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Bioéthique / L'Eglise : L'Eglise en France

Mgr Aillet encourage à participer à la manifestation du 6 octobre

Mgr Aillet encourage à participer à la manifestation du 6 octobre

Extrait d’un message de Mgr Marc Aillet à ses diocésains, concernant la loi de bioéthique :

[…] L’engagement compétent et généreux de ceux qui ont participé loyalement au débat (Etats Généraux de la Bioéthique, interventions argumentées des évêques de France, auditions d’associations et de personnalités dont l’expertise et l’expérience ne sont plus à démontrer…) semble réduit à rien. Serions-nous coupables de croire encore au dialogue quand nos interlocuteurs n’y croient manifestement pas et que leur « roue crantée » tourne inexorablement ? Non, bien sûr.

Parler à la conscience des gens

Il reste que la bataille politique et juridique à court-terme est sans doute perdue, à moins d’un miracle ou d’un retournement significatif, toujours possible dans des circonstances exceptionnelles. Les chrétiens toutefois s’inscrivent, non dans le temps court des échéances électorales, mais dans le temps long du salut public et du salut des âmes ! Quand tous les ressorts du dialogue, fondé en raison, ont été épuisés et se heurtent à une fin de non-recevoir, il reste une parole prophétique à proclamer haut et fort, et à adresser à la conscience des gens. Nous devons miser sur la conscience qui a toujours besoin d’être éclairée et même réveillée, surtout quand elle risque d’être anesthésiée par la propagande politico-médiatique ambiante et muselée à grands renforts de dispositions législatives.

Le droit des citoyens à faire entendre leur voix

C’est le droit et le devoir des citoyens, dans une démocratie participative, que de faire entendre leur voix, dès lors que la dignité inviolable de la personne humaine est en jeu et les évêques ont montré sans conteste possible que c’est en effet le cas.

J’appelle les fidèles du diocèse à alerter leurs concitoyens, dans les relations de proximité qui font la vie sociale, sur les graves enjeux du projet de loi en cours. Je les invite à contacter leurs élus, députés et sénateurs, censés les représenter au Parlement, pour leur faire entendre leurs inquiétudes, leur oui à la dignité de la personne humaine, à commencer par la plus petite et la plus fragile, et leur non à tout ce qui la blesse et la détruit. Ils pourront ainsi apprécier la liberté de leurs élus face aux pressions des lobbies et à la discipline de parti et ils sauront en tenir compte lorsque ceux-ci brigueront à nouveau leurs suffrages.

Mais quand tous les ressorts du dialogue et de l’argumentation pour alerter l’opinion publique et ceux qui président au Bien commun ont été épuisés, sans succès, alors il reste le droit, voire le devoir, de manifester, du moment que c’est sans violence et sans condamnation des personnes.

Les chrétiens sont appelés à rendre témoignage à la Vérité

Pour les chrétiens, cela appartient même au mandat missionnaire du Christ qui nous appelle à rendre témoignage à la Vérité, si tant est que l’on soit bien convaincu de la Vérité sur l’homme, accessible à la raison, éclairée par la foi et enseignée par l’Eglise, avec l’autorité du Christ. Comme le rappelle la Constitution du Concile Vatican II, Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps : « Nouvel Adam, le Christ […] manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (n. 22). Et en faisant référence à tout ce que la Constitution a affirmé sur la dignité de la personne humaine (nn. 12-21), le texte conclut : « Il n’est donc pas surprenant que les vérités ci-dessus trouvent en lui leur source et atteignent en lui leur point culminant » (Ibid.). La constitution de la personne humaine, créée homme et femme à l’image de Dieu, fondement de sa dignité, le mariage et la procréation, l’importance de la filiation charnelle, car la personne humaine est « une de corps et d’âme », la dignité inviolable de l’embryon humain, appartiennent à la Vérité sur l’homme et relèvent de l’Evangile de la Vie que nous avons le devoir de proclamer à toute la Création (Mc 16, 15). Comme nous y invite l’Apôtre Pierre : « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous, devant tous ceux qui vous en demandent raison. Pourvu que ce soit avec douceur et respect » (1 P 3, 15-16). Il ne s’agit certes pas d’imposer la Vérité, mais de la proclamer : « Elle ne m’a pas demandé de vous le faire croire, mais de vous le dire », disait Sainte Bernadette Soubirous.

Un encouragement à manifester le 6 octobre

Certes, la Conférence des Évêques de France n’est pas habilitée à donner des mots d’ordre citoyens. Il appartient en effet aux fidèles laïcs d’animer chrétiennement les réalités temporelles, à la lumière de la foi et de l’enseignement de l’Eglise, de leur propre initiative. Mais à titre personnel, en tant qu’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, je n’hésite pas à encourager les fidèles du diocèse, dans la mesure où ils le choisiront en conscience, à participer à la Manifestation « Marchons enfants », le dimanche 6 octobre à Paris. Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, s’est lui-même exprimé en ce sens : « La plupart des citoyens n’ont souvent pour seul moyen d’expression que la manifestation publique. Ils doivent pouvoir s’exprimer. Donc cette démarche est non seulement licite, mais vraiment utile » (Famille chrétienne du 21 septembre 2019). Et Mgr Eric de Moulins-Beaufort a affirmé devant les medias, en marge de la conférence des Bernardins le 16 septembre : « Personnellement je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre. J’aurais tendance même à dire qu’ils ont le devoir de le faire ». On aura bien compris qu’il s’exprimait ici à titre personnel et n’engageait bien évidemment pas l’ensemble des évêques de France.

Un tel encouragement est-il clivant ?

J’ai bien conscience qu’un encouragement épiscopal à manifester pourra être taxé hâtivement de « clivant », selon l’expression consacrée. J’en prends le risque, car ce n’est pas la posture, mais c’est la Vérité qui a un effet clivant ! En effet la Vérité, comme « adéquation de l’intelligence au réel », non à ce que l’on ressent subjectivement mais à ce qui est objectivement posé devant soi, est l’objet de l’intelligence. Aussi le premier principe de la connaissance intellectuelle est-il le principe dit de non contradiction : « ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas », et que Jésus énonce ainsi dans l’Evangile : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Tout le reste vient du mauvais » (Mt 5, 37). Que le rappel de la Vérité à temps et à contretemps, en choisissant même le moyen de la manifestation publique, entraîne des incompréhensions et des malaises ne devrait pas nous étonner ; comme l’affirme le vieillard Syméon, au jour de la Présentation de Jésus au Temple : « Cet enfant sera un signe de contradiction, afin que soient révélées les pensées intimes de bien des cœurs » (Lc 2, 34-35). L’essentiel restant de parler à la conscience des gens. Les associations, membres du Collectif organisateur de la manifestation du 6 octobre, ont toutes participé loyalement, et dans un esprit de dialogue, aux Etats Généraux de la Bioéthique ; beaucoup d’entre elles ont été auditionnées et ont apporté des critères de discernement. Elles ont eu le sentiment de ne pas avoir été entendues et parfois d’avoir été traitées par le mépris.

Leur initiative de tenter un dernier recours en appelant les citoyens conscients de la gravité des enjeux de ce projet de loi à descendre dans la rue est pleinement légitime. Pourvu que ce soit sans esprit partisan, dans le respect de tous et en évitant toute attitude discriminatoire envers quiconque, car toute personne doit être respectée en tant qu’elle est une personne, même si elle se trompe et même si elle commet le mal, surtout si c’est par ignorance. Une forte mobilisation, dans un esprit positif et pacifique, peut constituer un signal fort donné au gouvernement et aux élus, et une alerte pertinente pour l’opinion publique.

Un combat spirituel : prière et pénitence

Il va sans dire que les chrétiens ne se contenteront pas d’une démarche citoyenne, mais ils adopteront une posture spirituelle. En effet, nous avons bien conscience que les progrès de la technoscience sont mis ici au service d’une idéologie qui s’oppose directement au dessein créateur de Dieu. Nous sommes donc engagés dans un combat d’ordre spirituel, un combat qui n’est pas le nôtre mais celui de Dieu (cf. 2 Chr 30, 15). Il nous faudra donc confier tout ce que nous entreprendrons au Seigneur par la prière. J’encourage les paroisses qui le pourront à organiser des temps ou des veillées de prière pour demander au Seigneur que les législateurs et les décideurs aient le souci de l’unité du Corps social, à travers la recherche inlassable du Bien commun, qui passe par un a priori de fraternité prenant en compte les plus petits et les plus fragiles. C’est la recommandation insistante de l’Apôtre Paul : « J’encourage avant tout à faire des prières, des intercessions, des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’Etat et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité » (1 Tm 2, 1-2).

Il en va aussi d’une exigence de conversion personnelle et communautaire. La Bible évoque souvent la colère de Dieu devant l’infidélité de son peuple qui se détourne des paroles de l’Alliance, qui transgresse les commandements du Seigneur et s’éloigne de Lui pour retourner à ses idoles. Cette colère, qui exprime l’aversion de Dieu pour le péché, se transforme en compassion pour les pécheurs, et Il envoie son Fils comme victime de propitiation pour nos péchés et ceux du monde entier (cf. 1 Jn 2,2).

A Lourdes, la petite Bernadette a été impressionnée par le visage tout triste de la Vierge Marie : « Elle semblait porter toute la misère du monde », raconte-t-elle. Alors elle l’entendit proclamer : « Pénitence, pénitence, pénitence … pour les pécheurs » !

Devant les comportements transgressifs de l’homme d’aujourd’hui, adoptés au nom du progrès de la science et de la technique et sans doute aussi pour répondre à des souffrances que l’on peut comprendre mais qui conduisent à des effets destructeurs d’ordre ontique et anthropologique, nous sommes nous aussi invités à prendre notre part de pénitence : d’abord par notre propre conversion, en revenant à Dieu de tout notre cœur ; ensuite en unissant l’offrande de nos épreuves et de nos privations à l’offrande sacrificielle du Christ pour le salut du monde. Ainsi, nous apaiserons le visage de Dieu (cf. Ex 32, 11).

En confiant ces réflexions à votre discernement, je vous assure de mes sentiments dévoués et fraternels et de ma prière. Que le Seigneur bénisse tout ce que vous entreprendrez pour promouvoir la fraternité entre tous, sans acception des personnes, à commencer par les plus petits, et que la Vierge Marie, Mère de la Vie et de l’Amour, intercède pour vous.

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