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France : Politique en France / France : Société

Les généraux et les officiers français réduits à des techniciens… sans broncher

BenC'est le terrible constat que formule l'ancien chef d'état-major des armées, le général Bentégeat, devant la perte du sens du métier des armes dans toutes ses dimensions humaines, techniques, sociales, culturelles, etc. au profit d'un "coeur de métier" qui ressemble à la lecture de cet article à celui de l'artichaut, c'est-à-dire la toute petite chose qui reste quand on a retiré l'essentiel : ce hold-up avait pour objectif, non seulement de satisfaire la méfiance du politique vis-à-vis du militaire, mais aussi de répondre à la convoitise de hauts fonctionnaires qui lorgnaient sur des fonctions détenues par des officiers décrits ci-dessous comme trop dociles pour préserver non seulement leur poste, mais surtout l'intégrité du rôle que tout officier doit, selon le général, jouer dans la cité :

"La place et le rôle des chefs militaires au sein de ce qui fut longtemps le ministère des armées ont été parfois contestés au cours des dernières décennies. La haute fonction publique, soutenue par les cabinets et le contrôle général des armées, a toujours lorgné vers les postes de responsabilité de ce ministère atypique. Le général Lagarde, il y a 30 ans déjà, disait aux stagiaires de l’Ecole de Guerre : «  on aurait tort de n’y voir qu’un conflit d’intérêts corporatistes. Ce sont deux visions qui s’affrontent : d’un coté, le notre, la subordination de toutes les activités à la préparation opérationnelle, de l’autre, celui des civils, le primat de la gestion budgétaire. Cette dernière approche peut séduire, car elle est plus perméable aux pressions politiques… ». Nous n’en crûmes pas un mot. Nous avions tort.            

La relève des généraux par des hauts-fonctionnaires à la tête d’institutions, comme le SGDN ou la DGSE, aurait pu nous alerter, mais le caractère interministériel de ces postes pouvait expliquer le changement de portage. Surtout, en parallèle, le développement de l’interarmisation recentrait les armées et le ministère sur leur raison d’être, la préparation et la conduite des opérations. La guerre du Golfe avait montré  l’urgente nécessité de dépasser les intérêts particuliers de chaque armée (Terre, Marine et Air ) en les subordonnant aux impératifs des opérations interarmées. Et, depuis vingt ans, nos engagements incessants dans les Balkans, en Afrique, au Moyen-Orient et en Afghanistan avaient progressivement donné une place centrale, au sein du ministère, au chef d’état-major des armées.

RsoConsacrée par les décrets de 2005 et 2009, cette évolution stabilisait et consolidait la charnière politico-militaire en donnant au CEMA les moyens d’exercer son rôle de conseiller militaire du gouvernement. Certains s’en étaient inquiétés, craignant que le ministre de la défense peine à imposer son autorité à un « proconsul » trop puissant. C’était ignorer le poids incontournable, au sein du ministère, du Délégué général pour l’armement, assis sur son socle industriel et social, et du Secrétaire général pour l’administration, détenteur des leviers de la finance et de la gestion.

La  défiance de principe à l’égard du loyalisme des officiers est non seulement infondée mais surtout incompréhensible pour des générations de militaires élevées dans le culte de l’obéissance républicaine. A une époque tristement marquée par l’affaire Dreyfus et l’affaire des fiches, Jaurès avait fait litière de ces accusations en démontrant la constance de la soumission des chefs militaires aux responsables politiques.

Aussi les vraies raisons qui conduisent aujourd’hui à retirer au chef d’état-major des armées une part importante de ses responsabilités pour les confier à des fonctionnaires civils se résument-elles dans une formule lapidaire : « il faut recentrer les militaires sur leur cœur de métier ». En clair, les généraux ou amiraux seraient des techniciens du combat, peu aptes à gérer des hommes, des finances, des relations internationales, voire des services logistiques.


WgCette vision réductrice de la fonction militaire va à l’encontre de traditions millénaires qui exaltaient les rôles de stratège, d’administrateur ou de logisticien comme autant de facettes indispensables au bon exercice du métier des armes
Elle est surtout antinomique des exigences des conflits modernes où l’intelligence de situation, à tous les échelons, requiert une vision large, bien au-delà de la maitrise technique des armes, où le dialogue international est la règle, où l’administration d’un secteur, le contact avec la population et la manœuvre logistique sont des facteurs essentiels du succès.

L’évolution sémantique est révélatrice des changements de mentalité. Venues d’Europe du nord où le refus de la guerre et la foi absolue dans le « soft-power » ont marginalisé les armées, certaines expressions, ignorées dans le monde anglo-saxon, se sont imposées progressivement en France« L’outil militaire » ou « l’expert militaire » renvoient à une vision technicienne du métier des armes. La tentation d’y recourir est d’autant plus grande que la haute technologie est présente partout sur les théâtres d’opérations. On en vient à oublier que ce sont des hommes et des femmes qui conçoivent et conduisent ces opérations, qui endurent et qui souffrent et qui risquent leur vie ou leur intégrité physique pour protéger leurs concitoyens.

La prudence et la réversibilité s’imposent donc dans la mise en œuvre de réformes qui peuvent affecter profondément l’exercice futur du métier des armes. Dans un système où les chefs militaires n’auraient plus la capacité d’influer sur les choix majeurs des responsables politiques, on prendrait le risque d’une triple évolution, souvent constatée dans les pays européens où les militaires sont tenus en suspicion : syndicalisation, politisation des élites et découragement des meilleurs.

Dans l’univers aseptisé des officiers « recentrés sur leur cœur de métier », on ne rencontre, bien sûr, ni Napoléon, ni De Gaulle, mais c’est aussi Foch, Lyautey, Leclerc ou De Lattre à qui on ferme la porte".
(dernière photo : le général Weygand, académicien)

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15 commentaires

  1. J’avais toujours eu une estime et une admiration méritées pour le général Bentégeat, le dernier grand chef d’Etat major de l’Armée de Terre. Merci, mon général, decontinuer à dire tout haut ce que bien des officiers pensent tout bas mais n’osent peut-être pas avouer tout haut !

  2. Pardonnez l’expression, mais il serait temps que la Grande Muette ouvre sa gueule !

  3. Saint Cyr ne se présente plus comme une école de formation des officiers, mais comme une école de management qui enseigne comment gérer les forces armées comme un cadre sup gère son entreprise. Les méthodes de commandement qui y sont enseignées depuis une trentaine d’années sont directement inspirées des conceptions américaines du management visant à transformer les ressources humaines en robots fonctionnels. Adieu la culture nationale, adieu les valeurs spirituelles, adieu les traditions militaires, place à l’optimisation des performances individuelles guidées par les spécifications fonctionnelles et techniques propres à chaque métier auquel appartient le soldat qui se doit d’être le plus efficace possible dans son “rôle” sur le terrain. A chaque scénario de combat correspond des ensembles de spécifications optimisées par des “experts”, comme des informaticiens optimisent un software en fonction des tâches à accomplir par un robot. Ainsi l’homme machine réagissant aux directives prend la place de l’homme pensant et agissant au-delà de sa fonction, de façon à donner un contenu à son métier, autre que celui relevant directement de sa fonction, parce que dans son esprit son métier de soldat est rattaché à un ensemble de traditions qui donnaient du sens à son engagement pour la Patrie. Aujourd’hui les soldats sont interchangeables entre nations car ils sont tous été formés dans le même cadre fonctionnel inspiré par une conception humaniste maçonnique de l’homme et de la société réduisant ceux-ci à un ensemble de processus standardisés dont l’efficacité dépend de l’optimisation des flux d’informations entre objets informatiques dotés d’une interface humanoïde leur donnant corps sur le champ de bataille. D’ailleurs les humains sont destinés à être remplacés progressivement par des drones “Terminator sur le champ de bataille. Autre monde, autre moeurs.

  4. Tout ces hauts fonctionnaires à la solde d’un mondialisme qui dénature, déstructure le fondement de notre société, dans tout ce qu’elle hérite d’une longue et enrichie tradition, sont des traitres vendus à l’ennemi. Pour cela ILS devront être poursuivis en cour martial d’exception pour haute trahison !!!!!
    Le jour vient et se rapproche, qu’ile en soient avertis …………

  5. Et soudain des lumières s’allumèrent………il est temps que nos grands chefs militaires se repositionnent face à ce que j’appellerai une OPA sur les armées. Un vieux soldat.

  6. Longue et lente descente aux enfers des officiers !
    Vous êtes sceptiques ?
    Relisez le livre déjà ancien, “La société militaire de 1815 à nos jours” de notre regretté professeur Raoul Girardet qui vient de s’éteindre à 95 ans !
    Rien d’étonnant :
    Aurons-nous notre Bonaparte ?

  7. Le Maréchal Pétain,et Weygand , ont créé la Résistance, la seule, Charles n’est qu’un imposteur. Des officiers généraux comme eux sont des trésors, la France n’en manquera jamais, et puis il y eut Jeanne, et l’ordre revint miraculeusement.

  8. L’affaire “Syrie”, fut l’occasion pour moi de découvrir avec affliction l’hallucinante dévotion au régime de certains officiers généraux. Certains se sont tus, sans doute par honnêteté intellectuelle, vis à vis du pouvoir et de leur devoir.
    Mais, au delà de ce mutisme, certaines déclarations faites en l’absence de toute réflexion m’ont profondément choqué. Il me semble même avoir entendu l’actuel patron de l’école de guerre pérorer devant une galerie journalistique, histoire de plaire, sur la nécessité d’intervenir au plus vite.
    Alors qu’une simple analyse tactique de base criait le contraire.
    Comme l’aube du 10 mai 1940 vit sécher et s’évaporer un lot périmé de chefs incompétents, ces chefs aujourd’hui serviles seront balayés le jour où l’on aura besoin d’autres qu’eux.

  9. Il faut projeter ces civils en opérations : supporter les conséquences de ses actes et le b a ba de l’apprentissage, et une garantie pour limiter le “n’importe quoi”.

  10. La méthodique démolition de la France se poursuit.

  11. Il faut projeter ces civils en opérations : supporter les conséquences de ses actes est le b a ba de l’apprentissage, et c’est une nécessité en tous domaines pour limiter les erreurs.

  12. Lorsque j’étais aumônier du Foch, j’avais fait remarquer qu’il était dommage qu’aux visiteurs (IHEDN, Saint-Cyriens, etc.), on ne montre pas les conditions de vie des matelots et quartiers-maîtres. On m’a répondu que ce serait trop compliqué à organiser !
    C’est ainsi que ceux qui participent à la décision d’envoyer un porte-avions en mission ignorent comment vivent les marins à bord. Or le Foch avait été conçu trente ou quarante années plus tôt, c’est à dire pour des jeunes qui avaient passé une partie de leur enfance pendant les privations de la deuxième guerre mondiale. Mais ceux qui partaient en Adriatique pour la guerre de Bosnie avaient d’autres standards. On a raison de dénoncer le fossé qui se creuse entre les décideurs et la troupe.
    Abbé Bernard Pellabeuf

  13. Merci mon Général de votre courage. Vous allez être convoqué dans le bureau du Ministre qui va vous expliquer que vous avez intérêt à adoucir votre propos et votre position. Comme ce fut le cas pour vos collègues “pré-retraités” engagés au plus prés de causes que ce gouvernement n’entend pas intégrer, ni même considérer. Ce sera dur pour vous et votre famille de vous sacrifier financièrement car c’est sur ce levier qu’ils jouent (et je ne vous soutiendrai que moralement) mais il faut tenir la position. Il en va de votre honneur. Je vous assure que à mon poste, je tiens la mienne et je ne lâcherai rien.

  14. La gauche prépare-t-elle… la guerre civile sur notre territoire ?…
    La gauche aide depuis 30 ans l’immigration avec l’objectif de repeuplement
    Soutiens politiques, juridiques et financiers :
    – aux ONG et organismes qui pilotent l’immigration
    – à la délinquance issue des banlieues.
    – à la main mise de cette délinquance sur les banlieues,
    – à la transformation de la composition de l’administration,
    – à la transformation de la mission de l’éducation nationale
    – à la transformation de la pédagogie de l’éducation nationale
    – à la transformation de l’enseignant en outil de la pensée unique
    – à la transformation de l’actif du patrimoine en actif financier.
    – à la cession du sol français à des états étrangers,
    – à la transformation des structures organiques de nos armées.
    – à la transformation de l‘encadrement de nos armées.
    – à la collaboration avec des forces hostiles à la France.
    – à la formation de forces hostiles à la France.
    – à la vente d’armes à des forces hostiles à la France.
    De la Libye…à la Syrie…aides militaires et livraison d’armes…
    Des jeunes des banlieues….à Marseille….aux « djihadistes » de Syrie…du Mali..
    De la pensée unique de Peillon…de l’école maternelle à l’université…
    Des désordres de la justice de la Taubira…aux vidanges…des prisons…
    De la mise en œuvre d’un système d’esclavage financier… par l’impôt…
    De la mise à sac de l’économie…par l’épandage du virus du chômage,
    De la destruction de l’outil de travail…par l’étranglement des entreprises,
    Lorsque la rue sera devenue….notre logement….
    Lorsque les poubelles….notre garde manger….
    Alors devra-t-on prendre nos truelles…
    Pour occire…ces funestes…pensées…
    Et tels des chiens… enragés…
    Rebâtir un nouveau monde… libéré!

  15. Nos généraux peuvent pleurer !
    Depuis le temps que par leur comportement servile, ils permettent aux politiques de déclasser l’armée, il ne faut pas venir pleurnicher maintenant !
    Notre armée est archi mexicaine, 4500 généraux pour 450 en activité pour une armée réduite aux acquets.
    C’était avant qu’il fallait protester !
    Les généraux, combien de démissions pour s’opposer au pouvoir ?
    Non, ces gens là ne sont pas crédibles, ils ne bougent que lorsque leurs intérêts personnels sont en jeu, du soldat et de l’armée ils compatissent en silence mais dans le fond, ils s’en moquent !

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