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Mgr Centène : les corps intermédiaires et la subsidiarité

Docteur en droit, Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes, a soutenu la rébellion des Bretons. Il déclare à L'Homme Nouveau :

"Que les choses soient claires : je n’ai pas appelé directement à aller manifester. Dans un billet d’humeur, j’ai signalé les manifestations qui devaient avoir lieu en Bretagne mais j’ai surtout encouragé « tous les Morbihannais, soucieux du bien des autres, au-delà de leurs diverses sensibilités, à manifester leur solidarité et leur engagement altruiste de la manière qu’ils jugeront la plus utile ».

En effet, les manifestations sont souvent, en aval, le signe d’un échec qui ne dit pas son nom en amont : échec du dialogue et des négociations, aveuglement sur les causes d’un problème et donc sur les solutions à apporter. Les manifestations signent l’échec du politique au sens noble. C’est pour cela aussi qu’elles sont un droit, véritables soupapes de sécurité du contrat tacite qui unit les citoyens entre eux. C’est pour cela surtout qu’elles ne doivent pas être réprimées et étouffées, karchérisées ou gazées, tant qu’elles ne s’en prennent pas, sauf raison légitime, aux biens publics et privés.

Ces manifestations sont en tout cas un bon thermomètre de l’état de cohésion ou de délitement du corps social, surtout lorsque les slogans s’opposent aux politiques menées par tel ou tel gouvernement. Ces derniers n’ont donc jamais intérêt à bâillonner le peuple qui descend dans la rue, sauf à courir le risque de la conflagration, de l’explosion ou de la révolution, appelez ça comme vous voudrez. […]

Samedi 2 novembre, il s’est passé quelque chose d’absolument unique à Quimper. Tout le monde était dans la rue, sans distinction. Toutes les catégories sociales et économiques étaient présentes : l’agriculteur et le châtelain, le pêcheur et l’étudiant, l’employé et son patron, les chômeurs et les élus. Toutes les sensibilités politiques se sont réunies ensemble, sans exception, de « l’extrême gauche » à « l’extrême droite » en passant par les partis dits « de gouvernement ». […]

Les corps intermédiaires, véritables courroies de transmission entre l’individu et le pouvoir, sont un gage de vitalité et de fluidité du corps ­social tout entier.

Mais ces corps intermédiaires sont de deux espèces. Les corps intermédiaires naturels, parmi lesquels la famille, sont absolument essentiels et intangibles puisqu’inscrits dans la chair même de l’être humain. Les autres corps intermédiaires sont le fruit de l’Histoire ou d’un accord délibéré entre personnes (partis, associations, syndicats, corporations, collectivités territoriales, parmi lesquelles les régions). Ils peuvent naître, évoluer et disparaître au gré des nécessités.

Là encore, la doctrine sociale de l’Église nous est d’un grand secours, elle qui met en avant ce principe clef de la « subsidiarité ». En un mot, la subsidiarité consiste à laisser faire au plus petit échelon ce qu’il peut faire seul et de façon optimale, surtout quand un traitement de la question dans un cadre plus vaste entraînerait des déséquilibres entre des zones dont les besoins ne sont pas identiques et les moyens humains et matériels différents.

Maintenant, sur la question du corps intermédiaire optimal, le débat est légitimement ouvert et la réponse ne peut être fixiste, dépendant notamment de l’évolution des mentalités, des moyens matériels et financiers, du poids de l’Histoire, des traditions. Un ensemble de synergies qui empêche au total que l’on puisse plaquer artificiellement des « corps intermédiaires » au nom d’une certaine idée qu’on se fait d’eux. Le corps intermédiaire voit le jour de manière empirique lorsqu’il répond à une attente réelle, objective, et on peut l’abandonner lorsqu’il devient une coquille vide, un poids.

Il ne faut pas, en effet, tomber dans le piège de la structure. Car le corps intermédiaire est une structure. Et la tentation est souvent d’attendre son salut de la structure. Or une structure n’a de sens et de légitimité que si elle est faite d’hommes, d’hommes enracinés, formés, respectueux des valeurs et soucieux du bien de ceux dont ils ont la responsabilité. Je crois que les Bretons l’ont compris ces jours-ci. Espérons qu’ils soient entendus et suivis."

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