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Les sapeurs intra-muros de l’Eglise

Jean de Saint-Jouin signe une tribune acérée sur L'Homme Nouveau. Extrait : 

Unknown-13"[…] L'Église catholique est un magnifique château fort. Construit selon les plans de l'Architecte céleste, les murailles de Pierre sont d'abord faites de doctrine, c'est à dire de bloc logos cimentés par des arguments logiques. Le tout constitue une imparable défense, une citadelle imprenable.

Dire qu'une citadelle est imprenable, ce n'est certes pas garantir sa quiétude. Bien au contraire! Aussi, l'Église est-Elle l'objet de vagues ininterrompues d'attaques temporelles et spirituelles qui n'ont réussi qu'à ennoblir ses pierres et à solidifier un mortier désormais imbibé du sang des martyrs. Il est vrai que la plupart des habitants de cette cité sont de redoutables crétins (dont je suis, hélas) qui semblent s'évertuer à rogner l'enceinte de l'intérieur. Mais, le maitre veille et, à chaque génération, une nouvelle rangée de pierres s'ajoute, nouveaux joyaux, tirés d'une carrière qui semble inépuisable et qui rajeunit sans cesse des murs dont l'épaisseur trahit les ans.

L’homme déchu trouve dans la lourde harmonie des murailles une sorte d’appel téméraire et viscéral lui faisant battre le tambour de la folie.

Si Vauban introduisit les sapeurs dans l'armée française au XVIIe siècle, Satan, de son côté, planche sur le concept depuis déjà un bail. Plus génial que l’architecte du Roi Soleil, le prince des Ténèbres avait déjà installé ses « Lumières », à l’intérieur de l’Église, pour faciliter le travail à des vagues de termites modernistes, grugeant goulument la balustrade.

Travaillant à leur rythme avec l'appui généralisé des habitants, les sapeurs intra-muros ont été méthodiques. Il fallait en effet ébranler la pierre d’angle, celle sur laquelle tout l’édifice tenait. Le nouveau missel promulgué, tout était en place, moyennant le bon moment.

Le démoniaque stratagème fonctionne à peu près comme suit. D’abord, semer l’idée que le dogme puisse, à l’image des sciences expérimentales, évoluer selon les circonstances. Ce fut le modernisme. Deuxio, affaiblir la résistance en admettant que la vraie Religion pouvait être contenue, au moins en partie, dans les autres. Ce fut le dialogue interreligieux. Puis, finalement, détourner l’attention des fidèles en assurant que l’exercice le plus solennel de la vertu de la Religion, à savoir la liturgie, soit orienté vers l’homme plutôt que vers Dieu.

Reste seulement à creuser en s’assurant que tous ceux qui soupçonnent la sape puissent être accusés d’être de méchants complotistes. […]"

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