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L'Eglise : François

Le pape François et la théologie de la libération

Extraits d'un article intéressant d'Isabelle Schmitz, grand reporter au Figaro :

"[…] Si l'élection du pape François, qui fit immédiatement le vœu d' «une Eglise pauvre et pour les pauvres», a été saluée par Leonardo Boff, l'une des figures éminentes de ce courant théologique, le pape argentin n'a jamais adhéré à la théologie de la libération telle que l'ont définie ses principaux leaders, (Gustavo Gutierrez en tête) dans le contexte tourmenté des années 1960: une «théologie contextuelle», qui, à partir d'une relecture marxiste de l'Evangile, conçoit l'histoire comme un processus de libération de l'homme, «qui conduit à une révolution culturelle permanente, à la construction d'un homme nouveau» et à l'établissement du le Royaume de Dieu sur terre sous la forme d'une société sans classes. Le Christ y est à la fois le libérateur du péché et le chef de file des révolutionnaires, parfois représenté, en croix, sous les traits de Che Guevara. Le pauvre de l'Evangile est entendu comme le prolétaire, considéré comme le seul interprète légitime de l'Evangile et comme le sacrement même du salut. C'est cette inversion fondamentale qu'exprimait le jésuite Joao B. Libanio, au IVe Congrès international de théologie (20 février-3 mars 1980) à Sao Paulo: «Avant, c'était le riche, ou l'Eglise, qui faisaient Grâce au peuple. Aujourd'hui, c'est celui qui réussit à s'approcher du peuple qui reçoit la grâce. Cette découverte: que le peuple simple, le pauvre, est le sacrement du Salut, est la grâce pour nous.» 

Tout en luttant pour la défense et le respect des pauvres, le cardinal Bergoglio n'adhéra jamais à cette herméneutique marxiste, et il rappela avec force la primauté de la foi sur toute vision «idéologisée» de la réalité et de la figure du pauvre. En 2007, il présida la rédaction du document final de la Ve la réunion de Conseil épiscopal latino-américain(CELAM) à Aparecida, dans lequel il insista sur l'urgence d'annoncer le Christ à tous, et sur la mission des chrétiens à «faire de ce continent un modèle de réconciliation, de justice et de paix». Dans son discours au comité de coordination au CELAM, prononcé à Rio de Janairo le 29 Juillet 2013, le pape François rappelait la nécessaire conversion pastorale, qui impliquait de croire en Jésus Christ porteur du Royaume de Dieu, et de l'annoncer en adoptant «les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps, surtout des pauvres et de ceux qui souffrent». Il mettait cependant en garde contre la tentation d'idéologiser le message évangélique par une «réduction socialisante», «une prétention interprétative sur la base d'une herméneutique selon les sciences sociales, (qui) recouvre les champs les plus variés: du libéralisme de marché aux catégories marxistes». 

La théologie du peuple dont s'inspire le pape François est-elle une excroissance de la théologie de la libération? 

La «théologie du peuple», que l'on a beaucoup citée lors du voyage du pape en Amérique latine, émane de la théologie de la libération (elle est née dans son sillage mais se présente comme «autonome») en ce sens qu'elle recherche, selon les mots de Bergoglio en 2012, «les chemins de la libération intégrale de notre peuple, en mettent en avant la nouveauté évangélique, sans tomber dans les réductions idéologiques». En aucun cas elle ne prône la lutte des classes.

Elaborée par les argentins Rafael Tello et Juan Carlos Scannone (qui fut professeur de Bergoglio lors de son noviciat jésuite), elle porte une attention particulière aux pauvres et à la justice sociale, tout en se tenant «loin d'un idéalisme sur les pauvres, loin d'un paupérisme théologal», précise Bergoglio, mais accueillant la culture et la religiosité des gens ordinaires, leur piété, comme une richesse missionnaire et un don de Dieu

Alors que les théologiens de la libération identifient le Peuple de Dieu au peuple comme classe, la théologie du peuple entend le «Peuple de Dieu» comme les peuples de la terre, chacun avec sa culture propre et son enracinement. En Amérique latine, les garants de la culture et des valeurs de chaque peuple sont avant tout les pauvres. Ce sont eux qui maintiennent vivante la notion de peuple, qui sont le plus attachés à leur culture. D'où une sollicitude et une attention supplémentaires aux pauvres. D'où l'importance, pour la théologie du peuple que prône le pape, de l'évangélisation de la culture, et de l'inculturation de l'Evangile. En plus de la justice sociale et de la lutte évangélique pour le respect des plus humbles."

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