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Pays : Etats-Unis / Pays : International

Nouvelles révolutions de couleur : vers plus de violence ?

Alors que les Etats-Unis, et l'OTAN à leur suite, créent une sorte de point de fixation intellectuel avec le concept de guerre hybride, Alexandre Latsa rappelle opportunément leur stratégie tout aussi hybride de "révolution de couleur". N'hésitez pas à activer les liens, qui mènent vers des articles tout aussi intéressants. Au sujet des manipulations US lors des épisodes dits "printemps arabe", on peut se référer à l'excellent "arabesque américaine" de l'universitaire canadien Ahmed Bensaada.

"Au cours de la décennie qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique, les stratèges américains ont élaboré des méthodes de renversement d’un pouvoir politique ne nécessitant pas d’intervention militaire et limitant au maximum le nombre de victimes collatérales.

Longtemps restées secrètes et cachées au grand public, c’est après les opérations de manipulation réussies en Serbie que des blogueurs et analystes ont commencé à dévoiler les rouages de ces phénomènes pour le moins surprenant qui ne ciblaient qu’un type similaire d’États. Les révolutions de couleur sont basées sur des stratagèmes extrêmement subtils, modernes et subversifs, fondés sur la non-violence et conçus par un politologue américain du nom de Gene Sharp.

Au cours des 20 dernières années, ces méthodes de résistance non violentes ont été structurées puis appliquées via des ONG soit disant neutres et axées sur la société civile, qui étaient en réalité financées plus ou moins directement par diverses ONG ou Fonds en lien direct avec le département d’État américain. La CIA va même dispenser des formations aux leaders de ces « pôles de résistance », manifestant l’implication directe du département d’État dans ces mouvements soi-disant spontanés. Ceux qui auraient des doutes sur la véracité d’un tel fait peuvent se référer à l’interview donnée par un des principaux activistes non-violents en Serbie, membre d’Otpor, à la revue Politique internationale.

Non-violence 2.0

Ces techniques pratiques visant à réaliser des révolutions non violentes vont être adaptées au monde moderne et fusionnées avec les nouvelles technologies, trouvant dans les réseaux sociaux un formidable vecteur de propagation. Dans la foulée, les initiateurs et militants d’Otpor et du coup d’État en Serbie ont créé à Belgrade le centre CANVAS, qui promeut les stratégies des révolutions non violentes partout dans le monde et se targue d’être « intervenu » dans plus d’une quarantaine de pays. La liste des partenaires et sponsors annoncés sur le site témoigne de la mainmise du département d’État sur cette « usine à révolutions », implication du reste confirmée par Wikileaks.

Le virus des révolutions de couleur s’est propagé au cours de la première décennie du siècle au monde eurasiatique, et au cours de la seconde au sein du monde musulman, 24 révolutions de couleurs ayant eu lieu ces 25 dernières années. CANVAS est en effet intervenu dès le début du printemps arabe en Égypte mais aussi dans la grande majorité des pays arabes concernés par le soi-disant « printemps révolutionnaire ».

Guerre de l’information et échec des processus « colorés »

La réalité va cependant rapidement reprendre ses droits, et les régimes issus des quelques révolutions de couleur s’effondrer aussi rapidement qu’ils avaient éclos. En Serbie, ce sont les ex-partenaires de Milosevic qui sont au pouvoir, l’opposition a repris le pouvoir en Géorgie et en Ukraine, les dernières élections présidentielles et législatives organisées dans un cadre légal (impliquant tous les partis, et pas en temps de guerre) ont vu la victoire systématique de Viktor Ianoukovitch et du Parti des régions.

Ce point est fondamental : il implique que si le mode opératoire (la révolution en elle-même) est rôdé, la gouvernance n’est pas au point, mettant les nouvelles élites « colorées » face au risque du suffrage universel qu’il n’est pas (encore ?) possible de supprimer.

Le point crucial de la guerre de l’information prend à cet instant présent toute son importance, puisque la révolution s’est systématiquement accompagnée d’une campagne de désinformation massive axée sur l’émotionnel visant à intensifier la manipulation des masses, transformées en agents inconscients, tandis que la minorité active (les agents conscients) peut continuer son travail avec une majorité acquise à sa cause.

Dans l’ex-espace soviétique, la manipulation des foules a cessé dès qu’elle n’est plus parvenue à masquer les réalités économiques et politiques, et la mauvaise gestion des nouvelles élites « colorées ». Dans le même temps, en Russie, la communication anti-orange, connaissait de lourds succès.

La violence, nouveau mode opératoire ?

À la lumière de ces considérations, le scenario ukrainien est extrêmement intéressant. Le Maïdan n’est pas une révolution de couleur de plus, mais un nouveau modèle de révolution de couleur qui a cessé d’être non-violent. L’échec du projet de couleur de 2004 a donné naissance au projet 2015 qui inclut désormais la violence dans son mode opératoire (coup d’État de Pravy Sektor, assassinat de représentants des forces de l’ordre, snipers qui tirent sur la foule…). Autre macabre innovation: l’élimination totale de l’élite politique à renverser, pour éviter que celle-ci ne puisse revenir au pouvoir par volonté populaire via des élections libres.

Alors que la bataille de la communication semble en passe d’être perdue par la puissance instigatrice de des coups d’États déguisés, il est plausible que l’humanité connaisse un nouveau cycle de révolutions de couleurs.

Après la révolution de couleur 1.0 (non violente), la révolution de couleur 2.0 (non-violente et via l’aide d’internet), nous assistons actuellement à l’éclosion de la version 3.0: des révolutions de couleurs ultra-violentes, réalisées à l’aide des nouvelles technologies.

Le Salon Beige est visité chaque jour par plusieurs dizaines de milliers personnes qui veulent participer au combat contre la culture de mort et pour la dignité de l’homme.

Je ne souhaite pas que le Salon Beige devienne une galerie commerciale avec des publicités voyantes, mais au contraire qu’il reste un outil de combat culturel.

Le Salon Beige est un lieu où chacun trouve les informations et les argumentaires dont il a besoin pour sa réflexion personnelle. C’est un lieu gratuit et une bibliothèque de référence vivante.

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Aujourd’hui, je vous remercie de faire un don de 5€, 20€, 50€ ou de tout autre montant à votre portée, afin que le Salon Beige puisse poursuivre son combat.

Merci,

On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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9 commentaires

  1. je suis dubitatif

  2. Et, bien sûr, la non-violence, c’est mal. Tandis qu’envahir un pays avec des chars, des canons et des lance-missiles, exécuter des prisonniers, ça, c’est bien. Heureusement que nous sommes sur un blog chrétien !

  3. pour la France, je choisis le bleu Siel!

  4. Et durant des décennies, l’indépendance de certains partis vis-à-vis de l’URSS ou aujourd’hui de certains hommes politiques vis-à-vis d’Israël ou de pans complets de notre monde politique vis-à-vis des Internationales/Supranationales (FM ou think-tanks comme la French American Foundation, Bilderberg etc.) ?

  5. @pula Corbulon
    Enfin, enfin, les révolutions suscitées ne sont-elles que fabriquées par la CIA : la prise en main de la Crimée et de l’est de l’Ukraine ou d’une partie de la Géorgie, sans l’intervention des services et troupes spéciales russes auraient-elles été possibles ?
    Vous êtes souvent dans le sensationnalisme poutinien exclusif, car de plus, il faudrait ajouter l’influence russe sur les élections des pays voisins, comme en Géorgie avec ce milliardaire surgi de nulle part et qui s’est fait élire sous influence russe alors qu’il n’est pas géorgien.
    Demeurer obectifs n’est pas être sous contrôle mental de la CIA.

  6. Si je comprends bien, ce sont les Américains qui sont responsables des guerres, y compris civiles. Ils déstabilisent les Etats selon leurs intérêts économiques et géo-politiques. Les USA sont vraiment le grand Satan, comme l’affirmait un dictateur ayatollah iranien, je crois.
    Moi qui croyais naïvement que nos ennemis étaient les djihadistes qui décapitent, crucifient, entre autres horreurs, me voilà bien informée: ce sont les Américains qui en sont les responsables. Que l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie les soutiennent, y compris financièrement, ne change rien à l’affaire; ce sont les Américains qui sont derrière.

  7. Vous comprenez bien Philomène : ce sont les américains qui sont derrière TOUTES LES GUERRES, du VIETNAM à l’UKRAINE, en passant par le KOSOVO, l’IRAK, la SYRIE, inutile de toutes les citer, c’est TOUTES, ….sauf sur leur sol….et encore ? LE 11 SEPTEMBRE ???????? Les américains ? la peste et le choléra conjugués…..

  8. Robert Marchenoir, lisez le dernier livre de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur en Mauritanie, au Soudan, et au Zimbabwé : « Tempête sur le Grand Moyen-Orient ».
    http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/75-a-la-une/8919-michel-raimbaud-les-etats-unis-n-ont-qu-une-logique-celle-du-chaos.html
    Il a placé en épigraphe de son livre cette citation de Voltaire : « Pour savoir qui vous dirige vraiment, il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. »
    Ce qu’il pense des conflits au Yemen et dans les autres pays et qui ont démarrés en 2011 lors du « Printemps arabe ». Ils ont également de nombreux antécédents dans l’histoire. Les manigances des grandes puissances, régionales et occidentales, ne sont jamais bien loin…
    http://www.dailymotion.com/video/x2m2oks

  9. Monique,
    Je ne vois pas comment qui que ce soit, même un ancien ambassadeur français (ce qui n’est certainement pas une référence), pourrait faire que la guerre de conquête soit préférable à l’influence non-violente.
    Je me doute bien que d’innombrables personnalités ont écrit des brûlots anti-américains. Ce n’est pas ça qui manque. Je vois mal en quoi cela justifierait l’agression russe contre la souveraineté de l’Ukraine, et avant elle celle de la Géorgie, et depuis celle de l’Estonie et de la France, et auparavant celle de la Grande-Bretagne, etc.

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