Mariage : l'égalité revendiquée est simpliste et compassionnelle

Le père Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, écrit dans Valeurs actuelles :

"La justification du “mariage” entre personnes de même sexe et de la
filiation peut-elle se résumer à l’égalité des droits pour tous ? Cette
affirmation simpliste et compassionnelle se fait aux mépris des logiques
sexuelles du mariage et de la filiation, et des enjeux structurels de
la vie psychique et des logiques sociales.

À l’occasion du pacs,
j’avais déjà eu l’occasion de dire que nous étions au début d’une
procédure qui aboutirait au “mariage” homosexuel et à la prise de
possession des enfants dans ce contexte
. Pire même, qu’on assisterait à
une redéfinition de la sexualité, du mariage, de la filiation et de la
famille, mais aussi de l’éducation sexuelle imposée de façon autoritaire
à l’école à partir de l’homosexualité et de certains concepts du gender
.
Le code civil ferait disparaître les mentions d’homme et de femme, de
père et de mère pour des termes indistincts inscrivant dans la loi la
négation de la différence sexuelle. La parenté fondée sur le corps sexué
reculerait au bénéfice d’une parenté sociale
: une façon de désincarner
sexuellement la conjugalité et la parenté quand on se situe en dehors
de la chair liée à l’altérité sexuelle et que l’on veut décrédibiliser
la filiation biologique. Il est vrai que le refus de la différence
sexuelle et le repli sur son propre sexe entraînent, chez certains, la
négation de la génération au profit de bricolages biologiques insensés.

Le
mariage entre un homme et une femme est d’abord le signe de l’alliance
de la différence sexuelle et il est associé, en puissance ou de fait, à
la filiation. Dissocier l’un de l’autre se fait au mépris de l’enfant
qui, dans ce contexte, n’est plus voulu et respecté pour lui-même mais
instrumentalisé par les désirs des adultes
. Comme un droit à l’enfant
qui viendrait les justifier dans leur posture narcissique. Or un enfant
n’a pas à être donné à un adulte quelle que soit sa situation : c’est un
homme et une femme, les seuls à former un couple, qui seront donnés
comme parents à un enfant, sinon nous risquons de fausser le sens de la
filiation. On prétend, au nom d’un nouvel idéalisme “amoureux”, que la
sentimentalité homosexuelle serait parfois plus authentique et plus
protectrice des enfants que la relation entre un homme et une femme qui
se disputent et divorcent. Malgré cette vision surréaliste, il est plus
souhaitable qu’un enfant grandisse entre un homme et une femme même
s’ils traversent des crises car il a besoin de cette altérité qui n’est
pas présente dans une élection sentimentale unisexuée. L’altérité, c’est
toujours l’autre sexe.

[…] Plus précisément, la société ne se
divise pas entre hétérosexuels et homosexuels, mais entre hommes et
femmes, et jusqu’à présent elle se structure autour de l’identité
masculine et de l’identité féminine
. On voudrait maintenant l’organiser
en fonction des orientations sexuelles qui, elles, sont sur le registre
des pulsions et des désirs alors que l’identité est sur le versant de la
structure de la personne et du lien social. Un désir n’a jamais fait
une identité car, dans le meilleur des cas, les orientations sexuelles
sont intégrées dans la cohérence de l’identité sexuelle de la
personnalité.

La loi sur le “mariage pour tous” n’est pas un
progrès mais une régression
. Dès lors, que cherche-t-on à faire si ce
n’est à instrumentaliser le mariage pour faciliter l’intégration sociale
des personnes homosexuelles ? Mais les sentiments ne justifient pas
tout
et l’égalité est souvent un argument utilisé comme une injonction
paradoxale, c’est-à-dire en disant une chose et son contraire : on veut
mettre de l’égalité là où elle n’existe pas."