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L'Eglise : François / Pays : Allemagne

Le Pape rappelle quelques vérités bien senties aux évêques d’outre-Rhin

Paix Liturgique souligne le sermon du pape François aux évêques allemands, lors de la visite ad limita le 20 novembre dernier.

ANSA908210_Articolo"Partout, l’Église s’engage avec professionnalisme dans le domaine social et caritatif et est très active également dans le domaine scolaire. Il faut garantir que dans ces institutions, l’aspect catholique soit mis en valeur ; de cette façon, elles deviennent un facteur positif, ne devant pas être sous-évalué, pour la construction d’une société vivable. D’autre part, dans les régions de tradition catholique, on remarque de façon particulière une baisse très forte de la participation à la messe du dimanche et à la vie sacramentelle. Alors que dans les années soixante, partout encore, presque tous les fidèles participaient tous les dimanches à la messe, aujourd’hui, ils représentent souvent moins de dix pour cent. On s’approche de moins en moins des sacrements. Le sacrement de la pénitence a presque disparu. Toujours moins de catholiques reçoivent la confirmation ou contractent un mariage catholique. Le nombre des vocations au ministère sacerdotal et à la vie consacrée est en nette diminution. Compte tenu de ces faits, on peut véritablement parler d’une érosion de la foi catholique en Allemagne. […]

Il est indispensable que l’Évêque accomplisse de façon diligente sa fonction de maître de la foi – de la foi transmise et vécue dans la communion vivante de l’Église universelle – dans les multiples domaines de son ministère pastoral. En tant que père attentionné, le prélat accompagnera les facultés théologiques, en aidant les professeurs à redécouvrir la grande portée ecclésiale de leur mission. La fidélité à l’Église et au magistère ne contredit pas la liberté académique, mais exige une attitude humble de service aux dons de Dieu. Le sentire cum Ecclesia doit distinguer de façon particulière ceux qui éduquent et forment les nouvelles générations. […]

De plus, en tournant le regard vers les communautés paroissiales, dans lesquelles la foi est la plus expérimentée et vécue, l’évêque doit avoir particulièrement à cœur la vie sacramentelle. Je voudrais souligner uniquement deux points : la confession et l’Eucharistie. L’imminent jubilé extraordinaire de la miséricorde offre l’opportunité de faire redécouvrir le sacrement de la pénitence et de la réconciliation. La confession est le lieu où l’on reçoit en don le pardon et la miséricorde de Dieu. Dans la confession débute la transformation de chaque fidèle et la réforme de l’Église. Je souhaite qu’une plus grande attention soit portée à ce sacrement, si important pour un renouveau spirituel, dans les projets pastoraux diocésains et paroissiaux au cours de l’année sainte et même après. Il est tout aussi nécessaire de souligner toujours le lien intime entre Eucharistie et sacerdoce. Des projets pastoraux qui n’attribuent pas une importance adéquate aux prêtres dans leur ministère de gouverner, d’enseigner et de sanctifier en ce qui concerne la structure et la vie sacramentelle de l’Église, sur la base de l’expérience, sont voués à l’échec. La collaboration précieuse de fidèles laïcs, surtout là où manquent les vocations, ne peut remplacer le ministère sacerdotal ou même le faire sembler une simple « option ». Sans prêtre, il n’y a pas d’Eucharistie. […]"

Le vaticaniste Sandro Magister estime que

« Le pape a tenu aux évêques allemands des propos très sévères ». « Si l’on en croit ce qui se dit un peu partout, le grand vainqueur du synode aurait été l’Église allemande, qui se situe à l'avant-garde mondiale en matière de rénovation de la discipline du mariage catholique. Mais lorsque l’on entend ce que le pape François a dit aux évêques d’Allemagne, la conclusion que l’on en tire n’est pas que l’Église allemande est la plus avancée du monde, mais exactement le contraire : c’est la plus ravagée ».

Le pape François a pris tout son monde à rebours. Là où les observateurs imaginaient baci e abbraccicomme on dit à Rome (baisers et embrassades) pour sa rencontre avec certains des prélats qui ont le plus argué de la « miséricorde » pour en finir avec l'indissolubilité du mariage sacramental, le Pape, avec la ruse qu'il revendique, a voulu rappeler quelques vérités bien senties aux évêques d'outre-Rhin :

  • le pape a déploré l'absence d'aspect catholique dans les institutions caritatives et dans les écoles allemande,
  • il a stigmatisé la chute verticale, depuis les années soixante !, de l’assistance à la messe et la disparition de la pratique de la confession,
  • il a invité les évêques, « pères attentionnés », à être des maîtres de la foi, « transmise et vécue dans la communion vivante de l’Église universelle »,
  • il a rappelé que « la collaboration précieuse de fidèles laïcs, surtout là où manquent les vocations, ne peut remplacer le ministère sacerdotal »,
  • enfin, il a souligné l'importance de l’engagement pour la vie, « un devoir de l’évêque qui n’est jamais assez apprécié » car « l’Église ne doit jamais se lasser d’être l’avocate de la vie » et d'annoncer « que la vie humaine doit être protégée de façon inconditionnelle du moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle ».

Pour bien apprécier toute la saveur des propos du pape, en particulier son insistance sur le sentire cum Ecclesia, il faut se souvenir qu'en février 2015 le cardinal Marx, président des évêques allemands, avait déclaré : « nous ne sommes pas une filiale de Rome ».

Radio Vatican a vu dans cette admonestation une continuité avec les propos tenus par Benoît XVI à ses compatriotes, notamment lors de sa visite à Fribourg en 2011.

« L'actuel pape émérite avait alors salué l'engagement caritatif des institutions ecclésiales en Allemagne […] mais il avait aussi rappelé que "dans l’esprit de l’enseignement de Jésus il faut plus : le cœur ouvert, qui se laisse toucher par l’amour du Christ, et donne ainsi au prochain, qui a besoin de nous, plus qu’un service technique : l’amour, dans lequel se rend visible à l’autre le Dieu qui aime, le Christ". »

Ces propos sont d’autant plus courageux que les finances du Saint-Siège dépendent largement de l'Église d'Allemagne, la plus riche d'Europe grâce à l'imposition automatique des fidèles.

Le cœur du message du pape demeure le fait que « sans prêtre, il n’y a pas d’Eucharistie ». Le Pape s’adresse à une Église fonctionnarisée, qui compte 3 000 « référents pastoraux » (laïcs salariés en responsabilité ayant un diplôme universitaire de théologie) et 4 500 « assistants pastoraux » (laïcs salariés ayant un diplôme technique de catéchèse ou de liturgie), lesquels remplissent de plus en plus de charges autrefois dévolues aux clercs. 

La revalorisation du sacerdoce, de l’eucharistie et de la confession sacramentelle représente un élément essentiel du renouveau de l’Église. C’est l’une des clès de la vraie réforme que l’Église attend et appelle de tous ses vœux. 

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