Les racines chrétiennes ne sont pas à mettre au musée

Le Cardinal Vingt-Trois est interrogé dans Famille chrétienne au sujet des élections européennes :

V "Depuis trente ans, un certain nombre de responsables politiques ont joué un double jeu. Une sorte de jeu de bascule des responsabilités. D’un côté, ils ont fait des professions de foi européennes (« l’Europe, c’est formidable ! ») et de l’autre, face aux difficultés nationales, ils se sont défaussés sur elle (« c’est imposé par Bruxelles ! »). […]

On ne peut évidemment pas construire l’avenir en oubliant ses racines. La question est de savoir si l’on fait mémoire d’un patrimoine pour l’investir, ou pour le fixer. Dans nos pays occidentaux, on fait beaucoup d’investissements culturels pour la conservation des bâtiments. C’est une chose de conserver un bâtiment comme un organe témoin d’une époque révolue, mais c’est autre chose de le conserver comme un lieu de vie ! Le patrimoine est une richesse reçue pour être investie dans un avenir. Invoquer les racines chrétiennes sans imaginer qu’elles doivent infléchir l’action future, c’est purement muséographique. […]

Dans les domaines du droit et de la famille, les modèles sont un héritage culturel soumis à l’épreuve du temps. Chaque pays est confronté à des choix fondamentaux. Par exemple, dans le domaine éthique, les procréations médicalement assistées ont donné lieu en France à la production d’embryons surnuméraires qui n’était pas nécessaire ; cette pratique n’existe pas en Allemagne, un pays qui pratique aussi la procréation médicalement assistée. L’histoire de nos deux pays a conduit à aborder cette question de manière différente. Comment l’Europe pourrait-elle décider que l’Allemagne n’a pas connu le IIIe Reich, ou que notre conception de la famille puisse être anéantie, simplement parce que, dans tel ou tel pays, il y a des gens qui vivent autrement ?

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