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Culture : cinéma

Le peu de réaction de l’épiscopat à l’occasion de la recrudescence de films à thématique chrétienne

9782204118767-5aaa320461267Bruno de Seguins Pazzis, qui offre régulièrement aux lecteurs du Salon beige quelques critiques cinématographiques, vient de publier un ouvrage fort intéressant intitulé Quand le christianisme fait son cinéma, sorte de Bible du cinéma tournant autour de la religion catholique. De Jérusalem au Vatican, en passant par Jésus, la Vierge Marie, les saints, les anges, le diable, l’enfer ou encore le paradis, c’est plus de 1 200 films qui sont répertoriés et commentés. Muets, péplums, westerns, nouvelle vague, Hollywood…., Bruno de Seguins Pazzis revient sur tous les genres, en souligne les spécificités esthétiques, morales et politiques. Il évoque les polémiques à propos de Pasolini, de la Passion du Christ de Mel Gibson ; des anecdotes sur le tournage des Dix commandements de Cecil. B DeMille, ou encore l'incroyable filmographie autour du diable. Alors que le 7e art a une influence certaine sur nos contemporains et que le cinéma a par conséquent une dimension culturelle incontournable, il est opportun de se demander comment la représentation du christianisme est réalisée. Nous l'avons interrogé. 

Depuis quelques temps, on constate une recrudescence de films tournant autour de la religion chrétienne (Silence et Résurrection récemment, Marie-Madeleine et Saint Paul cette année, pour n'évoquer que les grosses productions). A quoi cela est-il dû selon vous ?

Il faut considérer plusieurs choses. Tout d’abord, nous sommes à présent plongés dans une civilisation que d’aucun qualifie de postmoderne et que je n’hésite pas à qualifier de post-chrétienne. Nous sommes aux antipodes d’une société Christo-centrée. Dans cette société qui baigne dans le matérialisme, l’hédonisme, le relativisme et toute sorte d’ « ismes », le besoin de spirituel finit par se faire sentir. Dans le cinéma, cela surgit assez brutalement en 2004 avec La Passion du Christ de Mel Gibson qui vient remettre de l’ordre dans la représentation de la vie de Jésus après les égarements post conciliaires et post Mai 68. Je veux parler de L’Evangile selon Saint Mathieu de P.P. Pasolini, de La Dernière tentation du Christ de Martin Scorcese et de Jésus de Monréal du montréalais Denys Arcand. En France cela survient presque aussi spontanément en 2010 avec Des hommes et des dieux, réalisé par Xavier Beauvois, cinéaste agnostique. En même temps, le succès du film de Mel Gibson, fait prendre conscience aux producteurs américains qu’il y a un « marché » et cela donne naissance à ce que l’on appelle le mouvement des « Faith Based Movies » (films basés sur la foi). Mais tout ceci pour le meilleur, comme Cristeros ou Liitlle Boy et pour le pire, comme le tout récent Marie-Madeleine et toute une série de films américains d’inspiration évangéliste dont la représentation de la foi chrétienne est sentimentale et naturaliste, de toutes les manières édulcorée. Ceci nécessite de la part du spectateur une grande vigilance, un esprit critique et un minimum de travail d’analyse car si  la soif de spirituel est une réalité, ce n’est pas parce qu’une œuvre cinématographique parle de Dieu, d’Amour, de conversion, voire de Miséricorde, qu’il faut lui décerner ipso facto un label de qualité. Ce n’est pas non plus parce que les intentions et le but apparent sont louables qu’il faut négliger d’y regarder de près et d’en discuter la forme aussi bien que le fond. Bien au contraire, en un siècle où l’erreur se répand comme une trainée de poudre, il convient de redoubler d’attention et de prudence avec les productions cinématographiques qui se parent d’un label de chrétienté ou plus encore de catholicité. Mieux encore, certains films qui n’ont aucune prétention à délivrer un message chrétien, peuvent recéler un caractère évangélique que n’ont pas des productions qui y prétendent.

Lors de la sortie de La Passion de Mel Gibson, l'épiscopat français avait émis une forte réserve. Celle-ci est-elle toujours de mise face aux nombreux films qui sortent depuis quelques années ?

Ce que j’observe c’est le peu de réaction de l’épiscopat à l’occasion de la recrudescence de films à thématique chrétienne que ce soit pour dire ce qui est bien, moins bon ou clairement mauvais. Aucun nom d’évêque  ne me vient à l’esprit qui ait encouragé ses ouailles à aller voir un film comme Cristeros, un film pourtant destiné à un public très large et montrant sur la base de faits historiques des chrétiens qui donnent leur vie plutôt que de renier leur foi. D’une façon plus générale, je crois que l’Eglise est passée à côté de la bataille des images en dépit des efforts qu’ont pu déployer certains religieux comme le père Giacomo Alberione, béatifié par le pape Jean-Paul II en 2003. Outre la fondation de plusieurs congrégations, le Bienheureux Giacomo Alberione avait fondé après la seconde guerre mondiale la Société de Saint Paul dont la vocation consistait en la diffusion du message évangélique au moyen de toutes les techniques modernes de communication. Ce qu’elle a fait en produisant et réalisant une cinquantaine de courts métrages catéchétiques et un très beau film sur la Sainte Vierge, Mater Dei (1950). On peut citer également l’engagement du Révérend Père Bruckberger (Les anges du Péché de Robert Bresson, Le dialogues des carmélites). 

Dans votre ouvrage, vous montrez que, au-delà de tout ce qui a pu être réalisé autour de la vie de Notre-Seigneur, des saints, de l'Eglise, il existe, notamment dans l'Ancien Testament, un certain nombre d'histoires qui mériteraient un film. Pouvez-vous en dire plus ?

Par là, j’entends que de nombreux épisodes de l’Ancien Testament n’ont jamais été exploités par les cinéastes et que certains pourraient être l’occasion de films bibliques intéressants. Ces passages de la bible pourraient également servir à des films utilisant l’art de la métaphore avec des récits se déroulant à notre époque, délivrant ainsi un message implicitement chrétien. Un exemple : Leviathan (2014) du talentueux cinéaste russe Andreï Zviaguintsev dont le récit est bien ancré dans la Russie du 21ème siècle et qui se présente comme une métaphore de l’histoire de Job.

On trouve peu de films sur l'islam, sur Mahomet. Est-ce uniquement parce que l'Occident reste fondamentalement attaché à ses racines chrétiennes ou, selon vous, y aurait-il d'autres raisons ?

Détrompez-vous ! Le cinéma de culture musulmane est très développé aussi bien au Moyen-Orient qu’en Extrème-Orient et qu’en Afrique. Et même en France ! Je pourrais vous citer plusieurs films à thématique islamique comme London River (2009) de Rachid Bouchareb, Les Chevaux de Dieu (2012) de Nabil Ayouch, Timbuktu ou le chagrin des oiseaux (2014) d’Abderrahmane Sissako… Simplement, pour les productions étrangères, elles ne sont pas distribuées dans les salles de cinéma occidentales. Pour l’instant du moins…J’ai même pensé écrire l’équivalent de « Quand le Christianisme fait son cinéma » pour le cinéma de culture musulmane, mais je recule d’une part en raison de la difficulté énorme qu’il y a à réunir la documentation et à la visionner, d’autre part, il conviendrait que j’approfondisse ma connaissance de l’islam et de la civilisation islamique pour éviter tout grave contresens ou propos « hérétique »…

Enfin, vous consacrez tout un chapitre sur le diable dans le cinéma où l'on constate sa forte présence, alors même que sa plus grande ruse est de faire croire qu'il n'existe pas. N'est-ce pas le constat de son échec ?

Bien entendu ! Vous avez tout à fait raison. Mais en premier lieu, comme le dit Sainte Catherine de Sienne « On finit toujours par ressembler à ce que l’on regarde » et tout ce qui tient du diable ne craint pas de se montrer sur les écrans, pour que le spectateur s’y habitue tout simplement. En second lieu, le Malin est bien entendu également présent dans de nombreux films sans qu’il soit physiquement représenté. Je mets le lecteur sur la voie dans le chapitre qui est consacré au diable en parlant des films de la saga des Harry Potter et de ceux de la série Twilight qui sont d’autant plus dangereux qu’ils ciblent un public d’adolescents. Pour ma part, je dois reconnaître que le travail sur ce chapitre a été très éprouvant tant il a nécessité de visionner des films ou des extraits de films dont la laideur le dispute à la perversité. Souvent, tout en travaillant, je récitais en moi-même ce verset du psaume 150 aux vertus exorcistes : « Que tout esprit loue le Seigneur » et que j’ai mis en exergue du chapitre.

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