Migrants : le message du pape est-il destiné à influencer la politique intérieure italienne ?

Capture d’écran 2017-08-25 à 07.45.52Le Message du Pape pour la 104ème Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2018 a donc été publié le 15 août, pour une journée prévue le 14 janvier prochain. Depuis 2013, ce message traditionnel est en effet publié entre août et septembre. Néanmoins cette année, il est diffusé dans un contexte très particulier.

Il y a d'abord cette série d'attentats, mais ils ont eu lieu après la publication officielle de ce message. A Barcelone, les islamistes venus du Maroc ont frappé le 17 août. Mais ce ne sont pas les premiers (et ce ne sont pas les derniers).

Il y a aussi l'immigration massive en Italie, qui déstabilise le pays et provoque une crise. En juillet dernier, un maire de Sicile avouait ainsi 

«Nous sommes envahis, submergés»

Il y a enfin et surtout le projet de loi en cours de discussion au Parlement italien, sur le droit du sol visant à accorder la nationalité italienne aux enfants nés sur le territoire de parents étrangers. Le chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni (Parti démocrate) avait annoncée en juillet le renvoi à l'automne du vote du sénat, la majorité n'étant pas unie sur ce sujet. Membre de la majorité, le parti centriste du ministre des Affaires étrangères Angelino Alfano avait ainsi fait part de ses doutes quant à l'opportunité de voter le texte alors que l'Italie fait face à un afflux d'immigrés.

Le pape n'ignore certainement pas ce contexte politique italien. Se pose donc la question de l'intervention directe du pape, au travers de ce message essentiellement politique (il contient 21 mesures politiques et la 12e concerne le droit du sol), dans la politique intérieure italienne. Question que son entourage redoute visiblement. En effet, dans un article de La Vie au sujet de ce message, on apprend :

"Quand nous avons posé la question à certains théologiens en vue, ils n'ont pas souhaité répondre, certains invoquant le caractère politiquement inflammable du sujet. Les services de communication du Vatican n'ont pas non plus donné suite à nos demandes."

La presse italienne ne s'y est pas trompée. Le journal de gauche La Repubblica s'en réjouit, le quotidien communiste Il Manifesto est devenu papiste et le titre catholique Avvenire affiche le selfie de François avec un jeune migrant, lors d’une visite dans un centre d’accueil. Le quotidien de droite Il Giornale dénonce “Le coup de force du pape-roi”, Il Tempo s'indigne de cette “Énième ingérence angéliste de Bergoglio”, quant à Libero (photo), il titre : “Citoyenneté, soins de santé, retraites. Pour le pape, il faut tout donner aux musulmans.”

Le titre de Libero est-il excessif ? Non, quand on connaît les intentions publiques des terroristes islamistes. Dans son numéro de mercredi dernier, Minute, qui n'évoque pas ce message du pape, a consacré sa Une à la volonté de Daech de s'emparer de Rome. Le magazine de l'Etat islamique s'appelle désormais « Rumiyah », qui veut dire… Rome.

2835_page_01"Pourquoi Rome ? Parce que Rome, comme Carthage, doit être détruite ou sinon conquise ! Le prophète Mahomet aurait en effet dit que les musulmans conquerraient d’abord Contantinople (aujourd’hui Istanbul) puis Rome. Les retranscriptions différant quelque peu et les traductions encore plus, les géopolitologues islamistes contemporains, qui sont aussi des stratèges avisés et sont donc conscients des rapports de force, ont bien compris, surtout après le coup d’Etat manqué, que faire tomber le régime d’Ankara ne serait pas une mince affaire. Rome non plus, certes, mais une déstabilisation de l’Italie – qui a déjà connu cela – décuplerait les forces des troupes pour qui l’éradication de la Chrétienté reste l’objectif suprême, car, comme l’a dit un autre chef vénéré de l’Etat islamique (avant d’être tué, lui aussi) : « Nous ne nous reposerons pas de notre djihad, sauf sous les oliviers de Rome. »

Capture d’écran 2017-08-25 à 08.10.12Cette phrase de l’Egyptien Abu Hamza al-Muhajer, qui fut premier ministre de l’Etat islamique après avoir été le chef d’Al Qaida en Irak, figure donc en exergue de chacun des numéros de « Rumiyah », qui paraît au rythme mensuel avec une régularité de métronome que les opérations militaires ne semblent pas affecter. […] La conquête de Rome et la destruction de la papauté – et, partant, de la civilisation européenne – est bien la constante de l’Etat islamique, qui en avait fait la une du numéro 4 de « Dabiq » à l’automne 2014. Un montage-photo représentait le drapeau de l’Etat islamique flottant sur l’obélisque de la place Saint-Pierre.

Dans le dossier d’une douzaine de pages consacré à la nécessité de conquérir Rome, on trouvait des déclarations comme celle-ci, due à Abou Mohammed el-Adnani, alors porte-parole de l’organisation terroriste, lui aussi mort depuis : « Nous allons conquérir votre Rome, briser vos croix et asservir vos femmes », précision étant apportée que cela se déroulerait… « par la permission d’Allah ». El-Adnani ajoutait à destination de nous autres, chiens de mécréants : « Si nous n’y arrivons pas, nos enfants et nos petits-enfants y parviendront, et ils vendront vos descendants comme esclaves au marché aux esclaves. » Chacun est libre de choisir le sort qu’il a envie de donner à ses enfants. […]".

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