Les ravages du relativisme dans l’Eglise

Le Canadien Dominique Boily avait protesté auprès des autorités diocésaines dans le cadre du triste épisode de l’araignée géante sur la cathédrale. Un prélat lui avait proposé de dialoguer. Il raconte dans L'Homme Nouveau :

"La tâche consistait à tenter de convaincre un prélat, objectivement en autorité sur nous, d’une chose qui relève pourtant de l’évidence. La mission ne s’annonçait pas facile puisque, dans les médias, le diocèse n’avait exprimé aucune excuse ou regret pour l’évènement en tant que tel. L’archevêque d’Ottawa s’était même prononcé publiquement à plusieurs reprises sur la question. Dans une entrevue au Canadian Catholic News, il avoua qu’il anticipait quelques critiques, mais qu’il pensait que ce serait « minime », car la présence de l’araignée près de la cathédrale n’avait rien de dégradant. En réponse aux centaines de coups de téléphone et de courriels de plaintes, l’archevêque s’est limité à une déclaration quelque peu ambiguë :

« Je regrette que nous n’ayons pas suffisamment compris que d’autres le verraient d’une manière aussi différente. Je dis à ceux qui sont choqués que je comprends que cela ait été troublant pour eux […]. »

Cependant, jamais il ne remit en doute la décision de participer à cette utilisation indigne et profane d’un lieu consacré au culte, en d’autres mots, d’avoir commis un sacrilège.

La discussion se déroula sur un ton cordial. Je fus reçu avec gentillesse par ledit prélat qui, cherchant à aller droit au but (à notre surprise et à son crédit), ouvrit la discussion :

« Alors vous pensez que j’ai commis personnellement un sacrilège ?

– Oui, Excellence. »

Le moment est grave si l’on y réfléchit quelque peu. La logique nous apprend que lorsque deux propositions sont directement contraires, l’une est nécessairement vraie, l’autre nécessairement fausse. Comme notre prélat soutient qu’il n’a pas commis de sacrilège et que nous soutenons le contraire, il en résulte nécessairement que l’un de nous a tort. […]

Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’à aucune reprise le prélat ne chercha à nous convaincre du bien-fondé de sa position. Il a bien énoncé qu’il ne croyait pas avoir commis de sacrilège, mais n’a jamais cherché à nous expliquer pourquoi cela n’en était pas un. Malgré sa grave responsabilité devant Dieu pour le salut de notre âme, jamais il n’a tenté non plus de nous détromper ou d’essayer de nous faire voir où nous commettions une erreur de raisonnement. Alors que nous lui demandions, directement, comment il pouvait soutenir qu’il n’avait pas commis de sacrilège alors que la définition du catéchisme correspond mot à mot à ce qui s’est passé, il n’a pu répondre qu’en citant divers éléments circonstanciels ayant mené à sa décision. Puis, rapidement, il chercha à revenir dans le confortable monde des perceptions.

« Vous voyez ça de telle façon, mais d’autres le voient autrement… On a le droit de pas être d’accord… etc., blablabla… »

Évidemment, nous avons cherché à revenir sur la réalité objective. Peu importe ce que vous ou moi ou ma belle-mère en pense, reste qu’il doit y avoir une réponse objective à la question. Y a-t-il eu sacrilège ou non ? Est-ce un acte de vertu de mettre une araignée de 13 mètres représentant les maléfices sur le toit d’une cathédrale ? Rien n’y fit. Aucune façon de discuter de la question de manière objective. Aux appels désespérés pour retrouver l’objet perdu dans le Sahara de la subjectivité, répondait un vague écho de perceptions diffuses et plus ou moins cohérentes. D’aucuns auraient commencé, illico, une neuvaine à saint Antoine pour retrouver l’objet perdu.

Loin que de n’être qu’une exception, cet échange est bien le symptôme d’une objectophobie (sic) généralisée et carabinée dans l’Église. Combien de fois avons-nous vu la hiérarchie ecclésiale devant l’esprit du monde et ses chimères, se taire ou, pire, dire des généralités absconses sans grand rapport avec la question. Dès que le sujet demanderait de conclure logiquement que tel comportement est bien ou mal ou que telle proposition est vraie ou fausse, de manière objective, formelle et rationnelle, on assiste à une danse conceptuelle dont la chorégraphie réclame des contorsions dignes d’une pieuvre en pleine crise d’épilepsie. […]

Dites-moi, Excellence, que lui diriez-vous, à cet homme venu du passé, qui partage pourtant la même foi ? Comment lui expliquer ce qui a pu se passer pour que, non seulement vous ayez fait pareille chose mais, plus incroyable encore, a posteriori et visiblement à jeun vous n’y voyez toujours aucun problème ?

Le prélat, souriant, m’a répondu :

« Ah, mais il faut être de notre temps… ».

S’ensuivit un long et pénible silence. […]

Pouvons-nous aujourd’hui, fidèles catholiques, avoir confiance dans une hiérarchie religieuse dont plusieurs de ses membres n’ont pas été formés dans une philosophie réaliste et qui, dans bien des cas, ne semble même pas avoir d’intérêt pour la chose. [Lire la suite]

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