Le parallèle de Fillon entre l’islam et le catholicisme (loi de 1905) est un non-sens historique

Une réaction de Benoît Dumoulin sur les déclarations de François Fillon au sujet de la laïcité et de l'islam hier soir :

Ob_63232f_cartes-postales-commune-7"Certes, ce n'était pas le coeur du sujet hier soir mais ce point a recueilli mon attention. Quelqu'un pourrait rappeler à François Fillon que son parallèle entre l'islam et le catholicisme  au sujet de la loi de 1905 n'a pas lieu d'être et est un non-sens historique ? L'argument qui consiste à demander aujourd'hui à l'islam une soumission que les catholiques ont fini tant bien que mal par accepter après 1905, sous-entend plusieurs choses : 
 
-Que les Catholiques d'hier étaient animés d'un même esprit de conquête que certains Musulmans radicalisés d'aujourd'hui. C'est oublier que la distinction du temporel et du spirituel est un héritage du christianisme et que la laïcité est elle-même un concept chrétien, même s'il fut dévoyé par la suite. Dresser un parallèle entre les deux, c'est instiller l'idée qu'à l'époque, les Catholiques voulaient instaurer une sorte de califat chrétien contre lequel la République aurait dû réagir, comme elle le fait aujourd'hui avec le salafisme. En gros, cela revient à mettre l'encyclique Vehementer Nos de saint Pie X au même niveau que la doctrine des frères musulmans.
 
-Deuxième sous-entendu : la République aurait eu raison d'agir comme elle l'a fait en 1905 à l'égard du catholicisme, c'est ce qui la légitime aujourd'hui pour agir de la même manière face à l'islam radical. Or, la manière dont a été conduite la politique anticléricale à l'époque est hautement condamnable : du point de vue du droit, l'expulsion des congrégations est liberticide et la rupture unilatérale du Concordat est contraire à l'esprit d'un traité bilatéral qui suppose de pouvoir en négocier l'évolution en concertation avec l'autre partie, à savoir le Vatican. De plus, cela s'est traduit par une véritable spoliation des biens du clergé, notamment son patrimoine immobilier.
 
Du point de vue politique, la séparation a été menée dans un esprit de trouble public et de vexation à l'égard des Catholiques, notamment lors de la querelle des Inventaires qui a causé un mort. Enfin, sur le plan philosophique, la séparation était animée d'un esprit laïcard selon lequel la religion n'a pas sa place dans l'espace public, esprit sectaire qui est encore aujourd'hui partagé par une certaine frange de la gauche, notamment Mélenchon et Hamon.
 
Ce n'est que grâce à l'apaisement du temps et à une jurisprudence libérale du Conseil d'État que la séparation a pu entrer dans les moeurs et être acceptée par les Catholiques, du moins comme un compromis précaire qui permet de sauvegarder une certaine liberté que le carcan des Articles organiques adossé au Concordat corsetait. Reste que les mobiles qui l'animèrent à l'époque étaient hautement condamnables et le demeurent aujourd'hui".

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