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L'Eglise : Benoît XVI / L'Eglise : L'Eglise en France

L’enseignement de Benoît XVI pour nous ancrer en Dieu face au sécularisme et pour la culture de vie

MacDimanche, monseigneur Alain Castet, évêque de Luçon, a célébré une messe d'action de grâce pour le pontificat de Benoît XVI. Son homélie, publiée sur facebook, mérite d'être connue de tous.

"L’évangile de la transfiguration que nous venons de proclamer est un des textes les plus révélateurs de l’identité de Jésus le Christ. La scène a lieu quelques jours avant la passion de Jésus et cette scène est une anticipation de ce qui va se passer à la résurrection du Christ. Eusèbe de Césarée au quatrième siècle dit, par exemple : « Notre-Seigneur ne se contente pas de prédire le grand mystère de sa seconde apparition, il ne veut pas que la foi de ses disciples repose uniquement sur des paroles, et il lui donne encore pour fondement le témoignage des faits, en découvrant aux yeux de leur foi une image de son royaume ».

La scène de la transfiguration se présente, de fait, comme le dévoilement de l’intimité du Christ. Jésus de Nazareth est le Christ avant même sa passion et sa résurrection. Moïse et Elie, c’est à dire la Loi et les Prophètes, le rejoignent dans les jours de sa chair. L’évangéliste St Luc précise : « ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem ».

Lorsque la scène de la transfiguration a lieu sur la route de Jérusalem, nous sommes à quelques jours de la passion. Si Jésus est manifesté ici comme par anticipation dans toute la gloire, de ce qu’il est vraiment et qui se réalisera au jour de Pâques, il est aussi le Messie souffrant qui sera livré « pour nous et pour notre salut ». L’épisode de la transfiguration oriente résolument vers la passion pour définir l’identité de notre Seigneur : Jésus est le Messie glorieux, il est aussi le Messie souffrant.

Pierre, Jacques et Jean sont les heureux bénéficiaires de cette scène extraordinaire. Ils ont eu le privilège d’entrer dans l’intimité du Christ avant même sa résurrection. Par cette vision, ils viennent de naître vraiment comme disciples. Jésus n’a-t-il pas dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera» (Jn 15, 15).

Pierre, Jacques et Jean deviennent ainsi des chercheurs de Dieu.

Le Pape Benoit XVI qui se montre toujours comme un chercheur de Dieu nous invite à voir la recherche de Dieu dans la vie du disciple à partir du modèle de la vie monastique.

Dans le discours mémorable qu’il a prononcé au collège des Bernardins à Paris, lors de sa visite chez nous en 2008, il montrait que le modèle de la recherche de Dieu dans la vie monastique est créateur d’une culture de vie, et fondateur des valeurs dont l’Europe, notre continent peut être fier. Je cite le Pape :

L’objectif des moines, « était de chercher Dieu, quaerere Deum. Au milieu de la confusion de ces temps où rien ne semblait résister, les moines désiraient la chose la plus importante : s’appliquer à trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu. Des choses secondaires, ils voulaient passer aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et sûr.(…) Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes (…) L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprend à percevoir au milieu des paroles, la Parole»[1].

On peut aisément le comprendre : si la recherche de Dieu nous tourne vers Lui comme le premier à connaitre, à aimer et à servir, elle ne nous détourne pas de la construction de la cité. La foi comme don de Dieu et désir d’habiter sa maison, saisit toutes les facultés de l’homme pour l’engager concrètement à investir l’instant présent comme le lieu où Dieu doit être tout en tous.

Le pontificat du Pape Benoit XVI a été essentiel pour penser l’unité entre la foi, comme recherche de Dieu, et la raison. Nous devons en rendre grâce !

Son enseignement nous a constamment appris à ne pas dissocier l’amour pour la cité de Dieu de l’amour pour la cité des hommes. Cet amour pour les deux cités qui consiste en la synthèse entre foi et raison signifie « que Dieu n’est pas éloigné : il n’est pas éloigné de notre raison et de notre vie ; il est proche de tout être humain, proche de notre cœur et proche de notre raison, si nous nous mettons réellement en chemin »[2]

Si la synthèse entre la foi et la raison est une des vocations constitutives des chercheurs de Dieu que sont tous les croyants, Benoit XVI engage, avec insistance, l’Europe à en faire l’enjeu même de ses responsabilités : la prétention du rationalisme occidental à l’universel entraîne aussi le monde entier à dissocier la religion, de la société[3]. En Europe, l’engagement pour la foi, doit être un engagement pour une vision intégrale de l’homme et du sens de sa vie.

Je mesure au moment où, beaucoup de nations occidentales projettent des lois mortifères pour l’avenir de la famille fondement de toute société, combien, le magistère du Pape Benoit XVI nous engage à la redécouverte et à l’enracinement de la foi au Christ. C’est en étant profondément ancrés en lui que nous pouvons, face à la culture séculière ambiante, trouver une alternative porteuse de sens et de vie.

Il est en tout cas clair que l’enseignement du Pape Benoit XVI nous en donne les moyens. Le Pape nous invite à avoir une relation vivifiante et rénovatrice avec la Parole de Dieu. Si le monde a été fait par la Parole de Dieu, le salut de l’homme et du monde créé se trouve dans cette même Parole. Entretenir un lien avec la Parole, c’est créer une relation particulière entre nos vies et nos personnes avec le Christ Vivant. Le lieu d’épanouissement total de la personne humaine et de toute la création se trouve dans le lien entretenu avec Jésus-Christ. Je cite Benoit XVI dans l’exhortation apostolique Verbum Domini :       

« Conscients de la signification essentielle de la Parole de Dieu en référence au Verbe éternel de Dieu fait chair, unique sauveur et médiateur entre Dieu et l’homme, et en écoutant cette Parole, nous sommes amenés par la Révélation biblique à reconnaître qu’elle est le fondement de toute la réalité. Le Prologue de saint Jean affirme, en référence au Logos divin, que «par lui tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui» (Jn 1, 3); de même, dans la Lettre aux Colossiens, il est affirmé en ce qui concerne le Christ, «premier-né par rapport à toute créature» (1, 15), que «tout est créé par lui et pour lui» (1, 16). Et l’auteur de la Lettre aux Hébreux rappelle aussi que «grâce à la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la Parole de Dieu, si bien que l’univers visible provient de ce qui n’apparaît pas au regard» (11, 3)[4].

Chers frères et sœurs, rendons grâce à Dieu pour ce que le Pape Benoit XVI a apporté à l’Eglise et au Monde. Demandons au Seigneur de nous donner la foi et le courage d’aller au devant des responsabilités que son magistère nous a particulièrement fait découvrir. Et au moment, où l’Eglise tout entière est en attente du Pape que l’Esprit nous donnera, je ne peux manquer de vous redire ce message que j’ai délivré ici même dans cette église, à l’ouverture de l’Année de la foi :

Chacun de nous peut comprendre que le Seigneur convoque son Eglise en lui confiant l’annonce de l’Evangile dans un mandat toujours nouveau, invitant à un engagement ecclésial encore plus convaincu. En fait, cet appel à une nouvelle évangélisation naît de la présence fidèle et intime du Christ ressuscité à son Eglise et résonne à toutes les générations pour qu’à situations nouvelles, nous trouvions des chemins nouveaux. Cette évangélisation ne saurait s’appuyer principalement sur des questions d’organisation, certes utiles, ni sur des méthodes, mais plutôt sur une rencontre authentique du Seigneur qui suscite un témoignage pour reconnaître et pour redécouvrir les signes de la présence de Dieu.

C’est au cœur du monde, selon une des intuitions fortes du Concile Vatican II, que les fidèles laïcs, animant les réalités temporelles, agissant de leur propre initiative à la lumière de la foi et de l’enseignement de l’Eglise[5], sont les premiers évangélisateurs. Leur témoignage portera d’autant plus de fruit que l’appel universel à la sainteté, autre enseignement fort du concile, sera entendu par ceux qui s’engagent au service de la mission.

Lorsqu’au jour de notre baptême nous avons été qualifiés de prophètes, le Seigneur nous a envoyés comme signes au milieu du monde. C’est par nos vies et nos paroles dans la mesure où nous resterons des chercheurs de Dieu, que nous serons fidèles à la confiance qui nous a été manifestée.

« Nous ne pouvons pas accepter que le sel devienne insipide »[6]

+ Alain Castet, Evêque de Luçon

[1] Discours au monde de la culture, Collège des Bernardins, 12 septembre 2008. 
[2] Benoit XVI, Audience Générale du 30 janvier 2008. 
[3] Ratzinger, « L’Europe dans la crise des cultures », La Documentation Catholique. Hors-série, 2005, n° 1, p.121-124 
[4] Benoit XVI, Verbum domini, Exhortation apostolique post-synodale, 30 septembre 2010, §.8 
[5] G.S. , n° 43 
[6] Benoit XVI, Porta Fidei , n° 3

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1 commentaire

  1. Il ya des gens qui ont trouvé Dieu et ils s’appellent des catholiques…
    [Non, des Saints. JL]

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