analyse détaillée, il suffit de dire que cette note fait référence à des situations objectives de péché en général, sans citer le cas spécifique des divorcés qui ont contracté une nouvelle union civile. La situation de ces derniers, en effet, présente des caractéristiques particulières, qui la différencient d’autres situations. Ces divorcés vivent en opposition avec le sacrement du mariage et, par conséquent, avec l’économie sacramentelle, dont le centre est l’Eucharistie. C’est en effet la raison donnée par le magistère précédent pour justifier la discipline eucharistique de FC 84 ; un argument qui ne se trouve ni dans la note ni dans son contexte. Par conséquent ce qu’affirme la note 351 ne touche pas à la discipline antérieure : la norme indiquée par FC 84 et par SC 29 reste valable, ainsi que son application dans tous les cas.

Le principe de fond est que personne ne peut véritablement  désirer un sacrement, celui de l’Eucharistie, sans désirer vivre également en accord avec les sacrements, parmi lesquels celui du mariage. Les gens qui vivent en opposition au lien matrimonial s’opposent au signe visible du sacrement du mariage ; en ce qui touche à leur existence corporelle, même si ensuite ils ne sont pas subjectivement coupables, ils deviennent des “anti-signes” de l’indissolubilité. C’est précisément parce que leur vie corporelle est contraire au signe qu’ils ne peuvent pas faire partie, en recevant la communion, du signe eucharistique suprême, dans lequel se révèle l’amour incarné de Jésus. L’Église, si elle l’admettait, tomberait dans ce que saint Thomas d’Aquin appelait “une fausseté dans les signes sacramentels”. Et nous ne sommes pas devant une conclusion doctrinale excessive, mais bien devant la base même de la constitution sacramentelle de l’Église, que nous avons comparée à l’architecture de l’arche de Noé. C’est une architecture que l’Église ne peut pas modifier, parce qu’elle vient de Jésus lui-même ; parce qu’elle, l’Église, en est issue, et que c’est sur cela qu’elle s’appuie pour naviguer sur les eaux du déluge. Changer la discipline sur ce point concret, en admettant une contradiction entre l’Eucharistie et le mariage, signifierait nécessairement modifier la profession de foi de l’Église, qui enseigne et réalise l’harmonie entre tous les sacrements, telle qu’elle l’a reçue de Jésus. Le sang des martyrs a été versé sur cette foi en un mariage indissoluble, non pas en tant qu’idéal lointain mais en tant que pratique concrète.

Mais on pourrait insister : est-ce que François ne manque pas de miséricorde s’il ne franchit pas ce pas ? Est-ce que demander à ces personnes de marcher vers une vie conforme à la Parole de Jésus n’est pas trop demander ? C’est plutôt le contraire qui se produit. On pourrait dire, en utilisant l’image de l’arche, que François, sensible à la situation de déluge que vit le monde actuel, a ouvert toutes les fenêtres possibles sur le bateau et qu’il nous a tous invités à lancer des cordes depuis ces fenêtres pour faire entrer les naufragés dans le bateau. Cependant permettre, même si c’est uniquement dans certains cas, que la communion soit donnée à des gens qui mènent ouvertement une existence contraire au sacrement de mariage, ne revient pas à ouvrir une fenêtre de plus, mais à ouvrir une brèche au fond du bateau, y laissant entrer l’eau de mer et mettant en danger la navigation de tous et le service que l’Église apporte à la société. Plutôt qu’une voie d’intégration, ce serait une voie de désintégration de l’arche ecclésiale : une voie d’eau. Par conséquent, en respectant cette discipline, non seulement on ne met pas une limite à la capacité qu’a l’Église de racheter les familles, mais on assure aussi la stabilité du bateau et sa capacité à nous conduire à bon port. L’architecture de l’arche est nécessaire justement pour que l’Église ne permette pas que quiconque soit bloqué dans une situation contraire à la parole de vie éternelle de Jésus, c’est-à-dire pour que l’Église ne condamne “éternellement personne” (cf. AL 296-297)."

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