"Le nouveau pape est un homme d’une très forte personnalité"

Extrait du portrait du nouveau pape, dressé par l'abbé Barthe dans Présent :

B"[…] Formellement, c’est un pur produit du moule ignacien, en tout
cas du moule ignacien côté supérieurs
. Le nouveau pape est un homme
d’une très forte personnalité, ayant un sens puissant de l’autorité
. On a
déjà comparé sa personnalité à celle de Pie XI, mais pour ma part, je
le comparerais plutôt au cardinal Benelli, qui a dominé longtemps la
Curie de Paul VI.

Jésuite très fidèle à ses devoirs, c’est un ascète, qui se lève aux
aurores, fait chaque jour une heure d’oraison. Ayant une très grande
puissance de travail, une mémoire étonnante, une intelligence souple, il
a une remarquable capacité de contrôle direct de ce qu’il régit
(il n’a
pratiquement jamais eu de secrétaire particulier). Ceci dit, il est
plus ardu de gouverner l’Eglise universelle que l’Eglise d’Argentine,
surtout à 76 ans, vivant depuis l’âge de 21 ans avec pratiquement un
seul poumon et étant tout de même réellement fatigué depuis quelques
années. Quant à redresser une situation ecclésiale, qui aujourd’hui le
peut ? Le pape François quitte un diocèse, celui de Buenos Aires,
affligé d’une grave crise des vocations et miné par la sécularisation, à
l’image de tant de diocèses dans des terres qui furent jadis de
chrétienté.

C’est un intellectuel, un homme cultivé, et qui sait éminemment
vulgariser
 : il s’efforce de parler avec une grande simplicité ; il
s’obligeait même, en Argentine, à des expressions argotiques. Ses
attaques répétées contre le consumérisme, contre une religion diluée
sont très roboratives. Cela revient aussi à dire qu’il sait parfaitement
communiquer
, sauf que son caractère abrupt peut lui jouer des tours. Il
attache la plus grande attention aux nominations qu’il fait
, ainsi
qu’il l’a prouvé aux postes de responsabilité qu’il a exercés, comme
provincial des jésuites et comme primat d’Argentine, « faiseur » des
évêques de ce pays. […]

L’Argentine est un pays qui a été marqué par un phénomène politique très
spécifique, le péronisme, dont je ne sais si on peut le faire entrer
purement et simplement dans la catégorie des populismes, tant l’éventail
des sensibilités des partisans de Juan Perón, qui allait du fascisme à
une gauche très avancée, était grand. Jorge Mario Bergoglio était un
péroniste engagé de centre droit, un catho-péroniste si vous voulez
. Il a
été membre depuis la fin des années 1960 (c’est-à-dire à peu près à la
date de son ordination) d’une organisation péroniste dite OUTG
(Organisation Unique du Transfert Générationnel), qui ne s’engageait
pas dans la lutte armée, mais qui se consacrait à la formation de jeunes
cadres de ce mouvement extrêmement social, quoique radicalement hostile
au marxisme
. Fin 1974, alors qu’il était provincial des jésuites depuis
un an, il confia le contrôle de l’Université jésuite del Savaldor (du
Saint-Sauveur) à d’anciens membres de cette organisation, qui venait
d’être dissoute. On reproche souvent à Jorge Mario Bergoglio son appui à
la junte militaire qui écarta Isabel Perón en 1976. Il faut comprendre
qu’il a été de ceux qui ont voulu préserver l’héritage social du
péronisme
. La reformulation qu’il opéra ensuite de son parcours dans un
livre d’entretien fameux, El Jesuita, publié en 2010, est
évidemment une œuvre de circonstance, mais elle n’est pas fausse dans
l’insistance qu’il y déploie pour affirmer que sa ligne a toujours été le souci des pauvres, l’organisation en leur faveur des structures sociales et l’évangélisation en ce sens. […]

[S]on attitude très critique vis-à-vis du gouvernement « bourgeois » des
Kirchner a porté tout à la fois sur la faiblesse de la politique sociale
et sur la remise en cause du fondement catholique de l’Argentine (voir
par exemple son livre : Ponerse la patria al hombro, Prendre la
patrie sur les épaules, 2004), avec des prises de position bien connues
contre l’avortement et le mariage homosexuel. Sa défense de la morale de
la famille et de la vie a été très décidée
. […]

Jorge
Mario Bergoglio participa à la lutte menée par Jean-Paul II et par le
cardinal Ratzinger contre cette théologie [de la libération]
en tant que marxisante (avec
deux instructions de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur ce
thème, de 1984 et 1986). Il devint évêque lors du basculement de
tendance de l’épiscopat d’Amérique Latine […]."