Les bienfaits de l’école à la maison

25 000 élèves sont instruits en famille et parmi eux, près de 40 % ne sont pas inscrits au CNED (Centre national de l’enseignement à distance). Dans Présent, Anne Le Pape a interrogé une mère de famille qui a fait le choix de l'école à la maison. Extrait :

"[…] Ce fut un choix par défaut et un concours de circonstances. Mon aîné, à huit ans en CE1, était en échec scolaire avec une maîtresse assez déséquilibrée psychologiquement. J’avais dû intervenir auprès d’elle, car elle l’avait relégué au fond de la classe et ne s’en occupait plus, comme trois autres de ses camarades qu’elle ne savait comment aborder. Il faut dire que mon fils était très dans la lune. Intelligent, grand lecteur, il ne laissait pourtant paraître que rarement ses sentiments et, en fait, il était vraiment a-scolaire.

D’autre part, l’école dans laquelle se trouvaient mes deux aînés a été reprise par l’enseignement catholique des Yvelines, et mon mari et moi étions très méfiants sur les nouveautés qui risquaient d’y être introduites à la rentrée suivante. Bien nous en a pris, puisque des amis qui y avaient laissé leurs enfants les en ont retirés par la suite : les vieux manuels qui avaient fait leurs preuves avaient été jetés à la poubelle, les enfants de primaire devaient remplir des QCM…

Enfin, la seule école dans laquelle nous aurions souhaité mettre nos enfants se trouvait à 35 km de chez nous, ce qui ne nous semblait pas raisonnable, dans la mesure où les trajets en région parisienne sont toujours compliqués à cause de la circulation très dense, surtout le matin.

Y a-t-il selon vous des qualités personnelles requises pour assurer l’école à la maison ? Je pense à la patience, si difficile à acquérir pour les parents qui, par exemple, surveillent les devoirs de vacances…

Oui, bien sûr, la patience est indispensable, même si, pour ma part, je n’étais pas particulièrement patiente. Il faut aussi être un tout petit peu organisée et savoir prendre un certain recul affectif vis-à-vis de ses propres enfants, savoir leur laisser le temps de comprendre, accepter qu’ils n’intègrent pas tout de suite la leçon, qu’ils se trompent… sans pour autant s’agacer ou se mettre en colère. Mais ces qualités s’acquièrent aussi grâce à l’école à la maison ! En tout cas, je pense que cela m’a aidée à progresser dans ma manière de voir mes enfants.

Je crois surtout qu’il faut impérativement avoir vraiment envie de scolariser ses enfants à la maison pour se lancer dans une telle aventure. Il faut également avoir du goût pour l’enseignement car par moments, bien sûr, ce n’est pas facile d’avoir en permanence ou presque ses enfants chez soi. Si ce goût d’enseigner et de transmettre n’est pas très fort, je ne conseillerai pas ce mode d’instruction.

Quelles sont les conditions sine qua non de l’enseignement à la maison ?

Il faut d’abord et avant tout que le père de famille soit d’accord avec toutes les implications que l’enseignement à la maison entraîne. C’est vraiment indispensable. Il faut qu’il accepte que sa femme soit prise une bonne partie de la journée et ne puisse pas s’occuper de la maison comme auparavant. L’idéal serait de bénéficier d’une femme de ménage. Car forcément, une fois que l’école est finie, il faut aussi s’occuper du ménage, du linge, des repas, etc. C’est lourd, je ne le cache pas. C’est pourquoi il faut vraiment que ce choix soit un choix à deux, même si le mari ne s’implique pas dans l’enseignement. Il faut au minimum qu’il soit patient et bienveillant. Il faut enfin que les enfants soient d’accord, ce qui n’est pas toujours le cas. Mon deuxième fils a refusé que je lui fasse la classe au-delà du CM1… Il est donc parti à l’école à huit ans. […]

Et les avantages pour les enfants ?

Les avantages pour les enfants sont en premier lieu la possibilité de suivre leurs propres rythmes : c’est un vrai cours particulier, donc avec une adaptation personnelle des cours. On peut donc apprendre à lire à un enfant bien avant les six ans réglementaires. Prendre un peu d’avance, ou faire une pause comme mon dernier garçon a eu besoin de le faire au moment de la naissance de sa petite sœur. C’est aussi très précieux avec des enfants « hors-norme ». Par exemple, mon deuxième fils avait décidé d’apprendre à lire, écrire et compter à l’âge de quatre ans, comme son frère aîné. Sauf que trouver une école répondant à sa volonté très affirmée fut chose impossible. Je me suis donc lancée dans cette aventure avec lui. Cela lui a plutôt réussi puisqu’il est entré à l’école directement en CE1 à six ans et a conservé son année d’avance : bac à 16 ans, entrée à l’Ecole Navale à 18 ans. Clairement, si je l’avais laissé dans une école « normale », je pense qu’il se serait ennuyé car il était très vif, comprenait tout rapidement et se passionnait pour une foule d’autres choses qu’il pouvait faire ensuite à la maison.

Car c’est un autre avantage pour les enfants, le fait de pouvoir apprendre en bien moins de temps qu’à l’école. La pesanteur et la lenteur de la classe n’existent pas. L’an dernier ma dernière fille, en CP, faisait tout son programme de la journée en trois heures maximum. Cela laisse beaucoup de temps pour jouer, dessiner, peindre, découper, se promener, aller à la piscine, etc. Et c’est souvent ce que mes enfants, entrant à l’école pour la première fois à des âges et des niveaux divers, regrettaient le plus. Et justement, pour pouvoir profiter pleinement de ce temps libre, l’autre avantage de ce système d’enseignement est de responsabiliser l’enfant sur son travail scolaire. Il finit par savoir qu’un travail fait vite et bien permet de jouer. C’est quand même ce qu’il préfère la plupart du temps, et cela le motive vraiment.

Ensuite, quand la scolarisation à domicile concerne tous les enfants d’une même fratrie, la mère ne peut s’occuper de tous à la fois et doit occuper les uns tandis qu’elle explique la leçon à un autre. Cela développe une certaine autonomie qui va de pair avec le fait de ne pas perdre de temps.

Enfin, les enfants étant toute la journée ensemble, cela resserre les liens de la fratrie. Ils n’ont pas « une autre vie » à l’école. Ils jouent ensemble, étudient ensemble, font leurs bêtises ensemble… Je l’ai vraiment ressenti durant ces deux années où mes enfants furent tous à la maison. […]"

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