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Culture de mort : Euthanasie / France : Société

“Nous sommes là aussi pour guérir cette envie de mourir”

Dans Le Figaro, Eugénie Bastié consacre un reportage au CH de Chartres, où l'écrivain Valeria Milewski écrit la biographie des personnes en fin de vie, pour les aider à affronter par le récit l'ultime échéance. Extraits :

"[…] Depuis huit ans, dans son petit bureau du service oncologie de l'hôpital Louis Pasteur de Chartres, elle écrit la biographie des personnes en fin de vie. […] «J'ai eu cette intuition: se raconter, se déposer, se ressaisir par l'écriture pouvait alléger les derniers moments, et permettre aux personnes de ne pas perdre le fil de leur humanité» […]

Séance après séance (elle a vu un de ses patients pendant trois ans, une cinquantaine de fois, mais parfois la biographie se résumera à un simple entretien), l'écrivain les aide, patiemment, à recoudre les pièces d'un puzzle éparpillé. «On se relit comme on se relie» résume-t-elle en une formule. C'est à la fois un bilan, une tentative d'explication, et une volonté de transmission. […]

La biographie n'aide pas seulement les malades, mais aussi les proches. C'est un aspect de la fin de vie dont on parle peu: ceux qui restent. […] «Le patient n'est plus un numéro, une maladie, mais redevient une personne.»

[…] Pour Frédéric Duriez, médecin dans le même service que Valéria, sa démarche constitue un «soin thérapeutique» à part entière. «Le propre du cancer, c'est que non seulement il tue, mais il donne envie de mourir. Nous sommes là aussi pour guérir cette envie de mourir» confie-t-il. «Le champ médical est impuissant à répondre à la question de l'«à quoi bon» qu'on se pose en fin de vie». Il raconte l'histoire de cette dame, condamnée, qui attendait la mort sur son lit d'hôpital depuis un an. Un an sans aucune visite, sans aucun courrier. La seule lettre qu'elle a reçue, c'est les vœux du maire de son village, dactylographiés et anonymes. Elle a accroché cette lettre au-dessus de son lit. Témoignage infernal d'une solitude absolue. «Quand elle me demande: «Est-ce que ça ne pourrait pas aller un peu plus vite? Qu'est-ce que je peux lui répondre?» dit-il, impuissant. «On se pose la question de savoir si oui ou non il faut répondre au désir de mourir. Sans jamais se demander pourquoi les gens ont ce désir. Qu'est-ce qui fait que la société laisse des gens avoir cette envie-là? La morphine ne soigne pas le sentiment d'abandon.»

Beaucoup de personnes, qui souhaitaient en finir, renoncent à l'euthanasie après avoir commencé le travail de biographie avec Valéria. «[…]"

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