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Les larmes des pauvres et des familles : lettre à mon évêque

Les larmes des pauvres et des familles : lettre à mon évêque

Cher Monseigneur,

Nous sommes en larmes.

Face aux difficultés du moment, nous, familles catholiques essayons de faire face comme nous pouvons. Les soucis de travail, d’école, de couple, de santé, d’éducation, etc. sont tels, que lorsque nous trouvons un ancrage dans une communauté animée par des prêtres de la Fraternité Saint Pierre, de l’Institut du Christ-Roi, etc. nous nous y trouvons bien. Ce peut être aussi une paroisse où se célèbre la messe appelée jadis forme extraordinaire…

Oui, nos communautés sont accueillantes et intègrent facilement ceux qui arrivent d’ailleurs, quel que soit leur pays, leur origine sociale, leur situation personnelle. De nombreux exclus font partie de nos communautés, des immigrés, des blessés de la vie et nous vivons cette diversité comme un avant-goût du Ciel.

Pourquoi précariser leurs situations, notre situation ? Pourquoi ? Pourquoi en vouloir aux prêtres ? Certains d’entre eux sont des convertis, d’autres sont issus de familles catholiques dont l’attachement au rite ancien a été le berceau de leur vocation ou pas.

Ces prêtres confessent, écoutent, consolent, ils sont pour nous témoins de la miséricorde du Seigneur, comme les autres. Ils nous enseignent par le catéchisme, nous sanctifient par les sacrements célébrés selon la forme tridentine de la messe. Sans doute ne sont-ils pas parfaits, comme tous, comme vous, comme nous.

C’est ainsi que nous rencontrons le Christ, célébré dans la liturgie, annoncé dans le catéchisme, les conférences pour adultes, etc.

Car nous avons fait confiance à Saint Jean-Paul II, puis à Benoît XVI et à François. Voici ce qu’écrivait Benoît XVI :

« L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place. »

Tout ceci serait-il erroné ? Faudrait-il tourner le dos à une telle parole quand on sait qu’elle vient d’un pape aussi éminent que Benoît XVI ?

Faudrait-il que les paroles de saint Jean-Paul II soit contredites :

« On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962 » ?

Oui, nous faisons nôtre l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise Catholique et les dispositions du code de Droit Canonique. Sans oublier la dernière phrase :

« Sans perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Église la loi suprême ».

Voici ce que Saint Paul VI confiait en 1977 à son ami Jean Guitton :

Il y a un très grand trouble en ce moment dans le monde et dans l’Église, et ce qui est en question, c’est la foi. Il arrive maintenant que je me redise la phrase obscure de Jésus dans l’Évangile de saint Luc : ‘Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il encore de la foi sur la terre ?’ Il arrive que paraissent des livres où la foi est diminuée sur des points importants, que l’épiscopat se taise, qu’on ne trouve pas ces livres étranges. Et c’est cela qui, à mes yeux, est étrange. Il m’arrive de relire l’Évangile de la fin des temps et de constater qu’il y a en ce moment certains signes de cette fin. Est-ce que nous sommes proches de la fin ? c’est ce que nous ne saurons jamais. Il faut toujours nous tenir prêts à la fin, mais tout peut durer très longtemps. Ce qui me frappe quand je considère le monde catholique, c’est qu’à l’intérieur du catholicisme une pensée de type non-catholique semble parfois avoir le dessus, et il se peut que cette pensée non catholique à l’intérieur du catholicisme devienne demain la plus forte. Mais elle ne représentera jamais la pensée de l’Église. Il faut que subsiste un petit troupeau, même si c’est un troupeau tout petit”. (Jean Guitton, Paul VI secret, pp. 168-169)

Cher Monseigneur et Père dans la Foi, nous le redisons, nous voulons être obéissants, soumis à votre autorité dans la mesure où ce qui est demandé est conforme aux lois de la raison, de la justice, de la foi et surtout de la charité. Exigez ce qui est exigible. Alors nous obéirons. Exigez de vos prêtres qu’ils enseignent la foi catholique, qu’ils accompagnent les familles selon la sagesse de l’enseignement moral magnifiquement mis en lumière par Saint Jean-Paul II.

Pourquoi un certain nombre d’entre vous refusent que nos enfants soient confirmés dans le rite tridentin dans leurs diocèses ? Sommes-nous des catholiques de seconde zone ? A l’heure où le pape promeut le rite zaïrois, où des interprétations baroques du rite de 1970 ont lieu dans nombre des églises de nos diocèses… ?

Cher Monseigneur, la situation est difficile dans l’Eglise. Les luttes sont terribles au sein de la Curie Romaine et les lobbys qui viennent du monde cherchent à s’emparer des bijoux de famille : l’Institut Jean-Paul II à Rome, l’Académie pontificale pour la vie, sans oublier la relégation de la congrégation pour la doctrine de la Foi… Nous ne représentons pas une menace pour la communion dans l’Eglise mais un atout par la dynamique enclenchée : vocations, mission, développement. Le concile Vatican II invitait à discerner les signes des temps. Il y en a un ici et de taille.

Cher Monseigneur, n’ayez pas peur de nous. Nous avons besoin de votre amour paternel et que vous cherchiez à nous comprendreVenez passer du temps avec nous, avec nos prêtres, vos prêtres, rencontrez-les souvent, priez avec eux, le Christ sera au milieu de vous. Et son Esprit inspirera les uns et les autres pour le meilleur.

Nous portons déjà lourd, financièrement, en créant des écoles, en portant nos nombreux enfants matériellement. En soit, c’est à vous de maintenir l’identité catholique de vos écoles, croyez que nous avons autre chose à faire que d’en créer, que de fatigues, de tracas, de stress. Et tout ceci retombe sur nos conjoints, nos enfants… les temps sont si durs. Et maintenant dans certains diocèses on veut interdire aux fidèles qui créent des écoles de pouvoir bénéficier dans ce cadre de la messe selon la forme extraordinaire du rite romain ? C’est absolument insoutenable !

Le Cardinal Sarah est très ferme sur ce sujet. Lorsqu’on lui demande s’il est vrai que beaucoup de jeunes d’aujourd’hui préfèrent assister aux célébrations dans le vieil ordo, c’est-à-dire selon la « forme extraordinaire » relancée par le Summorum Pontificum de Benoît XVI, le cardinal répond :

« J’en suis témoin. Et les jeunes m’ont confié leur préférence absolue pour la forme extraordinaire, plus éducative et plus insistante sur la primauté et la centralité de Dieu, sur le silence et sur le sens de la transcendance sacrée et divine. Mais surtout, comment comprendre, comment ne pas être surpris et profondément choqué par le fait que ce qui était la règle hier est aujourd’hui interdit ? N’est-il pas vrai que l’interdiction ou la suspicion de la forme extraordinaire ne peuvent être inspirées que par le diable qui désire notre suffocation et notre mort spirituelle ? »

Le Cardinal Sarah voit une coexistence fructueuse entre les deux rites de la messe.

« Quand la forme extraordinaire est célébrée dans l’esprit du Concile Vatican II, elle révèle toute sa fécondité : comment s’étonner qu’une liturgie qui a apporté tant de saints continue à sourire aux jeunes âmes assoiffées de Dieu ? « Comme Benoît XVI, j’espère que les deux formes du rite romain s’enrichiront mutuellement. Cela implique de sortir d’une herméneutique de rupture. Les deux formes ont la même foi et la même théologie. S’y opposer est une profonde erreur ecclésiologique. C’est détruire l’Église en l’arrachant à sa Tradition et en lui faisant croire que ce que l’Église considérait comme saint dans le passé est maintenant faux et inacceptable. Quelle déception et insulte à tous les saints qui nous ont précédés ! Quelle vision de l’Église! »

Parmi nous, certains sont paysans, ils connaissent le poids du labeur, d’autres sont patrons de très grandes entreprises, ils savent ce que veut dire responsabilité, gestion des relations humaines, d’autres sont généraux, gendarmes en haute-montagne, magistrats, professeurs dans l’enseignement public, employés municipaux, infirmières de nuit, médecins urgentistes, aides-soignants, ont des métiers à revenus plus que modestes …

Certaines sont au foyer, avec une charge importante d’enfants en bas-âge. Et elles enfilent les kilomètres pour aller chercher leurs enfants dans les écoles indépendantes parfois très loin… Que de fatigue, avec l’augmentation du prix de l’essence, avec le souci de pouvoir reprendre avec chaque enfant, l’un après l’autre, ce qui s’est passé dans la journée… Des mères de familles nombreuses en rémission de cancer donnent tout.

Ne nous demandez pas ce qui est impossible à exiger quand on sait tout ce que vous laissez passer dans vos diocèses, et parfois de très grave.

Comme le gouvernement dans l’Eglise est en ce moment complexe ou imprévisible, un certain stress s’installe dans le monde épiscopal et nous comprenons volontiers qu’une pression s’exerce sur vous. On a l’impression qu’une certaine catégorie de fidèles fait actuellement les frais d’un déchargement d’autorité. Nous percevons aussi une autre tentation, qui serait celle de s’appuyer sur la collégialité épiscopale pour prendre des décisions hostiles à nos communautés sans avoir à en subir les conséquences : « ce n’est pas moi qui décide c’est la conférence épiscopale qui a tranché ». Vous le savez mieux que nous, aucune conférence épiscopale ne peut trancher à la place de l’évêque quand il s’agit du gouvernement de son diocèse.

D’autres portent un conjoint atteint de dégénérescence, sont gravement malades, ont adopté un ou des enfants lourdement handicapés, ou ont été abusés par des clercs.

D’autres encore font des maraudes dans les quartiers difficiles, la nuit, au service des SDF, risquent leur vie dans des missions au service des chrétiens persécutés, sont convertis du judaïsme ou de l’islam, ou œuvrent au service des femmes en détresse, de l’enfance maltraitée et des vieillards abandonnés.

Tous ont été rejoints par le Seigneur et grandissent dans leur foi, leur espérance et leur charité parce qu’ils aiment le silence et la sacralité de la liturgie ancienne.

Et si certains de nos prêtres ne souhaitent pas concélébrer (systématiquement), est-ce si dramatique quand on connaît les enjeux du monde d’aujourd’hui ? Peut-on exiger d’eux ce qui n’est pas exigible par le droit canon ? D’ailleurs, la théologie catholique enseigne qu’un prêtre en état de péché grave n’a pas le droit de célébrer la messe sauf s’il est curé de paroisse et qu’il est obligé de célébrer la messe pour ses fidèles le dimanche. C’est aussi pour cela que le droit canonique n’oblige pas la concélébration. Monseigneur, prudentiellement, est-ce raisonnable de casser ce qui existe même si cela ne correspond pas exactement à ce que vous souhaitez ? Nous aimons à ce sujet méditer le livre d’Isaïe pour indiquer la douceur du Bon Pasteur : « Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. » En l’occurrence la mèche a plutôt tendance à se renforcer.

La communion dans l’Eglise se situe au niveau de la foi partagée, de la charité vécue. Préférez-vous concélébrer avec ceux qui vous trainent dans la boue par derrière et n’enseignent pas la foi de l’Eglise, vous dénoncent aux journalistes si vous êtes trop « doctrinaux » ou tiennent des propos abominables sur les réseaux sociaux ? Cela a-t-il un sens ?

Prenez patience avec nos prêtres, qui sont aussi les vôtres car ils servent une portion non négligeable du peuple qui vous est confié. Les choses évolueront avec les années, nous ne sommes plus aux combats des années 70. Et la jeune génération a grandi entre Paray et Chartres, entre les grands rassemblements scouts et le chemin de saint Jacques. Les jeunes prêtres, qu’ils soient issus de la Communauté Saint Martin, diocésains ou encore tradis, parlent la même langue et utilisent les mêmes codes. Ils sont les évêques de demain.

Aussi, nous nous tournons avec une immense espérance vers la Vierge Marie, que nous prions quotidiennement avec le rosaire à cette intention.

Nous vous assurons que nous sommes en communion avec vous dans la foi catholique.

Bien filialement, mais en larmes.

Nous sommes des dizaines de milliers à signer cette lettre.

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