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Europe : politique

L’exemple de la Hongrie: une voie d’avenir?

C'est l'analyse d'Alain de Benoist, présentée sur boulevard Voltaire.

"Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, a récemment suscité un assez joli tollé en déclarant qu’il allait mettre en place une « démocratie » qui ne serait pas « libérale ». Les deux mots ne seraient donc pas synonymes ?

Orbán, chef de file de la Fidesz (Union civique hongroise), a plus précisément déclaré que « jusqu’à présent, nous connaissions trois formes d’organisation étatique : l’État-nation, l’État libéral et l’État-providence », avant d’ajouter : « Le nouvel État que nous construisons en Hongrie n’est pas un État libéral, c’est un État non libéral. » Plus récemment, Orbán a précisé au journal allemand WirtschaftsWoche que les valeurs « occidentales », fondées sur les droits de l’homme, le libre-échangisme et l’État de droit, ont fait long feu. D’où ce concept de « démocratie non libérale » (illiberal democracy), théorisé dès 1997 par Fareed Zakaria dans un article de la revue Foreign Affairs qui avait fait grand bruit.

Il ne faut pas s’en étonner. Aujourd’hui dominante dans les pays occidentaux, la démocratie libérale, parlementaire et (de moins en moins) représentative, n’est à bien des égards qu’un oxymore.

La démocratie a pour principe l’égalité entre les citoyens, tous également appelés à participer aux affaires publiques. Le libéralisme affirme le primat d’un individu doté de droits hérités d’un état de nature prépolitique et présocial. La démocratie affirme la souveraineté du peuple. Le libéralisme ne reconnaît aux entités collectives aucun statut d’existence qui leur soit propre (« La société n’existe pas », disait Margarer Thatcher, elle n’est qu’une addition d’individus), place la souveraineté du marché au-dessus de la souveraineté politique et n’admet les décisions démocratiques qu’à la condition que celles-ci ne contredisent pas l’idéologie des droits de l’homme. La démocratie privilégie la politique, dont la vocation naturelle est de produire du commun (et du bien commun). Le libéralisme privilégie les choix individuels qui s’effectuent dans la sphère privée et se satisfait d’une vie sociale réglée par les seuls mécanismes impersonnels du contrat juridique et de l’échange marchand. Périclès définissait la démocratie quand il disait « qu’un homme ne se préoccupant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile ». Le libéralisme pense le contraire.

Peut-on, dès lors, parler d’un « modèle hongrois », qui serait appelé à faire souche ?

L’exemple hongrois s’est déjà révélé contagieux. En Pologne, le plus grand pays de l’ancien bloc de l’Est, où le parti Droit et justice (PIS) a remporté la majorité absolue aux législatives d’octobre 2015, l’ancien Premier ministre Jarosław Kaczyński a promis d’« amener Budapest à Varsovie ». La Croatie, avec l’Union démocratique croate (HDZ) et la Slovaquie (qui présidera à partir du 1er juillet l’Union européenne) se sont également dotées de gouvernements conservateurs de tendance « non libérale ». En Autriche, le FPÖ, qui a manqué d’un cheveu d’emporter la présidence le mois dernier, annonce la mise au point d’un « nouveau système politique typiquement autrichien ». Tout cela n’est pas très différent des orientations actuelles de la Russie, pays avec lequel Orbán entretient d’ailleurs (contrairement à la Pologne, qui ne veut pas se détourner de Washington) les meilleures relations.

Il est absolument remarquable que ces anciens pays de l’Est qui, au lendemain de l’effondrement du système communiste, avaient cru que l’Occident libéral était un pays de cocagne, aient aussi rapidement déchanté au vu des réalités. Viktor Orbán en est un très bon exemple : ancien héros de la lutte contre le communisme, il a d’abord été lui-même libéral avant de rejeter le libéralisme et ses effets délétères, ce qui lui a permis d’être aisément réélu en 2014. Dans les pays du groupe de Visegrád (Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Hongrie), où la lutte pour l’indépendance s’inscrit traditionnellement au cœur du mythe national, la crise des migrants n’a évidemment fait que renforcer cette tendance. Un axe fort se dessine ainsi dans une Europe centrale qui a décidé de tourner le dos à l’Union européenne pour liquider un quart de siècle d’héritage libéral postcommuniste. D’où l’indignation et l’inquiétude qui prévalent désormais dans les couloirs de la Commission de Bruxelles. Cette réorientation radicale des pays d’Europe centrale est un tournant historique dont on n’a pas encore pris la pleine mesure.

En France, pourtant, le libéralisme ne paraît pas avoir si mauvaise presse, puisqu’à l’exception notable du Front national et du Front de gauche, la majorité de la classe politique s’en réclame ou feint de s’en réclamer.

Selon le sondage publié tout récemment par le quotidien L’Opinion, c’est Emmanuel Macron qui « incarne le mieux les idées libérales » (35 %), loin devant Alain Juppé (23 %). La même enquête révèle que 69 % des Français n’aiment pas le mot « capitalisme », 60 % le mot « mondialisation », et que 53 % pensent qu’en matière économique, l’État devrait intervenir davantage. On a connu plus libéral ! Mais ces chiffres n’ont rien de surprenant non plus. Dans l’état de désespérance où ils se trouvent aujourd’hui, avec le sentiment d’exclusion politique et culturelle qui est le leur, les Français demandent avant tout de la protection. À un moment où le pouvoir d’achat des classes populaires est toujours plus menacé, tandis que les classes moyennes sont en voie de déclassement, ils s’inquiètent de l’avenir, voient monter le chômage et ont très bien compris que la « flexibilité » n’est que le cache-sexe de la précarité. Pas plus qu’ils ne veulent voir s’effacer les repères identitaires, ils ne veulent voir s’effondrer les fragiles acquis de l’État social.

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4 commentaires

  1. Que de temps perdu !
    Nous retrouvons là les textes définis par l’église de toujours : il faut reprendre les textes tels que : ‘le libéralisme est un péché’ de Don Félix Sarda y Salvany ou ‘Libéralisme et catholicisme’ de l’abbé Roussel, les écrits sur les corporations de René de la tour du pin avec ‘vers un ordre social chrétien’…
    Actuellement, un seul auteur présente avec lucidité en France ces thèses de toujours : elles sont disponibles sur le site nationalisme-français.com
    La démocratie ne peut être que Organique avec rétablissement des corps intermédiaires détruit par le libéralisme. La démocratie inorganique est une société violente et non apaisée, organisé par les conflits et luttent de pouvoir permanentes…
    Les partis dit fascistes avaient plus de chance d’arriver à un bien commun si ils avaient accepté de mettre un contrepouvoir en place en ce soumettant à l’église catholique, mais l’église a refusé ce rôle de contre-pouvoir avec vatican II. Et là il faut lire ‘la liberté religieuse contre le christ roi’ de l’abbé Matthias Gaudron.

  2. “La démocratie affirme la souveraineté du peuple.”
    Mais l’Union Européenne est-elle démocratique ? Non
    Il n’y a pas de doute, l’Union Européenne était dès le début un projet totalitaire. A la commission européenne il n’y a pas de séparation des pouvoirs, au mépris le plus élémentaire d’une démocratie. De plus les commissaires sont pratiquement intouchables. La discussion sur le clonage des animaux de boucherie par exemple le démontra d’une manière flagrante. Qu’est-ce qu’un clonage sinon comme pour une voiture, la fabrication d’un animal avec des chromosomes d’occasion mais avec une carrosserie neuve. Les Parlementaires avaient donc eu raison de ne pas l’autoriser. Mais la commission y était favorable. Le 17 mars 2011, cette dernière décida de ne pas statuer sur le problème. Ce qui ne pouvait qu’arranger les multinationales américaines puisque sans accord, pas de règle donc pas d’interdiction.
    Autres exemples totalitaires : plusieurs referendums ne furent pas respectés. D’abord celui sur le traité de Nice en 2001, qui concerne l’élargissement de l’Europe à d’autres pays. L’Irlande dit non. Ce qui a causé un gros problème puisque l’élargissement avait déjà été effectué. On a donc obligé les Irlandais à revoter un an après, en prenant bien soin d’organiser une campagne de presse dans les médias alignés pro-européenne. En 2005, c’est au tour de la France de rejeter le traité constitutionnel. Sarkozy en 2008, le fera tout de même passé lors d’un congrès avec l’accord des socialistes. Les Pays-Bas connaitront la même mésaventure en 2005. En 2008, c’est au sénat qu’il sera adopté malgré le désaccord du peuple. En Irlande, cette même année, un referendum est à nouveau proposé sur le traité de Lisbonne. Il est rejeté malgré qu’il ait été déjà ratifié. Alors on utilise le même procédé que la fois dernière. On les fait revoter en 2009 après une campagne les poussant à dire oui en utilisant la crise financière. En 2011, on demande au Parlement slovaque si il est pour le FESF (c’est à dire à un mécanisme financier européen qui lui donne droit d’utiliser un effet de levier et d’agir en justice contre un pays dans les 7 jours, tout en se réservant l’impunité). Bien entendu il ne pouvait être pour, et pourtant tous les autres pays avaient donné leur accord. L’U.E. força les députés slovaques de se déjuger. En 2013, le plan de sauvetage proposé aux Chypriotes est rejeté par leur Parlement. Une semaine après l’U.E. l’oblige à l’accepter. En 2014, on fait entrer la Lettonie dans l’U.E. contre l’avis de sa population. Avant en 2011, Papandréou avait proposé un référendum aux Grecs sur l’avenir du pays. Il ne fut pas accepté par l’U.E.. Le premier ministre démissionna pour être remplacé par un ancien de Goldman Sachs, Papademos. La banque même qui avait aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour entrer dans la zone euro. En 2015, Tsipras demande aux Grecs s’ils acceptent le plan de sauvetage des financiers. Ils disent non. Comme il avait déjà été ratifié par les autres pays, une semaine après, on obligea les Parlementaires grecs à dire oui. Cette année, les députés finlandais doivent débattre sur la sortie de l’euro (à cause d’une pétition citoyenne). Et au Pays-Bas, (suite aussi à une pétition), ils doivent se prononcer sur l’accord de libre échange avec l’Ukraine (déjà ratifié par l’U.E.) sachant que le salaire moyen est de 120 € par mois. Malgré que les Hollandais aient été contre, les députés suivirent la décision de Bruxelles. Bref, en 16 ans, c’est 6 référendums et 2 votes des Parlementaires qui n’ont pas été respecté pour le plus grand profit de l’U.E..
    Et que penser du TSCG, de ce traité qui oblige un pays à montrer son budget aux sbires européens avant même ses parlementaires ? Pourquoi Sarkozy, Ayrault ne voulurent pas d’un référendum sur ce sujet, alors qu’il peut couter à la France une amende de 4 milliards d’euros ? Est-ce vraiment à la commission européenne de décider à la place des députés français ? Ainsi la loi Macron (travail le dimanche etc) comme elle vient de directives européennes et non pas de Macron, il a fallu la faire passer par le 49.3. Il en est de même de la loi El Khomri. Prochainement l’Europe veut que la France privatise son parc hydraulique de production d’électricité.
    Ainsi comme le disait Jean Claude Juncker, « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »
    https://www.youtube.com/watch?v=5hdGMZmvYig

  3. « La société n’existe pas », disait Margarer Thatcher, elle n’est qu’une addition d’individus.
    ***
    Mensonge. Pourquoi répercutez-vous cette calomnie communiste ? Dans l’interview d’où est tirée cette phrase, soigneusement isolée de son contexte, Margaret Thatcher disait exactement le contraire de ce qu’Alain de Benoist lui fait dire ici, à la suite de millions de désinformateurs comme lui. Procédé typiquement stalinien.

  4. @Robert Marchenoir
    pouvez vous donner une référence sur cette information que je ne connais pas

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