Mgr Cattenoz dénonce la spirale d'horreur dans laquelle la France s'enfonce

De Mgr Jean.jpgerre Cattenoz, archevêque d'Avignon :

Mgr Cattenoz"En ce début de carême, j’ai mal pour mon pour mon pays : je le vois
s’enfoncer dans une spirale d’horreur où, après avoir présenté le
mariage pour tous comme une avancée sociale, nos gouvernants s’apprêtent
à faire voter une loi sur la famille avec un droit à l’enfant qui
l’emportera sur le droit des enfants
. Une mère porteuse
donnera la vie à un enfant et dès sa naissance il sera donné ou
« vendu » à un « couple d’hommes ». Personne ne s’intéresse au
traumatisme que cela représentera pour l’enfant de se voir séparer de SA
mère pour être élevé par deux « papas ». Ensuite, ne vous y trompez
pas, tout est programmé, il y aura l’euthanasie ou plus exactement pour
ne pas froisser les consciences délicates, « le droit à mourir dans la
dignité ». Comme autrefois pour le droit à l’avortement, on modifie le
vocabulaire « pour en cacher la véritable nature et en atténuer la
gravité dans l’opinion », « mais aucune parole ne réussit à changer la
réalité des choses : l’avortement provoqué est le meurtre délibéré et
direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain
dans la phase initiale de son existence » (Le Bienheureux Jean-Paul II,
l’Évangile de la vie, n°58). Il en sera de même pour l’euthanasie qui
nous rappelle de tristes souvenirs. Il restera à voter le droit à l’eugénisme
qui nous permettra de nous débarrasser de tout enfant chez qui
apparaîtrait un handicap trop lourd et pour la famille et pour la
société.

En ce début de carême, j’ai mal
pour mon pays : je le vois s’enfoncer dans une crise économique sans
précédent, des usines ferment par centaines, plus de mille au jour
d’aujourd’hui depuis seulement quatre ans. Des dizaines de milliers de
personnes perdent leur emploi du fait de ces fermetures sans compter
tous les emplois induis chez les sous-traitants. Arcelor-Mital, Goodyear,
Petite couronne, et la liste s’allonge de semaine en semaine. Chaque
jour dans ma prière, je porte tous ces hommes et ces femmes qui se
retrouvent au chômage et souvent n’osent même pas l’annoncer à la maison
car ils mesurent la catastrophe que cela représente. La soupe de
l’amitié, l’accueil de jour du Secours Catholique, du Secours populaire
ou des Restos du cœur,
autant de structures qui n’arrivent plus à faire face à l’impossible.
Les subventions de l’État ou de l’Europe sont en chute libre et des
familles entières s’enfoncent dans la misère et la précarité. Pendant ce
temps, d’autres vont s’installer en Belgique ou ailleurs pour
sauvegarder leur patrimoine. Aller comprendre !

Face
à tous ces drames, Il n’a plus figure humaine, il ressemble à une loque
humaine, comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, il n’ouvre pas la
bouche. Pourtant il prenait sur lui nos maladies, il se chargeait de nos
infirmités. « Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleur,
familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne.
Pourtant s’était nos souffrances qu’ils portait, nos douleurs dont il
s’était chargé » (Is 53,3-4).

Je
ne peux quitter des yeux sa croix. Avec le disciple bien-aimé, je reste
là à regarder. Je l’entends dans un dernier sursaut s’écrier : « J’ai
soif ! ». Oui, il a soif d’un monde nouveau, il a soif d’une humanité
enfin réconciliée avec elle-même, il a soif de laisser déborder sur le
monde les sources de l’amour, les sources de la vie. Elles vont couler
de son côté transpercé, enfin il va pouvoir donner, répandre l’Esprit,
mais allons-nous l’accueillir ?

Mystérieusement, au moment
même où les disciples ont tous disparu, où la foule, les soldats, les
grands prêtres, tous se déchaînent contre lui pour crier à Pilate : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! Libère-nous Barabbas ! », Lui, le Fils du Père donne sa vie pour que nous tous, nous puissions retrouver notre dignité d’enfant bien-aimé du Père. Pendant ce temps de carême, je voudrais pouvoir rester à contempler le crucifié
pour lui dire : « Aie pitié du pécheur que je suis ! » Alors, je
pourrai l’entendre me dire comme au bon larron : « Aujourd’hui même, tu
seras avec moi en paradis ! »"