Par Aymeric Chauprade, qui a donné un entretien à Nouvel Arbitre, qu'il reprend sur son propre site.
"Les forces euro-atlantiques constatent que Poutine parvient à reconstruire la zone d’influence russe grâce à l’Union douanière qu’il propose et que l’Arménie vient d’accepter. Il faut dire que les arguments russes sont concrets : une énergie à prix préférentiel, un commerce bilatéral réel et qui représente plus du tiers du commerce ukrainien aujourd’hui. En face, il n’y a que mirage et illusion. Pour l’Ukraine intégrer l’Union européenne cela reviendrait à choisir l’Union soviétique en 1989 ! L’Union européenne est en crise, peut-être en train de disparaître. Qu’a-t-elle à proposer à l’Ukraine, un pays de 45 millions d’habitants ? C’est la perspective d’un effondrement mutuel accéléré, sans doute souhaitée par Washington."
De Philippe Grasset, sur l'excellent dedefensa.
"Nous dirions que la phase des protestations de rue doit être détachée de la phase des négociations avec l’UE et de la rupture, pour être considérée en elle-même comme une crise interne ukrainienne, renforcée par les diverses forces extérieures de déstabilisation (celle-là, certes, sur le modèle de la “Révolution Orange”, bien entendu, avec les usual suspects, ou pour faire plus net, les coupables habituels, tout l’appareil “sociétal” de subversion et de déstructuration du bloc BAO). Finalement, la situation interne ukrainienne joue le rôle central, avec une prodigieuse corruption, touchant tous les appareils politiques, celui du gouvernement comme celui de l’opposition, une gestion grossière des situations de crise (les violences de la police), une tension endémique entre les deux parties du pays, s’opposant selon des fractures religieuses, ethniques, culturelles, etc., entre “pro-russes” à l’Est et “anti-russes” à l’Ouest. Tous ces éléments sont archi-connus et admis, d’une façon beaucoup plus évidente qu’en 2003-2004, d’autant que la situation n’a fait qu’empirer à cet égard."
Et pour suivre la situation heure par heure, c'est ici.


Luc
Qui porte la responsabilité du fiasco des négociations avec l’Ukraine ?
Selon le journaliste polonais Artur Dmochowski, c’est l’Union Européenne ! Mais les discussions ne portent pas déjà sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE car entre la signature de l’accord d’association et l’adhésion il peut s’écouler 10 ou 20 ans et la signature d’un accord ne donne d’ailleurs aucune garantie d’adhésion à part entière. La position du président Ianoukovytch reste forte, Il n’a pas perdu le soutien des oligarques et de l’est de l’Ukraine. Ianoukovytch n’est pas opposé à un rapprochement mais l’offre de l’UE était très en deçà des pertes que l’Ukraine aurait subies en signant. L’Europe n’a pas été à la hauteur : offrir quelque chose comme un milliard d’euros d’aides à ce pays de 45 millions d’habitants, c’était juste leur proposer un peu d’argent de poche (22 €/habitant). Alors que la Russie, si l’Ukraine signait l’accord d’association avec l’UE, lui faisait perdre des dizaines de milliards d’euros : : hausse des prix du gaz, barrières douanières pour le commerce, alors que l’économie ukrainienne est étroitement liée à l’économie russe. De plus, en l’obligeant à libérer Ioulia Tymochenko avant tout accord était ridicule Les accusations de corruption contre Tymochenko, à l’époque où elle était premier ministre, étaient très graves et son innocence loin d’être prouvée ! Cela donnait l’impression qu’il existait une solidarité entre les politiciens corrompus de l’oest et de l’est.
Si Vitkor Ianoukovytch était perçu pendant la Révolution Orange comme l’homme de Moscou, il mit depuis de la distance entre Poutine et lui-même. Car les oligarques qui le soutiennent ne font attention qu’à des critères purement économiques. Les Ukrainiens par contre, ont une vision très idéalisée de l’Europe. Comme actuellement les Européens sur la Russie ! La Russie est gouvernée de manière bien plus despotique et bien moins démocratique que l’Ukraine. C’est un pays où sont violés de manière notoire tous les droits humains fondamentaux et toutes les libertés fondamentales. C’est aussi le pays avec le plus grand nombre d’avortements au monde par rapport au nombre d’habitants. Par conséquent, prétendre qu’il s’agirait d’un pays orthodoxe où sont respectées les valeurs chrétiennes, c’est se faire des illusions. Le service étranger du patriarcat de Moscou est depuis l’époque de Staline, et aujourd’hui encore, un des canaux de la propagande russe. Les liens entre les services spéciaux russes et les hiérarques de l’Église sont en Russie très étroits.
http://www.ndf.fr/nouvelles-deurope/07-12-2013/artur-dmochowski-cest-lue-porte-responsabilite-du-fiasco-negociations-lukraine-pas-president-ianoukovytch?utm_source=feedburner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+ndf-fr+%28Nouvelles+de+France%29