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Culture : cinéma

Marie-Madeleine de Garth Davis, une lecture explicitement révisionniste du Nouveau testament

Analyse de Bruno de Seguins Pazzis pour les lecteurs du Salon beige :

MLes derniers jours de Jésus Christ du point de vue de Marie Madeleine, une jeune femme en quête d’un nouveau chemin de vie. Soumise aux mœurs de l’époque, Marie défie les traditions de sa famille pour rejoindre un nouveau mouvement social mené par le charismatique Jésus de Nazareth. Elle trouve rapidement sa place au cœur d’un voyage qui va les conduire à Jérusalem. Avec : Rooney Mara (Marie Madeleine), Joaquin Phoenix (Jésus), Chiwetel Ejiofor (Pierre),Tahar Rahim (Judas), Ariane Labed (Rachel), Denis Ménochet (Daniel, le frère de Marie Madeleine), Lubna Azabal (Suzanne), Tchéky Karyo (Elisha, le père de Marie Madeleine), Hadas Yaron (Sarah), Jules Sitruk (Aaron), Shira Haas (Léa), Ryan Corr (Joseph), Charles Babaola (André), Uri Gavriel (Philippe), Tsahi Halevi (Éphraïm), Zohar Strauss (Jean), Theo Theodoridis (Lazare), Michael Moshonov (Matthieu). Scénario : Helen Edmundson et Philippa Goslett. Directeur de la photographie : Greig Fraser. Musique : Jóhann Jóhannsson.

Décrivant les derniers jours de la vie de Jésus du point de vue de Marie-Madeleine, le film de Garth Davis peut être classé sans hésiter dans la catégorie des films qui se veulent explicitement chrétiens. Il donne à voir Jésus, les apôtres, Marie-Madeleine, Marie, la mère de Jésus. Le spectateur chrétien se voit proposer la représentation de plusieurs miracles, une évocation de la Cène, du chemin de la Croix, de la Crucifixion… Il n’y a aucune équivoque possible.

Le récit commence par un accouchement difficile effectué par Marie-Madeleine. On ne lui connaissait pas ce côté sage-femme, mais pourquoi pas. Il se poursuit par une description assez laborieuse d’une société patriarcale juive dans laquelle la femme est une quantité négligeable, présente Marie-Madeleine comme une femme qui s’émancipe de son milieu et qui décide de suivre Jésus au scandale de sa tribu. Intégrée, non sans quelques réticences ou réserves des apôtres,dans la suite de Jésus, le guérisseur, le spectateur va découvrir parmi différentes choses que Marie-Madeleine baptise les femmes, qu’elle était présente à la Cène et à la droite de Jésus, qu’elle ne fût pas prostituée puis repentie (qu’il s’agirait même d’une invention du Pape Grégoire le Grand en l’an 591 comme le laisse entendre le texte projeté juste avant le générique de fin), que l’apôtre Pierre était noir, que Jésus pleure attendant le réconfort de Marie-Madeleine, qu’il est épuisé après avoir ressuscité Lazard comme un banal guérisseur que son magnétisme aurait vidé… Toutes choses qui ne seraient pas très graves s’il s’agissait d’un film parodique. Mais ce n’est point le cas, les femmes scénaristes de Marie-Madeleine, Helen Edmundson et Philippa Goslett, ainsi que le réalisateur Garth Davis, ne dissimulent pas leur intention féministe.

Pour ce faire, ils s’appuient non seulement sur les évangiles canoniques, qui ne cachent pas que Jésus appelle à la conversion du regard masculin sur les femmes et que les femmes sont appelées comme les hommes à la mission et au prophétisme, mais aussi sur l’évangile de Marie (évangile apocryphe de type gnostique, vraisemblablement rédigé au cours du 2èmesiècle, alors que les évangiles reconnus par l’Eglise ont été écrits entre les années 60 et 100, ce qui leur donne une plus grande fiabilité) qui insiste beaucoup plus sur ce point et l’opposition qui a pu exister entre Marie-Madeleine qui fût la première à voir Jésus ressuscité et les apôtres qui ont eu de la peine à accepter que Jésus ait pu à cette occasion donner la primeur à une femme. Mais plus que tout ceci, on comprend bien que cette lecture féminine des évangiles, sous prétexte que Marie-Madeleine a été officiellement reconnue par le Vatican comme étant l’apôtre des apôtres, vise à justifier qu’il faut de nos jours, donner un rôle plus important aux femmes dans l’Eglise. Un discours très en phase avec certaines mouvances progressistes qui se manifestent de nos jours à l’occasion d’une succession de synodes voulus par le Pape François autour de certains sujets centraux de la Foi catholique.

En dépit d’une relation plutôt réussie du chemin de la Croix, de la Crucifixion et de la mise au tombeau comme de la Résurrection, traitées d’une manière elliptique, ce qui évite la lourdeur qu’on pouvait craindre, Garth Davis peine dans sa mise en scène à insuffler de l’épaisseur et du charisme à ses personnages, ce qui est tout de même un comble pour un récit qui est basé sur le Messie et le drame de la fin de Sa vie ici-bas et qui a marqué toute l’histoire de l’humanité ! Joaquin Phoenix, est loin d’être convaincant dans le rôle d’un Jésus. Le charisme qu’il dégage se rapproche plus de celui d’un gourou. Son visage tel qu’il est composé ici serait, dans de nombreuses scènes, plus proche d’une bonne représentation de Raspoutine ! De Marie-Madeleine, qu’incarne Rooney Mara, on ne dit trop rien tant le personnage présenté est éloigné de la pècheresse repentie des Evangiles. Elle apparaît ici comme l’unique et vrai visage de la miséricorde et de la pureté morale… Mais les plus stupides sont Tahar Rahim en Juda qui gesticule et peine à se trouver des airs d’illuminé et Pierre (Chiwetel Ejiofor) qui est noir et qui tempête tant il est soucieux face à Marie-Madeleine, de défendre ses prérogatives de premier apôtre et de bientôt futur premier chef de l’Eglise.

Lorsqu’on additionne tout ce qui précède, c’est presque un euphémisme de dire que cette relecture des Evangiles frise avec une forme de révisionnisme. Ce révisionnisme va jusqu’à vouloir irriter les historiens spécialistes de la vie du Christ en montrant Jésus, pendant le chemin de la Croix portant le patibulum, c’est-à-dire la traverse horizontale de la croix ce qui était en effet une pratique courante à Rome pour les crucifixions sur la colline de l’Esquilin où les stipex (partie verticale de la croix), restaient fichés en terre en permanence. Jean-Christian Petitfils explique très bien dans son « Jésus » (Editions Fayard, 2011) les raisons pour lesquelles Jésus a porté la croix entière jusqu’au lieu de son supplice : L’étude en parallèle du linceul de Turin et de la sainte tunique d’Argenteuil par le professeur André Marion, physicien de l’institut d’optique théorique et appliquée d’Orsay, révèle des marques qui permettraient de confirmer cette thèse. De plus, ceci correspond au récit de Saint Jean l’Evangéliste « qui a vu Jésus sortir par la porte Nord du palais d’Hérode, écrit : « Portant lui-même sa croix, Jésus sortit… » » (Jésus, Jean-Christian Petitfils, Editions Fayard, 2011). Quelle est la raison de ce choix de la part du cinéaste alors que les preuves sont quasiment faites que Jésus portait toute la croix ? Voulait-il rendre un hommage à Martin Scorcese qui avait, lui aussi fait ce choix pour son film La Dernière tentation du Christ (1988) ? Mais revenons à l’essentiel pour dire, qu’en dépit d’une succession de contre-vérités, il y a bien peu de grains à moudre dans les images et les dialogues de Marie-Madeleineet que, pour reprendre l’expression très juste de la théologienne et ancienne professeur de cinéma à la Faculté Catholique de Lyon, Michèle Debidour, il n’est pas évident d’entendre « le vent de l’Esprit qui souffle » dans ce qui ressemble plus à une accumulation de discours sur la charité en général et l’amour du prochain en particulier, dans une posture qui reste très théorique.

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