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Valeurs chrétiennes : Culture

Mauriac, de Gaulle et Michelet : la Foi, l’Espérance et la Charité ?

Mauriac, de Gaulle et Michelet : la Foi, l’Espérance et la Charité ?

De Bernard Zeller :

Dans l’ouvrage que l’énarque, romancier et haut-fonctionnaire Xavier Patier vient de publier pour le cinquantenaire de leur disparition, Demain la FranceTombeaux de Mauriac, Michelet, de Gaulle, Mauriac est l’incarnation de la Foi, de Gaulle de l’Espérance et Edmond Michelet – le grand-père de l’auteur – de la Charité.

Toute la presse encense ce livre, depuis Le Figaro et La Croix jusqu’à Sud-Ouest et Le Petit Solognot. Il faut le reconnaître, l’ouvrage possède un certain nombre de qualités, en particulier dans l’analyse de ce qu’est devenue la France depuis 1970.

Mais pas un journaliste de ces organes ne questionne sérieusement l’auteur sur les prémices de l’ouvrage, à savoir l’incarnation des trois vertus théologales, celles qui relient directement à Dieu.

Ce n’est malheureusement pas surprenant étant donné le peu voire l’absence de culture chrétienne du milieu médiatique.

Sans être théologien, on peut affirmer que pour un chrétien le mot « incarnation » est très fort, bien au-delà du symbole. Ainsi Mauriac serait l’incarnation de la Foi, à l’égal de Saint Paul ou de Sainte Thérèse d’Avila ? De Gaulle l’incarnation de l’Espérance, à l’égal de Sainte Thérèse de Lisieux ou de Saint François d’Assise ? Et Edmond Michelet, l’incarnation de la Charité, à l’égal de Vincent de Paul ou de Mère Thérèsa ? On se demande alors pourquoi ils ne sont pas déjà béatifiés voire canonisés.

Sans tomber dans le dénigrement systématique, quelques rappels permettent de remettre ces « incarnations » en perspective.

La Foi est une relation personnelle avec Dieu. Qui peut juger et jauger la foi d’autrui ? Les signes extérieurs sont au mieux un indice de la foi. Qui plus est, si l’on suit Saint-Paul, « Quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien ». La charité de François Mauriac est plus que contestable tant ses attaques ad hominem dans son bloc-notes des années 1950-60 étaient méchantes et dévastatrices. Il prenait plaisir à en lancer contre des hommes de bonne volonté qui, prisonniers d’un système, s’efforçaient cependant de faire pour le mieux.

L’Espérance n’est pas l’espoir terrestre. L’Espérance, comme le rappelait Benoît XVI, ne peut être que Dieu. Où et quand la perçoit-on chez de Gaulle ?

La Charité. Si personne ne conteste le comportement d’Edmond Michelet à Dachau, il ne faut cependant pas que l’effet de halo occulte divers épisodes de sa vie politique, en particulier au ministère de la Justice en 1959-60-61. Sa charité était sélective, fonction du niveau des convictions gaullistes du possible bénéficiaire. Et il a accepté de signer l’ordonnance rétablissant la peine de mort en matière politique abolie depuis 1848, signature difficile à considérer comme une preuve éclatante de charité. Mais surtout, Edmond Michelet, après avoir assimilé le FLN algérien au nazisme, lui a trouvé par la suite des vertus insoupçonnées et a favorisé son accession au pouvoir en Algérie – pauvre Algérie ! Puis, président de l’association France-Algérie, il n’a pas émis la moindre protestation dans les années 1962-63 devant le massacre de dizaines de milliers de harkis perpétré par le nouveau pouvoir.

Aussi, sommes-nous littéralement sidérés que pas un média chrétien n’interpelle l’auteur de Demain la France proclamant l’incarnation des vertus théologales en un écrivain et deux hommes politiques, d’une notoriété certaine, mais dont nombre d’actes et d’écrits suscitent, à l’aune de notre humble jugement humain, de sérieux doutes sur leur élévation au rang des plus grands saints de la chrétienté.

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