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Liberté d'expression

Les petites phrases assassines et les mots vengeurs appartiennent davantage à l’arène politique qu’aux terrains de football

Les petites phrases assassines et les mots vengeurs appartiennent davantage à l’arène politique qu’aux terrains de football

Insultes homophobes dans les tribunes ? Le Père Danziec enfile ses crampons pour livrer son point de vue dans Valeurs Actuelles :

Les jeunes enseignants et les surveillants novices des récréations doivent se poser, en cette heure de rentrée scolaire, la même question : à quel moment stopper un chahut ? Jusqu’où laisser passer l’insolence d’un adolescent ? Quelle limite fixer à un comportement litigieux ? Fine en effet est la trajectoire qui relie la lettre à l’esprit d’un règlement. Pour avancer avec équilibre sur ce type de ligne de crête, il faut communément avoir expérimenté la réalité du terrain, connaître les élèves, saisir leurs états d’âmes, comprendre les réflexes qui les habitent, maîtriser les palpitations d’un groupe. Faire œuvre d’autorité sans pour autant mettre en péril l’ascendant de sa fonction réclame sinon un certain savoir-faire, au moins du recul ou de l’humilité. D’autres parleraient de pragmatisme.

Ce pragmatisme, chaque prêtre en a justement besoin pour conduire la troupe de ses fidèles avec fruit. Il lui appartient de prendre le temps d’aller à leur rencontre pour mieux appréhender leurs soucis et leurs défis. Une des manifestations éminentes de la charité sacerdotale consiste précisément à partir de ce que les gens sont, cela afin de mieux les aider à imiter le Christ. Et non d’abord partir de ce que l’on voudrait qu’ils soient, au risque de culpabiliser ses ouailles ou de les refroidir sans grand profit. Clamer la vérité, oui. Bousculer, si besoin. Mais en tenant compte, tant que faire se peut, du chemin de conversion à parcourir. Surtout, renoncer à abuser de son autorité, en pensant qu’un ordre de droit divin déclenche une obéissance angélique.

Ce principe élémentaire de réalité semble pourtant échapper à certains en ce moment. La récente croisade de membres du gouvernement contre ce qu’ils perçoivent comme de l’homophobie dans les travées des stades s’apparente à un fiasco. Ainsi, en plus des radars sur les routes, il y aurait désormais des flashs pour les injures caractérisées comme « homophobes » ? La bronca des associations de supporters ne s’est pas faite attendre longtemps. Ces dernières refusent de subir l’agenda politique, médiatique, précipité et surtout sélectif sur cette question. De nombreux amoureux du ballon rond reprochent aux décideurs politiques leur improvisation, un certain défaut de concertation, une communication agressive, voire condescendante… « Un naufrage où la posture et l’affichage se sont substitués à l’efficacité et au bon sens », affirme leur communiqué.

Posture et affichage. C’est là précisément où le bât blesse. Il n’y a qu’à regarder Peppone et Fernandel haranguer leurs équipes respectives dans Le petit monde de Don Camillo pour comprendre que soutenir son équipe consiste aussi à huer l’adversaire. Jérémie Jeannot, figure historique des cages de l’AS Saint-Etienne, fustige une polémique inutile et hors de propos. Comme tout joueur, il a subi pendant sa carrière les sarcasmes grossiers des supporters adverses sans pour autant y voir des insultes homophobes. « Je condamne toute forme de discrimination mais ce que j’ai subi, c’était de la déstabilisation, du chambrage, rien d’autre ».

On serait surpris de trouver dans cette chronique rédigée par un prêtre l’apologie des mots fleuris. La malveillance à l’endroit de son prochain n’est certainement pas le signe d’une vie chrétienne épanouie et je préfère, assurément, voir mes paroissiens s’échanger des nouvelles que des noms d’oiseaux. Néanmoins la posture idéologique de ce combat interroge. Ici, c’est l’irréalisme (antonyme du pragmatisme) qui domine. Autre nom de la déconnexion. Penser modifier les pratiques séculaires d’un stade par simple décret relève sinon de l’amateurisme, au moins de la candeur. Clamer la vérité, oui. Bousculer, si besoin. Mais en tenant compte, tant que faire se peut, du chemin de conversion à parcourir. Et commencer par soi-même, car m’est avis que les petites phrases assassines et les mots vengeurs appartiennent davantage à l’arène politique qu’aux terrains de football.

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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