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France : Société

Pierre Bodein, la récidive et l’application des lois…

Il y a un an, Pierre Bodein, dit "Pierrot le fou", était mis en examen et incarcéré pour les meurtres de deux adolescentes, Jeanne-Marie Kegelin et Julie Scharch. Pierre Bodein nie ces crimes, malgré le faisceau d’indices qui le désignent comme coupable.

Pierre Bodein, qui a passé plus de 30 ans de sa vie en détention pour de nombreux crimes et délits, avait bénéficié d’une libération conditionnelle le 15 mars 2004, alors qu’il n’aurait pu sortir qu’en 2010 si sa dernière condamnation avait été appliquée. Il était alors en prison pour une série de 15 crimes et délits, dont des vols avec violence, un viol aggravé et une tentative de meurtre, commis en deux jours, en décembre 1992, lorsqu’il s’était évadé d’un hôpital psychiatrique.

Alors que l’instruction sur les meurtres de l’année dernière suit son cours, et que le procès n’est pas prévu avant longtemps en raison du nombre des affaires, et des personnes mises en examen, on s’occupe déjà de la libération de Pierre Bodein, au cas où il serait reconnu coupable et de nouveau condamné. Aussi hallucinant que cela paraisse, le compte à rebours a déjà commencé pour la libération du monstre dont on suppose qu’il aura été condamné pour les crimes atroces dont on l’accuse. C’est ce qui apparaît noir sur blanc dans les conclusions de l’expertise psychiatrique du détenu. Voici ce qu’écrivent tranquillement les deux psychiatres au terme de leur expertise : "En tout état de cause, si la culpabilité de Pierre Bodein est retenue, il portera le poids non seulement de son geste mais de ses dénégations, et le problème de défense sociale de son retour à la vie civile se posera dans des délais qui interdisent de le figer dès maintenant dans un rôle de pervers intraitable. La porte doit rester ouverte mais il n’est pas impossible qu’une mesure de précaution et de principe s’impose à sa sortie."

Mais il ne faut pas néanmoins le figer dans un rôle de pervers intraitable. Ce qui importe est la sortie de Pierre Bodein. Car avant même le procès, on sait qu’il sortira. Tout se passe comme si les psychiatres agissaient dans l’urgence, à la limite même du viol de la présomption d’innocence, puisqu’ils supposent de façon appuyée que Pierre Bodein sera condamné.

Mais, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ils pensent faire preuve de courage et d’indépendance d’esprit. En effet, ces considérations visent à faire accepter les toutes dernières lignes de leurs conclusions. Ils rappellent que la "conférence de consensus sur l’injonction de soin du suivi judiciaire a considéré que la dénégation des faits constituait une contre-indication de principe au prononcé d’une telle mesure". Une "contre-indication absolue", dit exactement cette conférence de consensus de la Fédération française de psychiatrie réunie en 2001. Ainsi, si Pierre Bodein est jugé coupable mais qu’il nie les faits, il ne pourra pas être question de lui imposer des "soins". "Il n’empêche, ajoutent-ils, que la nécessité d’un contrôle social sur Pierre Bodein à sa sortie s’impose et que le suivi socio-judiciaire devra être prononcé pour le renforcer par rapport à une sortie simple."

Voilà qui est à rapprocher de ce que disait Alain Hahn, le magistrat qui a remis en liberté Pierre Bodein (et aussi, plus récemment, l’assassin de Nelly Crémel…): "Mon seul souci dans cette affaire avait été d’éviter une sortie sèche de Pierre Bodein, puisque, arrivant à la fin de sa peine en 2005, on a préféré qu’il puisse bénéficier d’un suivi."

Bénéficier est joli. Mais l’on sait qu’il n’a bénéficié de rien du tout en la matière. Pierre Bodein n’était pas du tout suivi, de quelque manière que ce soit. Il est aujourd’hui accusé de trois meurtres atroces, et s’il est jugé coupable, la même histoire va recommencer. Grâce à des psychiatres qui ont déjà programmé sa sortie. Grâce à des magistrats qui agiront dans le respect de la loi et des règlements. Comme si les victimes, passées et futures, n’existaient pas. Ni leurs familles. Ni la société qui a le devoir de se protéger contre les monstres.

Michel Janva

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