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Valeurs chrétiennes : Culture

L’épuration des officiers militaires : une tradition républicaine

L’épuration des officiers militaires : une tradition républicaine

A l’heure où des militaires prennent la plume pour alerter les Français sur les dangers qui nous menacent, provoquant l’ire du personnel politique, André Bourachot, général de corps d’armée et Henri Ortholan, docteur en Histoire, publient un ouvrage sur les trois épurations subies par l’Armée française, entre 1940 et 1966. La première du fait du gouvernement de Vichy, obligée par l’occupant à réduire les forces armées à la portion congrue, la deuxième, beaucoup plus violente, de 1943 jusqu’aux années qui ont suivi la Libération, la dernière de la fin de la guerre d’Algérie jusqu’à la veille des événements de mai 68. On ne connaît généralement de ces trois épurations que celle qui a suivi la Libération, celle qui a concerné les « collabos » et tous ceux, essentiellement des civils, qui se sont compromis avec l’occupant… ou qui gênaient les résistants de la dernière heure, en l’occurrence souvent des communistes qui cherchaient à faire oublier le pacte germano-soviétique.

Ces trois épurations ont touché essentiellement le monde des officiers. Il s’agit, pour la première, sous le régime de Vichy, de mesures d’exclusion pour des motifs d’abord idéologiques. Pour la seconde, elle a voulu sanctionner, entre autres raisons, un choix : fallait-il suivre Pétain ou de Gaulle ? La dernière, qui a pour contexte la guerre d’Algérie, trouve ses causes dans le putsch des généraux de 1961 et a pris le caractère d’une sanction étendue à toute l’armée. L’épuration de Vichy a touché peu d’officiers. En revanche, celles qui se sont déroulées sous la férule du général de Gaulle ont concerné dix à douze mille officiers. Plusieurs milliers d’entre eux ont été conduits à quitter l’armée, d’autres ont dû changer d’arme, certains ont connu la prison. Il n’y a qu’en France que l’on rencontre un tel acharnement de la part du pouvoir sur ses militaires

Dans leur prologue, les auteurs rappellent que ces épurations sont presque une tradition républicaine. En 1904, déjà, l’affaire des fiches montre la paranoïa d’un pouvoir politique craignant ses officiers :

[A]vec le concours du Grand Orient, le ministre de la Guerre, le général André, se lance dans une opération de fichage du corps des officiers pour orienter ses décisions d’avancement et de mutations en fonction des convictions des intéressés. Il s’agit bien, là encore, d’une épuration en bonne et due forme. Heureusement, l’affaire finit par être découverte, ce qui provoque la chute du Gouvernement.

Elle provoque aussi une chute des candidatures au concours de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, au détriment bien entendu du niveau de recrutement. A quoi bon en effet se mettre au service d’un pays dont le gouvernement se soucie beaucoup plus des convictions personnelles des officiers que de préparer l’armée à la guerre. Certes, il y avait le contexte “républicain” qui expliquait de tels procédés, mais il ne les justifiait pas.

Ces démons du pouvoir français, dont on ne retrouve guère d’exemples ailleurs en Europe, s’expliquent certainement par la succession des régimes politiques qui ont présidé aux destinées du pays depuis la Révolution. L’instauration du régime de Vichy s’inscrit en quelque sorte dans la continuité de ces soubresauts institutionnels permanents.

Il a donc fallu que l’institution militaire, et l’officier tout particulièrement, fasse preuve d’un degré élevée de légalisme et d’un sens tout aussi élevé du service du pays pour ne pas succomber à la tentation de se lancer à son tour dans une succession de coups d’Etat militaires. La France n’est pas l’Amérique latine.

Alors, bientôt une nouvelle épuration, pour les récalcitrants au vaccin contre le Covid ou aux soutiens des tribunes publiques. Interrogés sur Breizh-info, les auteurs déclarent :

Votre livre aborde le devoir de réserve, mais aussi d’obéissance, propre notamment à l’engagement dans l’armée. Un soldat, est encore plus un officier, perd-il sa liberté de penser et d’agir en intégrant l’armée française ?

Heureusement que non ! La liberté de penser reste intacte, mais celle d’agir est limitée par le devoir de réserve qui ne nous paraît pas une institution désuète ; d’ailleurs toutes les armées du monde voient les droits d’expression de leurs militaires encadrés. Avant 1945, l’officier n’avait pas le droit de vote, depuis, il l’a et en fait largement usage. Mieux, quand ils sont en retraite, les officiers peuvent devenir, maires, députés, etc. et ils n’ont pas moins de liberté que leurs homologues civils.

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