L’objectif d’Emmanuel Macron : détruire la droite parlementaire

D'Alain Hasso dans Monde & Vie :

940_Page_01"[…] Champion de l’esprit libéral libertaire, Emmanuel Macron est sans doute le plus conservateur de tous les candidats, il conserve la société telle qu’elle est, en flattant encore ses travers, en faisant la promotion de tous les droits sociétaux. Il conserve l’économie française telle qu’elle est, en implorant l’Allemagne d’Angela Merkel de partager les bénéfices. C’est apparemment sa seule marge de manœuvre : ce que l’Allemagne voudra bien nous laisser de sa part du gâteau européen. Il change le personnel politique ou tente de le changer, à travers un mouvement à ses initiales, En Marche, rebaptisé La République en Marche, mais c’est pour utiliser les mêmes rituels et la même langue de bois, voire – François Bayrou en sait quelque chose déjà – les mêmes coups de poignard dans le dos et le même cynisme calculateur. Il n’y aura pas d’état de grâce pour le parti d’Emmanuel Macron. Il faudra vraiment pour lui que les Législatives arrivent très vite, avant que la supercherie ne se dévoile et que l’on comprenne que, comme dit Alain de Benoist, Macron n’avait pas d’autres idées que de faire (lui) ce qui se fait et de dire (lui) ce qui se dit. Là est le changement : autrefois, il y avait des images de l’homme, des idéologies différentes, un intérêt porté par l’animal humain à sa condition. Aujourd’hui tout se réduit à l’argent, celui que l’on peut faire sur le moment. Emmanuel Macron n’a pas seulement plu par sa mine de gendre idéal. Il a été élu sur le prestige de cet argent-là et de son parcours Rotschild. L’argent donc ? Mais peut-être pas seulement… Il a été élu aussi sur sa bonne mine de “dégagiste”. Son principal mérite ? Il fait le ménage et parvient à imposer son attitude de gandin mal décontracté, qui sera jugée préférable au sérieux compassé de François Fillon, un François Fillon dont le sort final avait d’ailleurs sans doute été décidé à Bercy, juste après sa victoire écrasante à la Primaire de la droite. Macron est né jeune, des cendres de François Hollande, brûlant la politesse à un Manuel Valls, dont le républicanisme franco-français a été jugé décidément ringard par les électeurs de la Primaire socialiste. C’est à cet extraordinaire alignement des planètes qu’il doit cette vocation de dégagiste. François Bayrou l’a réalisé : ses embrassades sont des baisers de la mort. Du reste, Macron lui-même s’en était fait une gloire. Parlant de la droite juppéiste, après la victoire de François Fillon à la Primaire de la droite, il avait averti sa petite start-up : « Il faut déstabiliser cette partie de la droite qui ne se retrouve pas dans le vote Fillon. Je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser… en leur ouvrant les bras ». Quel cynisme ! Et cela vis-à-vis de la droite la plus proche de lui… Quel est son intérêt ? Quelle est sa tactique ? Préparer le terrain pour créer une fantastique machine à gagner. Il a déjà dégagé le PS, en ne gardant que Jean-Luc Mélenchon comme adversaire, à l’extrême gauche (il parle sans cesse « des extrêmes »). Il doit maintenant s’atteler à dégager aussi la droite parlementaire, pour n’avoir plus en face de lui que le Front national… qui le fera gagner infailliblement. Même le sigle du nouveau nom de son Parti (LR-EM) résonne comme une invitation à chiper l’identité LR. La première liste de candidats de LREM ne comporte d’ailleurs que 24 députés sortants, ils sont tous socialistes. Les 404 autres à faire partie de la première liste annoncée n’ont jamais été députés. Même Mai 68 n’était pas parvenu à un tel nettoyage ! Ces gens, issus de la société civile, trop contents de toucher leur paquet, seront totalement soumis au Parti LREM. Quel jeunisme, oui quel cynisme. Il faudra vite voter, vite : notre nouveau Président ne doute pas que l’on votera aussi pour lui aux Législatives et que l’on donnera sa voix aux inconnus qu’il promeut, simplement parce qu’il leur a donné son label. […]

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