Les enfants du divorce, un sujet tabou

L’association « Famille et Liberté » vient de publier les actes de son colloque de 2015 sur « Les enfants du divorce, un sujet tabou ? ». Présentation par Claire de Gatellier, présidente de l’association, dans L'Homme Nouveau :

Pourquoi « les enfants du divorce » est-il un sujet tabou ?

C’est un sujet tabou, parce qu’un divorce est presque toujours un traumatisme, une blessure qui frappe tant de gens dans leur histoire la plus intime, qu’il est très difficile d’en parler sans risquer de blesser. Évoquer la souffrance des enfants du divorce, cela peut être ressenti comme un rappel du droit de l’enfant contre le droit des parents. Lequel doit primer ? Celui des parents à « vivre leur vie » ? Ou le droit des enfants de grandir entre père et mère ? Notre but n’est pas de donner mauvaise conscience à qui que ce soit ; encore moins bien sûr de juger, mais d’aider à prendre la mesure des conséquences du divorce sur les enfants. La banalisation et la simplification du divorce ont de facto minimisé leur souffrance, d’autant qu’ils ne savent pas toujours l’exprimer. On entend souvent dire que si on leur « explique » bien, ils « comprendront » et que les choses se passeront bien. Mais comment leur expliquer que leur vie va être bouleversée mais que ce n’est pas grave…

En quoi le divorce constitue-t-il une fracture sociale ?

Le divorce bouleverse complètement la vie des familles et, outre le drame psychologique, les plonge souvent dans la précarité. Jusque-là, on considérait que c’était le chômage qui était responsable de la fracture sociale, c’est-à-dire de l’isolement et de la pauvreté ; aujourd’hui le divorce y contribue beaucoup. L’Aide Sociale à l’Enfance, qui coûte très cher aux départements, (7,5 milliards d’euros par an) essaie de suppléer à la défaillance de beaucoup de familles qui n’ont plus les moyens, matériels ou moraux, d’assurer le bien-être de leurs enfants. Les problèmes familiaux, mésententes, divorce ou monoparentalité, n’en sont bien évidemment pas la seule cause, mais ils sont un facteur aggravant.

Selon vous que peut-on faire pour éviter la tragique banalisation du divorce ?

Comme le dit Aude Mirkovic, une seule mesure favorable au mariage, parce qu’elle offre à la famille un cadre protecteur, ferait plus pour les enfants que tous les efforts réunis pour tenter de les protéger en cas de divorce. Or depuis des décennies la législation comme l’environnement culturel ont au contraire affaibli le mariage, l’image du père, le rôle de la mère cataloguée comme « inactive » ! Jusqu’à ce divorce sans juge, en quinze jours et pour 50€, qui est à tous égards une lourde erreur. Cela a déjà été très bien expliqué dans votre journal.

Il faut aussi cesser de considérer que le divorce est la solution qui résoudra tous les problèmes. Marc d’Anselme a montré, en l’illustrant par son expérience professionnelle, que beaucoup plus souvent qu’on ne le croit, il y a moyen de dépasser les crises du couple et de retrouver un nouveau souffle conjugal, pour le bonheur de tous. Mais il ne faut pas hésiter à se faire aider. Les problèmes de couple cachent souvent autre chose, dans les personnes elles-mêmes. C’est ce à quoi il faut remédier plutôt que de recourir à la fuite dans le divorce, qui trop souvent ne résout rien.

Plus en amont, c’est dès l’enfance qu’on se prépare au mariage. C’est l’apprentissage quotidien au sein de la famille de la patience, du pardon. C’est apprendre peu à peu à laisser de la place, au propre et au figuré, à ceux qui vous entourent. C’est s’entraîner à renoncer à un plaisir immédiat pour en obtenir un plus grand, mais un peu plus tard. C’est découvrir que tout n’est pas possible, que nous sommes des êtres limités et que nos désirs ne sont pas des ordres. On protège aujourd’hui l’enfant du plus petit chagrin qui doit être consolé immédiatement. Il est pourtant bon de connaître parfois des frustrations, des contrariétés, voire parfois des échecs dont on apprend à se relever. Sinon lorsqu’arrive une insatisfaction ou des contrariétés dans le mariage, on ne peut le supporter, on ne peut rien supporter. Avoir droit à tout et tout de suite est aux antipodes d’une bonne préparation au mariage, comme de toute vie en société d’ailleurs. […]

Quelles sont généralement les conséquences d’un divorce observées chez les enfants ?

Ces conséquences peuvent prendre une forme ou une autre. Jérôme Brunet en parle très bien. Le manque de sécurité psychique et affective entraîne une perte de confiance en soi et dans les autres : « Papa et maman, qui s’aimaient, puisque je suis là, ne s’aiment plus. C’est donc que l’amour peut prendre fin. Peut-être un jour ne m’aimeront-ils plus. » L’écartèlement entre les deux parents peut entraîner des conflits de loyauté, des problèmes d’identité : « Ça me coupe en deux » disait un garçon en abattant le tranchant de sa main en travers de son front. Les petits tremblent d’être abandonnés, s’inquiètent de savoir qui les protégera, qui les nourrira. Les plus grands, emportés par le désenchantement, relativisent leur appréciation du bien et du mal. Beaucoup rencontrent des difficultés scolaires, ont une vie sexuelle plus précoce ou au contraire, un retard dans leur développement. […]"

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