Bannière Salon Beige

Partager cet article

France : Politique en France / France : Société

Pleins pouvoirs de l’UE vs impuissance du président : priorité à la reconquête de marges d’action politique nationales

Ce billet clairvoyant de Maxime Tandonnet :

"Jamais, je crois, dans toute l’histoire de France, nous n’avions eu un Président de la République en apparence aussi puissant. Autrefois, on apprenait aux étudiants en science  politique que le système français était « semi présidentiel », le chef de l’Etat partageant le pouvoir avec un Premier ministre appuyé sur un Parlement détenteur lui aussi de la légitimité démocratique. Aujourd’hui, le régime est entièrement présidentiel. Avec le système du quinquennat, c’est l’élection du Président qui compte seule, nous l’avons bien vu, l’élection de l’Assemblée nationale, n’étant plus qu’un sous produit de celle du chef de l’Etat. Jadis, le Premier ministre tirait sa force du fait qu’il était responsable devant l’Assemblée, contrairement au Président. Cette logique a volé en éclat. De fait, l’Assemblée ne représente plus grand-chose et donc le Premier ministre non plus. Le chef de l’Etat semble  seul aux commandes avec tous les pouvoirs entre ses mains.

Or, la toute puissance présidentielle relève en grande partie de l’illusion. Lui non plus ne peut pas faire grand-chose car l’essentiel des compétences ont été transférées à Bruxelles. Il faut lire Verbatim de Jacques Attali, un précieux témoignage sur la vie politique française de 1981 à 1991. Les grands débats de  politique monétaire, sur la question de la dévaluation du franc – sortir ou rester dans le SME* – étaient toujours, in fine arbitrés par le chef de l’Etat. Avec l’euro, la politique monétaire échappe désormais entièrement au niveau national donc au Président.  Il n’est plus question non plus d’appliquer une politique interventionniste pour aider l’industrie,  Bruxelles l’interdirait. Compte tenu des règles européennes et du poids des dépenses publiques, les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement sont désormais infimes. De Gaulle, parlant des présidents de la IIIe et de la IVe République, affirmait « Ils n’ont qu’un seul pouvoir, celui de commuer la peine de mort ». Aujourd’hui, le président n’a même pas cette responsabilité puisque la peine de mort a été (heureusement) abolie !  Les autorités nationales gardent, en gros,  la possibilité d’augmenter et de baisser les impôts, mais cela ne suffit pas pour piloter une nation dans la tempête…

D’où la fuite en avant dans la communication. A cet égard, François Hollande ne fait pas autre chose que Nicolas Sarkozy, même si son style est à l’opposé (“le président des bisous”). Dès lors, un gouffre s’ouvre sur l’avenir, un abîme entre l’attente des Français et ce qui sortira de la politique du chef de l’Etat. Le danger est de nourrir le dégoût du politique, l’abstention ou la fuite vers les extrêmes irresponsables. C’est pourquoi, il me paraît indispensable de dire la vérité aux Français sur les limites à attendre de l’action gouvernementale et de donner la priorité à la reconquête de marges d’action politique nationales. Je ne sais pas, franchement, si la nouvelle opposition, aveuglée par l’idéologie bruxelliste, est en état de comprendre ce phénomène. Si personne n’en prend conscience, on restera dans une logique infernale d’alternances toutes aussi impuissantes, stériles et décalées du réel les unes que les autres, engendrant un malaise toujours plus grand de déception en déception et une coupure qui ne cessera de grandir entre la nation et ses élites, nourrissant le rejet du politique et l’extrémisme sans issue".

Partager cet article

6 commentaires

  1. “Si personne n’en prend conscience, on restera dans une logique infernale d’alternances toutes aussi impuissantes, stériles et décalées du réel les unes que les autres, engendrant un malaise toujours plus grand de déception en déception et une coupure qui ne cessera de grandir entre la nation et ses élites, nourrissant le rejet du politique et l’extrémisme sans issue”.”
    Et il propose quoi à la place ?

  2. Bien dommage que M. TANDONNET qui conseillait M. GUEANT n’ait pas pu dire cela sous Sarkozy : rien ne sépare quant à l’impuissance politique par rapport à Bruxelles, HOLLANDE de SARKOZY. Cela tient aux mécanismes institutionnels et à la dette, notre ”chère” ruine due au ”modèle français”, qui nous rend dépendant de l’€urope pour des replâtrages financiers réguliers, en attendant la chute finale fin 2013, quand la Chine décidera de s’implanter en Europe comme elle le fait en Afrique.
    Quant à “l’extrêmisme sans issue” à propos du FN sans doute, ce tic de langage convenu est plus qu’agaçant : il montre les limites de l’indépendance d’esprit de M. TANDONNET.
    Quant les gens ”bien” que conseillait M. TANDONNET échouent quelle est l’issue, si ce n’est en rompant avec leurs politiques ?
    Où est alors l’extrémisme : dans le peuple qui veut rompre ? Pas très clair.

  3. Tandonnet a produit un intéressant rapport sur l’immigration folle, dont les préconisations hélas est d’une tiédeur confondante.
    Que propose-t-il actuellement ?
    Pas de l’extrêmisme, j’espère 🙂

  4. L’extrémisme… le gros mot est lâché!
    En termes d’actions pour l’avenir, son article ne se résume qu’a cela. C’est bien pauvre.
    C’est aussi oublier que les changements majeurs en France se sont souvent déroulés de façon plutôt soudaine, par des “extrêmes”.
    Est-ce que les “extrémistes” auxquels pense ce Monsieur ne sont que ceux de Droite, afin que ce Monsieur puisse se poser en donneur de leçons?

  5. Si un Flamby arrive à être Président, aujourd’hui, n’importe qui peut l’être, d’où l’inutilité de la fonction et de la démocratie qui est devenue une farce…

  6. il reste cependant malheureusement quelques pouvoirs au Président de la République, celuis d’impulser les politiques relevant de la culture de mort dont la gauche est porteuse. elles ne “coûtent” pas grand-chose, financièrement, en apparence du moins, et c’est bien le drame.

Publier une réponse

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Privacy Settings saved!
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services