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Cathophobie

Peut-il exister un droit au blasphème ?

Jean-Pierre Maugendre analyse l'affaire Castellucci :

J"Peut-il exister un droit au blasphème ou bien y a-t-il des valeurs sacrées à respecter dans une société ? Cette question ne constitue-t-elle pas d’ailleurs une contradiction dans les termes ? Le blasphème, au sens strict d’insulte à la divinité ou plus large d’outrages à des personnes ou des idées ’respectables’, rejoignant la notion de sacrilège, a toujours existé. Cependant comment la loi pourrait-elle autoriser à tourner en dérision ce qui est reconnu comme sacré ? C’est là la raison d’être de la loi : dire ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Elle ne pourrait autoriser le sacrilège qu’au moment où l’objet de cette dérision ne serait plus, dans la réalité, considéré comme sacré. […] Autoriser le blasphème est en soi une contradiction, c’est reconnaître que la valeur mise en cause n’est pas sacrée ce qui retire par le fait même aux attaques dont elle fait l’objet la portée de blasphème. En effet, toute société repose sur des valeurs qui ne se discutent pas et deviennent des tabous : les oppositions à ces tabous sont alors perçues comme des blasphèmes. Il n’est pas possible qu’une société soit amorale et cela pour de simples questions pratiques d’organisation. Il existe toujours des règles qui organisent la vie des hommes entre eux. […]

Les chantres hypocrites de la liberté d’expression que l’on entend beaucoup à propos du cocktail Molotov contre Charlie Hebdo sont également les soutiens voire les instigateurs, des lois Pleven- Gayssot-Rocard-Taubira qui limitent la liberté d’expression sur la nation, la race… Le père de La Morandais, porte-parole officieux, de la conférence des évêques de France a, lors d’un récent débat télévisé sur France 5, montré le véritable visage de ces experts en tolérance. Présenté comme doté « d’un sens aigu du dialogue et de l’échange », il a donné en fait l’image d’un mélange terrifiant de morgue, de suffisance et de haine à l’encontre de ceux qu’ils appellent les « chrétiens fondamentalistes » voire les « intégristes » croyant ainsi les livrer à la vindicte publique par analogie avec les fondamentalistes musulmans. Là contre le cardinal Ratzinger avait affirmé dans l’homélie de la messe Pro eligendo romano pontifice du 18 avril 2005 : « Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Église, est souvent étiqueté comme fondamentalisme. »

Chacun, de manière subjective, vit l’atteinte aux valeurs auxquelles il croit comme un blasphème. La solution est-elle que soient respectées toutes les religions et non religions dans leurs représentations et leurs interdits ou qu’aucune ne soit respectée, ce que préconisent les chantres de la laïcité ? En juin dernier l’Assemblée Nationale votait une résolution parlementaire affirmant que : « Nul ne peut se prévaloir de ses croyances religieuses pour s’affranchir des règles communes ». Il est de fait que la vie risque de devenir difficile à organiser entre ceux qui ne mangent pas de porc, ceux qui ne consomment pas de vache ni de bœuf, les adeptes du halal et ceux du casher, les adorateurs de l’oignon, les tenants du maigre le vendredi… Il n’en reste pas moins qu’une telle résolution reproduit l’exigence totalitaire d’une loi civile qui prévaudrait sur les lois non écrites qui sont –nous le savons depuis Sophocle– inscrites dans le cœur de l’homme. Qu’elle asservit la religion en ne lui laissant que l’espace toléré par la loi inexorable de la majorité.

On mesure dès lors à quel point le refus de la mention des racines chrétiennes de l’Europe, voulu par messieurs Chirac et Jospin, dans le projet de Constitution européenne, a produit des effets, à terme, particulièrement catastrophiques. Elle seule aurait permis de proscrire le blasphème public sans remettre en question notre liberté de mettre en cause les dispositions de la loi coranique ou la vie de Mahomet. […]"

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