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France : L'Islam en France

Paroles d’imam : Mohamed Nadhir, imam jeune, moderne, branché

Paroles d’imam : Mohamed Nadhir, imam jeune, moderne, branché

Damien Rieu postait le tweet suivant le 14 septembre 2022 :

Etait associé un court enregistrement correspondant à une question qui était posée à l’imam (peut-être bien un Live Twitch…) et qu’il commence par lire avant d’enchaîner pour y répondre :

« J’ai une question qui me paraît évidente mais je n’ai pas les éléments de réponse pour expliquer à une personne : Pourquoi une femme ne peut pas diriger la salat [la prière] ? ».

L’imam donc de répondre (au début, en mêlant de l’arabe) :

« parce que le prophète l’a interdit. Ne réussira pas un peuple qui a chargé des affaires à une femme et les affaires, ça concerne les affaires de l’Etat ou les affaires de la salat. La femme ne peut pas diriger la salat, parce qu’elle ne peut pas diriger tout court. Ni un état, ni une province, ni une ville, ni la prière, ni rien du tout, sauf une association caritative, quelque chose [petit sourire un peu méprisant de l’imam] où y a pas de grande envergure politico-religieuse ».

C’est clair et net. Et intéressant aussi par l’association, évidente dans l’esprit de l’imam, du politique et du religieux.

Cet imam, les lecteurs du Salon beige le connaissent déjà. Le 29 janvier 2021, une chronique lui était consacrée, s’étonnant du fait que, dans un autre enseignement et bien que considéré comme le témoin d’un « nouvel » islam modéré  car en particulier formé au Maroc [ !], il condamnait l’exécution pour apostasie mais, ajoutait-il, « si elle est injuste ». Et qui, pour un imam, peut fonder la notion de juste condamnation pour apostasie sinon la charia ?

La FIF (Fondation de l’Islam de France, déjà un oxymore) est une fondation d’utilité publique, dirigée par une personne certainement intéressante, Ghaleb Bencheikh. Quoique définie comme une fondation « laïque », la majeure partie de la communication de cette fondation poursuit clairement deux objectifs de « vente » de l’islam : que les Français se mettent dans la tête que l’Islam est partie prenante essentielle à leur civilisation depuis la nuit des temps (enfin, n’exagérons rien, pas avant le 7ème siècle…) ; que les Français se mettent dans la tête que, s’il y a deux peuples et deux civilisations qui ont toujours coexisté de façon fluide et harmonieuse, ce sont les peuples juifs et arabo-musulmans (comme le démontraient encore récemment les propos d’un autre imam, M. Tataiat, recteur de la grande mosquée de Toulouse et condamné en appel ce 31 août 2022).

Toujours est-il, et c’était le point de départ de cette incise, la FIF a réagi au tweet de Damien Rieu par un autre tweet condamnant les propos du-dit imam :

Les nombres étant ce qu’ils sont, on remarquera que le compte Twitter de la FIF revendique 6600 abonnés, celui de l’imam Nadhir (Din-ul-Qayyima) 21000 abonnés et le compte de visionnage de la conférence du même imam 144 000 abonnés : y’a pas photo. D’autant plus qu’il semble que M.Nadhir prêche volontiers dans diverses mosquées en particulier d’Ile-de-France et fait des conférences dans diverses institutions musulmanes.

On remarquera aussi que la FIF décrit l’imam comme de mentalité « archaïque ». Alors même que l’islam se décrit comme une religion révélée une fois pour toute et que la parole de son prophète est (serait ?) intangible. On voudrait comprendre.

Revenons au tweet de Damien Rieu. Les réseaux sociaux sur Internet agissent parfois un peu comme un canard sans tête et cet enregistrement, pour en valider les sources, a nécessité une petite enquête généalogique. Nous avons ainsi retrouvé un tweet de Décembre 2021 qui le citait déjà :

L’émetteur, Noor-nmq, affiche pour ambition : « Prévention discours extrémistes et violents. Quelle éducation pour les jeunes face à la tentation radicale ? » (2000 abonnés). La référence youtube affichée dans ce tweet de décembre 2021 a permis d’avoir accès à la conférence de laquelle est extrait le passage cité (à 44’). Cette conférence était la dernière d’un des quatre rendez-vous organisés par l’imam pendant le mois du Ramadan 2021 (avril/mai). La conférence dure 50 minutes : 13 minutes d’enseignement et 37 minutes de lectures de questions et de réponses.

 

Il n’y a donc pas que le passage cité plus haut. D’autres séquences laissent légèrement interloqué. Jugez-en. Une question : « J’ai la certitude d’avoir flatulé pendant la prière. Mais je n’ai entendu ni bruit ni odeur [sic] ». Et suit une question incompréhensible (en arabe ?) à laquelle l’imam répond :

« Ca dépend d’où vient cette certitude. Il peut y avoir une certitude sans qu’il y ait d’éléments qui la prouvent. Si vous avez eu la sensation, même si il n’y a eu ni bruit ni odeur, si vous avez eu la sensation que quelque chose est sortie de vous à 100%, sans aucun doute, alors là, oui. Mais si c’est juste « vous pensez », là, c’est un doute, c’est pas une certitude. Ca peut être une maladie, ça peut arriver à un stade de maladie ; il faut consulter, soit un imam, soit un professionnel de santé musulman » (à 16’).

Etonnant, non ? Bon, on dira qu’il y a des bizarres partout. Mais pourquoi le choix, par l’imam, de relever cette question parmi d’autres ? Et pourquoi son choix de relever aussi cinq à six questions s’intéressant aux femmes et à leurs règles (exemple à la syntaxe fragile : « Lorsqu’une femme a ses menstruations, doit-elle se laver que elle-même ou partout là où elle passe ? ») ? Ah, le charme de l’assimilation à la civilité française….

A la minute 24 vient cette question plus intéressante sur la compatibilité entre société musulmane et société française : « Est-ce vrai que la femme musulmane ne peut pas se marier avec un homme non-musulman ? ». Et l’imam de poursuivre :

« L’homme peut se marier avec une chrétienne ou une juive pieuse. Et la femme, non. Il lui est strictement interdit de se marier avec un autre qu’un musulman. Tout simplement parce que la société islamique est une société patriarcale où la prédominance dans le foyer est donnée à l’homme. Et à partir du moment où on donne la prédominance à un homme, si on donne la prédominance à un non-musulman, ça veut dire que le foyer sera géré par un non-musulman. Et le son de cloche de ce foyer, ce sera la mécréance. D’autant qu’Allah a interdit de donner la prédominance d’un mécréant sur un musulman dans le sens du statut juridique (et il termine par une citation en arabe) ».

Enfin, à 48’30’’, cela se termine par la question :

« Un musulman se doit-il d’exceller dans une société non-musulmane ? Oui, bien sûr. Dans une mesure qui est en adéquation avec sa religion, avec son éthique. Oui, il doit être excellent dans tous les domaines. Tant que ça apporte un bien à sa communauté ; et à sa personne et à sa famille. »

Pour terminer, notons que l’imam Nadhir a répondu lui aussi par un tweet à celui de Damien Rieu (NB : et il a effectivement écrit une chose fausse. M.Nadhir est Français d’origine tunisienne. Au Maroc, il a fait son école d’imamat comme déjà précisé) :

D’où l’on comprend que, malgré les dénégations de la FIF, pour un imam jeune, moderne, branché, considéré même parfois comme modéré, son enseignement sur la place des femmes est parfaitement conforme à la doctrine sunnite. On rappellera que le sunnisme regroupe la majeure partie des musulmans, l’autre partie essentielle étant chiite, comme l’Iran : on ne supposera pas que la place des femmes dans la société soit plus attrayante en Iran chiite qu’elle ne l’est dans le monde sunnite tel que décrit par Mohamed Nadhir.

Ce dernier précisant bien enfin que ce n’est même pas une question d’islamisme (pour autant que ce terme ait un sens quelconque, on le verra dans un deuxième épisode de « Paroles d’imam »), c’est bien fondamentalement une question d’islam. Et on remarquera enfin que toute mise en cause du fondement de ses propos est immédiatement assimilée à une « attaque ». Il est vrai que l’imam doit considérer qu’il vit, selon la cosmogonie musulmane, dans le monde de la guerre : celui de la mécréance à combattre.

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4 commentaires

  1. “L’Islamisme vrai visage de l islam ” livre de Hamid Zanaz livre edité en mars 2012!!!

  2. pas sûr que l’ exaltation moderne du féminisme soit un vrai progrès.

    quand on voit nos sorcières républicaines revêtues de mandats politiques en action……

    Aristote: “la femme est un homme incomplet”

  3. Un imam moderne , jeune et branché , dites-vous ? Mais c’est encore pire que tout ! ! !

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