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L'Eglise : Vie de l'Eglise

L’épée et le chapelet

Homélie du père abbé de Triors pour la solennité des saints apôtres Pierre et Paul :

"Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

Dans l'évangile qui vient d'être chanté (Mt. 16,13-19), l'apôtre Pierre confesse le mystère de Jésus caché avant tous les siècles au moment où il reconnaît en Jésus le Messie attendu, revêtu de la majesté divine selon les prophéties les plus inouïes (Cf. Ps. 2, 109 ; Is. 7 à 9 etc…), Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt. 16,16). La scène s'est tenue au moment où Jésus commençait son chemin vers Jérusalem afin d'y mourir pour nos péchés, grand chemin de croix, cortège funèbre. Il prépara ses apôtres, non sans difficulté, à vivre le triduum pascal. On y voit comment l'histoire de notre salut qui commençait devait  se réaliser. C'était donc près des sources du Jourdain, à la frontière de la terre juive, à la limite du monde païen ; le Nouveau Testament allait bientôt donner à l'univers tout entier la grâce attendue par l'Ancien.

Avec le recul, Pierre comprendra mieux l'enjeu divin du salut. Mais déjà sur la route de Césarée de Philippe, le Père le lui fit dire d'un seul coup, presque sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, sous la seule impulsion de sa pure foi, don de Dieu, et de son tempérament ardent. Peu à peu, il entrera complètement dans la pensée divine, par l'humilité acquise au prix des larmes du reniement ; grâce à quoi sa foi put prendre son plein développement visible ; grâce à quoi il sut exhorter les premiers chrétiens à mettre leur pas dans les siens, unissant l'intimité avec Jésus à la montée vers Jérusalem, cortège funèbre pour aboutir à la lumière glorieuse de l'invincible Pâque. À notre tour de recevoir l'exhortation de ce témoin des souffrances du Christ, qui a pris part à la gloire qui allait être révélée (I Pi. 5,1). Pour l'Église, le Vendredi Saint et la Pâque continuent d'aller ensemble, car l'Église prolonge encore aujourd'hui la Passion de Jésus, d'une façon visible au Proche-Orient et dans d'autres régions, d'une façon moins visible ailleurs, selon ce que le Pape nommait récemment une persécution blanche non moins terrible que la première.

Sous nos yeux, le Christ continue d'être bafoué et frappé, disait Benoît XVI ; on cherche, toujours à nouveau, à le pousser en dehors du monde ; et toujours à nouveau, la petite barque de Pierre est secouée par le vent des idéologies, dont les eaux la pénètrent au-dedans, semblant la condamner à couler. Et pourtant, précisément dans l'Église souffrante, le Christ est confessé comme le Fils du Dieu vivant, sans cesse victorieux. En dépit de tout, la foi en Lui reprend toujours à nouveau ses forces (Homélie, 29 juin 2006).

 

La liturgie nous a donné tout à l'heure le récit de la libération de l'Apôtre emprisonné au livre des Actes (12,1-11). Il attendait son jugement qui devait aboutir sûrement au sort que Jacques venait de subir, car cela était agréable alors aux ennemis de l'Église (12,2). Le mystère des liens et de la prison est une constante dans l'histoire. S. Paul prisonnier du Christ (Act. 23,18 ; Éph. 3,1 ; Phl 1 & 9) en est un témoin aussi probant que Pierre. Derrière le persécuteur où qu'il soit, c'est le diable qui cherche à museler la foi de l'Église. Loin de les craindre selon la chair, S. Paul engage de prier pour ceux qui œuvrent contre notre foi afin que revenu à la droiture de leur sens, ils sortent des liens du diable dont ils sont enchaînés eux-mêmes, tenus captifs pour être manipulés par le Mauvais (II Tim. 2,26). L'Apôtre disait à Timothée après l'avoir exhorté en ces termes qui guident notre conduite : Quant aux questions folles et sans sagesse, évite-les, sachant qu’elles engendrent des querelles. Il ne faut pas que le serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit être au contraire doux envers tous, capable d’instruire, patient, reprenant avec modestie ceux qui résistent à la vérité, dans l’espérance que Dieu leur donnera le repentir, pour connaître la vérité (II Tim. 2,23-25).

À mon sens, S. Paul éclaire ici le mystérieux passage où S. Luc rapporte le mot du Seigneur conseillant de vendre son manteau pour se munir d'un glaive (Luc 22,36). Pour S. Basile, le Seigneur ne commande pas ici d’acheter un glaive, mais il prédit à ses Apôtres ce qui arriverait à ceux qui, oubliant les circonstances de la passion, les grâces reçues et la loi de Dieu, oseraient se servir de l’épée (Reg. Contract. 31). Le conseil de S. Paul aide à interpréter ce glaive, symbole du danger extérieur qui guette les fidèles à la suite de Jésus dans sa passion. Il ne s'agit pas de couper l'oreille de Malchus, mais de se taire et d'être prêt à offrir sa vie en Jésus, dans le martyre du goutte-à-goutte de la vie quotidienne comme, éventuellement, dans le martyre sanglant. Donne ton sang et reçois l'Esprit, disait les Pères du désert (Abbé Longin). De nos jours, un Nigérian vit en songe, il y a peu, une épée que lui tendait le Seigneur lui-même pour le défendre contre les assaillants de Boko Aram : il la saisit, et elle se transforma aussitôt en un chapelet, montrant quelles armes nous avons à utiliser, la prière héroïque en Notre Dame et avec Elle.

La confession de Pierre sur la route de Césarée rejoint la foi de Paul au cours de ses voyages, puis l'un et l'autre se retrouvèrent prisonniers à Rome et martyrs du même jour selon la tradition. La solennité de ce jour les associe tous deux dans cette suprême confession de foi. L'Église se sait enracinée sur leur témoignage de foi et de sang. S. Irénée exprimait bien cela au II°s. : C'est leur doctrine et leur foi que l’Église, disséminée dans le monde entier, conserve avec diligence, formant quasiment une unique famille : une même foi avec une seule âme et un seul cœur, tout comme aux origines (Act. 4,32), la même prédication, enseignement, tradition comme si l’Église ne possédait qu'une seule bouche. Les langues sont différentes selon les régions, mais la force de la tradition est unique et la même. Ainsi la lumière de la vraie prédication resplendit partout et éclaire tous les hommes qui veulent venir à la connaissance de la vérité (Adv. haer., I 10, 2).

La Reine des apôtres se montre ce matin également la Reine de leur martyre. Qu'elle nous protège tous qui devons mettre nos pas dans les leurs, chacun dans son état. La Mère de Dieu au moment du Fiat de l'annonciation se révèle Mère de l'Église avec son Fiat du pied de la croix qui préparait les splendeurs de la vie pascale, amen."

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