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Messe : se contenter d’un contact « virtuel » révèle l’état de déshumanisation de notre époque post-moderne

Messe : se contenter d’un contact « virtuel » révèle l’état de déshumanisation de notre époque post-moderne

Le Petit Placide diffuse l’homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU, Abbé de Notre-Dame de Fontgombault :

Eritis mihi testes… usque ad ultimum terræ. Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. (Ac 1,8)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

L’événement de l’Ascension vient clôturer le temps de la présence du Seigneur auprès de ses disciples.

Après la résurrection, le Christ était encore apparu de nombreuses fois à ses amis. Mais contrairement aux trois années de la vie publique, il n’était déjà plus tout le temps avec eux de façon sensible et visible. L’Ascension les prive désormais de cette présence. Le temps est donc venu des dernières paroles, de l’ultime envoi en mission. Trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc s’en souviendront. Quant à saint Jean, il n’évoque pas le moment de l’Ascension, puisque les autres en avaient parlé avant lui, mais conclut son évangile par l’épisode de la pêche miraculeuse au bord du lac de Tibériade. Alors que la nuit s’était passée sans rien prendre, les apôtres voient un individu sur le bord. Ils ne le reconnaissent pas. Celui-ci les invite à jeter à nouveau les filets, qui se remplissent. « C’est le Seigneur ! » (Jn 21,7) s’écrit saint Jean. Après le repas de pain et de poissons pris auprès d’un feu de braise, Jésus, par trois fois pose cette question à Pierre : « M’aimes-tu ? » Puis il ajoute : « Sois le berger de mes agneaux… Sois le pasteur de mes brebis… Sois le berger de mes brebis. » (Jn 21,15-18)

Le thème des dernières paroles du Christ est la mission : « Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre », selon saint Luc ; ou encore, dans l’évangile de saint Marc, « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. » (Mc 16,15) L’écho de ces paroles a traversé les siècles.

Nous les entendons aujourd’hui au cœur d’une actualité confuse. En cohérence avec notre nom de chrétien, avons-nous été, et sommes-nous les témoins du Christ ?

Mais que faut-il pour être témoin ? Le fait d’être témoin est fondé sur une volonté du Christ. Nous venons de l’entendre. C’est lui qui a l’initiative d’envoyer en mission. Ce qui est clair pour les apôtres, vaut de façon analogique pour tous les disciples, pour tous les chrétiens. Dans le cas des apôtres, saint Marc va jusqu’à écrire : « Il en créa douze. » (Mc 3,14) Le même verbe est utilisé dans le livre de la Genèse (Gn 1,1) pour évoquer la création de l’univers ou encore dans le livre d’Isaïe (Is 43,1) pour la création du Peuple d’Israël. Cette nouvelle création est le fruit de la prière du Christ (Lc 6,12-13). C’est de la volonté du Christ et de sa prière que découlent notre droit de témoigner et la force qu’il nous faut pour le faire.

Pour être témoin, il faut aussi avoir rencontré le Christ. Au moment de remplacer Judas, Pierre s’adresse aux frères : Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. (Ac 1,21-22)

Pour la plupart d’entre nous, cela fait bien longtemps que nous avons été marqués par le signe de la Croix, au jour de notre baptême. Que reste-t-il de cette première rencontre ? La situation de l’Église dans nos pays de vieille chrétienté ne refléterait-elle pas la réalité de bien des vies spirituelles, profondément déprimées ? Être témoin du Christ, c’est non seulement avoir un jour rencontré la chair et le sang de Jésus à travers les sacrements, mais c’est surtout vivre en authentique communion avec le Seigneur, puisant dans sa chair et son sang la force de poursuivre la route. De cette communion naît un témoignage véridique qui, de façon ultime, s’exprime au cours des persécutions par le martyre.

Aujourd’hui, c’est avec une profonde tristesse qu’on peut lire que l’expérience des Messes virtuelles retransmises par les nouveaux moyens de communication semble satisfaire un nombre non négligeable de chrétiens. Pour certains, ce mode d’assistance à la Messe permettrait de pallier le manque de vocations sacerdotales. Plus profondément, le fait de se contenter ainsi d’un contact « virtuel » révèle l’état de déshumanisation de notre époque post-moderne.

L’individualisme, nouvelle idole, conduit à ignorer l’humanité de l’autre tant qu’il ne m’est pas utile ; et encore se limitera-t-on souvent à le considérer uniquement d’un point de vue fonctionnel. L’avortement, considéré du côté de ses victimes : l’enfant toujours, la femme et les médecins qui l’accomplissent parfois, l’euthanasie, les peuples et les hommes ployant sous le joug du dieu argent, les familles broyées par la guerre intestine des divorces et des abus, en sont des illustrations.

En face, l’épidémie que nous vivons n’est rien. Et le monde se tait, dans la complicité des États qui souvent soutiennent et promeuvent ces situations. Au soir du Jeudi-saint, Jésus se serait-il trompé ? En aurait-il trop fait, trop dit ? Pourquoi ne s’est-il pas borné à affirmer un vague et lointain amour de Dieu pour l’homme ? Non, les disciples ont bien entendu : « Ceci est mon corps, donné pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. » (Lc 22,19-20)

À travers la radio, la télévision ou l’internet, avez-vous communié à la chair et au sang du Christ ? Ces moyens d’assister à la Messe ne peuvent être admissibles que dans le cas d’une réelle incapacité ou d’un empêchement insurmontable. Cela a été le cas depuis de longues semaines. Beaucoup de chrétiens ont vécu ce qui est le quotidien de plusieurs monastères de sœurs cloîtrées, privées de l’eucharistie quotidienne par le manque de prêtres. Puissent-ils tous ressentir la douleur de ces moniales et ne pas s’habituer à des Messes virtuelles !

Répondons au don de l’amour divin. La diminution du nombre des vocations sacerdotales et religieuses et la baisse de l’assistance à la Messe ne sont que la conséquence du refroidissement du cœur humain. Le Christ invite tout homme à le rencontrer dans la communion à sa chair et à son sang. Puissions-nous communier demain plus profondément qu’hier, en nous souvenant des paroles du Seigneur. Prions avec ardeur pour demander des vocations.

À l’image de Marie, « la servante du Seigneur » (Lc 1,38), forts de la présence en nous du Seigneur et de son Esprit, prenons le bâton du pèlerin de la charité pour aller à la rencontre de tout homme, à commencer par le plus proche.

La fête de la Pentecôte promet sur chacun d’entre nous une effusion renouvelée de cet Esprit. Préparons-nous à sa venue en récitant la séquence de la Messe de cette fête : Veni Sancte Spiritus !

Amen, Alleluia.

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