Mossoul : l’appel des patriarches d’Antioche

Le 10 juin 2014, Mossoul tombait entre les mains de l’État Islamique. Deux ans plus tard, le 10 juin 2016, Ignatius Aphrem II, patriarche syro-orthodoxe d’Antioche, et Ignatius Youssef III Younan, patriarche syro-catholique d’Antioche, ont lancé un appel commun à la communauté internationale et à leurs fidèles dispersés et réfugiés. Traduction de Christianophobie Hebdo :

Unknown-12"Voici deux ans que notre peuple syria­que a été déraciné de la terre de ses ancêtres à Mos­soul et dans la plaine de Ninive, conséquence d’une action crimi­nelle, assimilable à un génocide ethnico­religieux, commise par l’EIIL [État Islamique en Irak et au Levant] et d’autres groupes terroristes qui considèrent com­me infidèles ceux qui ne parta­gent pas la foi et les croyances de leurs doctrines religieuses.

Le 10 juin 2014, notre peuple a été contraint de fuir Mossoul. À l’aube du 7 août suivant, le déra­cinement s’est poursuivi et notre peuple a été contraint de quit­ ter [les villages et les villes] de la plaine de Ninive. Ils sont devenus des réfugiés et des sans domicile fixe dans la région du Kurdistan irakien et dans d’autres pays voi­sins : Liban, Jordanie et Turquie. Aujourd’hui, deux ans après que cette calamité s’est abattue sur notre peuple, les pays décision­naires et la communauté inter­nationale demeurent muette et inactive face au nettoyage eth­nique d’un peuple historique qui a fondé des civilisations dans cette région. Nous sommes les descendants de ces martyrs qui ont défendu leur foi et leur hon­neur. Ils ont été témoins jusqu’à l’effusion de leur sang.

Nous saluons la décision de cer­tains pays de reconnaître ces actes terroristes comme un génocide contre les chrétiens et d’autres minorités religieuses. Toutefois, nous dénonçons avec vigueur l’absence d’actions sérieuses de la part de la communauté inter­nationale et du gouvernement irakien visant à libérer Mossoul et les villages de la plaine de Ninive des groupes terroristes. Ils ont détruit nos églises et nos monastères, en particulier le monastère des Saints­ Benham­ et ­Sarah où la tombe du saint a été bombardée. Ils ont volé les propriétés et les biens de notre peuple, répandant les ténèbres de la mort, de la destruction et de la dégradation morale.

Comme pères spirituels de ce peuple, nos cœurs sont transper­cés de douleur et nos yeux remplis de larmes à chaque visite que nous avons rendue, ensemble ou séparément, à nos enfants éta­blis dans les villes de la région du Kurdistan irakien. Nous constatons leurs souffrances et l’absence des choses les plus élémentaires pour mener une vie digne : habitations, emplois, soins médicaux et écoles pour les enfants. Nous remercions le gouvernement de la région du Kurdistan irak­ien de ses efforts pour offrir des services élémentaires dans ces temps difficiles. Nous affirmons de même notre exigence d’une libération immédiate de Mos­soul et de la plaine de Ninive, du retour de nos fils et de nos filles sur leurs terres et dans leurs mai­sons. Ils devraient pouvoir prof­iter de la sécurité et de la stabilité et de conditions de vie leur ga­rantissant la dignité et l’aide pour restaurer leur confiance dans leur pays et l’espérance d’un futur lumineux.

Par conséquent, nous disons à nos fils spirituels qui ont été ob­ligés de fuir de leurs maisons et de leurs communautés : Nous sommes avec vous en tout moment, nous vous exhortons à demeurer la lumière qui brille dans les ténèbres de cette tribu­lation, afin que votre retour chez vous arrive vite. Nous avons confiance dans la promesse du Sei­gneur Jésus­-Christ qui nous a dit de ne pas avoir peur : « Mais courage! Moi, je suis vainqueur du monde » (Je, 16, 33)."

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