Bannière Salon Beige

Partager cet article

Bioéthique / Culture de mort : Eugénisme / France : Politique en France

Ne confondons pas la paix avec l’anesthésie de nos consciences

Face à l'hystérie de certains, qui croient entendre les bottes des heures les plus sombres…, Tugdual Derville met en avant les bonnes priorités :

Capture d’écran 2017-05-01 à 18.09.33"[…] Sur les sujets de VITA, nous avons conçu cette série de baromètres, dès les primaires des grands partis. Leurs dix points sont essentiels, car il n’y a pas de politique digne de ce nom sans conception ajustée de l’homme. Nous actualisons ces tableaux à partir des informations de plus en plus riches sur le passé des candidats, leurs programmes et leurs déclarations. A l’heure où nous sommes, il nous paraît objectif de constater qu’Emmanuel Macron propose, sur plusieurs points majeurs, d’aggraver ce que nous avons appelé la « casse sociétale » du quinquennat Hollande. Je pense surtout à son projet d’ouvrir la PMA aux femmes célibataires ou homosexuelles. Son intervention auprès des collégiens leur demandant si certains « ont deux papas ou deux mamans », assortie d’une instruction civique particulièrement intrusive, confirme son état d’esprit. Sur ce sujet, Marine Le Pen affirme vouloir rétablir l’intégrité du mariage et de la filiation. Dont acte. Mais nous prenons soin de préciser que ces critères, pour importants qu’ils soient (on dit parfois de certains qu’ils sont « non négociables »), ne sont pas exclusifs. À chacun de les relier aux autres points qui lui semblent essentiels avant de faire son choix. Je précise que, sur le sujet de l’avortement, aucun des onze candidats n’a exprimé une position générale acceptable à nos yeux. Or, il faudrait relever ce défi douloureux, par une politique tranchant vraiment avec celle qu’a encore aggravée François Hollande à quatorze reprises…

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’avec Marine Le Pen adviendrait une guerre civile ?

On agite des deux côtés la peur du chaos. Justement, je pense souvent à cette « paix factice » dans laquelle nous croyons vivre en France quand nous oublions les atteintes à la vie. Je ne veux jeter la pierre à personne, parce que j’aime, comme chacun, vaquer paisiblement à mes occupations parfois futiles. Mais je me souviens de mère Teresa qui nous alertait à propos de nos pays qu’elle disait « plus pauvres encore que l’Inde » en constatant la banalisation des atteintes à la vie dont parlait aussi son « ami » Jean-Paul II à chacune de ses visites dans cette France qu’il aimait tant ! Je pense aussi à Emmanuel Mounier qui se disait plus choqué par l’injustice que par le désordre, ou à René Girard évoquant ces boucs émissaires que toute société aime désigner et éliminer dans l’inconscience générale.

Avons-nous conscience, pour citer un seul exemple, de l’ampleur de l’eugénisme « démocratique » qui blesse déjà notre société ? Quelle est cette paix que nous voulons préserver si nous fermons les yeux sur ces « étrangers » rejetés par centaines de milliers aux frontières de la vie que sont ces fœtus trisomiques, et autres êtres humains jugés non conformes, indésirables ? Le migrant aussi est très vite traité en bouc émissaire… C’est ce que dit à sa façon le pape François dans Laudato si’ : la personne âgée, la personne handicapée, l’étranger, celui qui vit dans la misère ou sans domicile, et aussi l’embryon humain livré aux laboratoires, tous sont des pauvres à considérer et protéger. Un tel constat douloureux renvoie sans doute dos à dos les deux finalistes et leurs challengers du premier tour de cette élection présidentielle. Mais il interroge aussi chacun d’entre nous sur les critères qui définissent à nos yeux la paix. Nous la confondons trop vite avec la tranquillité et l’anesthésie de nos consciences, voire la protection de nos biens matériels. Or la paix découle de la justice, qui elle-même émerge de la vérité, à oser regarder en face. Ainsi, même notre légitime souci de sécurité face à la menace terroriste devrait nous éveiller à l’insécurité subie par d’autres êtres humains, dont l’humanité est occultée…"

Partager cet article