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France : Politique en France

Le FN peut-il rassembler la France du Non au Traité européen ?

Autre analyse de l'élection du Doubs sur Polémia :

"[…] Par rapport à la moyenne nationale, on note deux éléments de différenciation particulièrement importants : la moindre part des cadres et professions intellectuelles supérieures (-41%) et la forte proportion d’ouvriers (+64%). Soit une sous-représentation de la catégorie socio-professionnelle la plus hostile au FN et une surreprésentation de celle qui lui est le plus favorable.

La circonscription est, par ailleurs, composée de 55 communes, essentiellement des villages. Seules Audincourt (14.800 habitants) et Valentigney (10.500 habitants) comptent plus de 10.000 habitants. Situé au nord-est du Doubs, à proximité immédiate de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort, ce territoire est au cœur de la « France périphérique » chère au géographe Christophe Guilluy. En 2005, le Non à la constitution européenne y a obtenu, sans surprise, des scores très élevés (68% à Audincourt, 63% à Valentigney, 70% à Sochaux ou à Hérimoncourt). […]

Il y a plusieurs manières de lire ces résultats : la première consiste à dire que l’impopularité de la gauche, et en particulier du PS, reste forte ; elle perd plus de la moitié de ses voix entre 2012 et 2015, quand le nombre de votants ne diminue que de 35%. La droite parlementaire, affaiblie par l’incurie de son candidat, n’en bénéficie guère : ceci confirme que les succès enregistrés par l’UMP et l’UDI aux élections municipales de mars 2014 sont davantage dus à l’abstentionnisme massif des électeurs de gauche (notamment des Français d’origine étrangère), qu’à leurs propres mérites. Quant au FN, si son électorat s’est surmobilisé aux européennes (il n’avait pu s’exprimer au moment des municipales, le parti de Marine Le Pen n’ayant présenté aucune liste dans la circonscription), il est le seul grand bloc qui perd des voix entre 2014 et 2015. Il semble difficile de dégager une explication unique, mais il est probable que le climat d’union nationale artificielle consécutif aux attentats ait contribué à enrayer sa dynamique et à donner un ballon d’oxygène au parti socialiste, qui lui a permis de se hisser au second tour, et donc de l’emporter. 

Donc de l’emporter, en effet, car depuis son émergence, le FN est dans l’incapacité chronique de rassembler plus de 50% des voix dans le cadre d’une élection législative. Rappelons ainsi que seuls trois candidats FN sont parvenus à obtenir plus de 50% des suffrages exprimés dans un tel cadre : Yann Piat, dans le cadre des législatives de 1988 (23,3% des voix au premier tour ; 53,7% au second) ; Marie-France Stirbois à Dreux en décembre 1989 (42,5% des voix au premier tour d’une législative partielle ; 61,3% au second) ; Jean-Marie Le Chevallier aux législatives de 1997 (32,4% au premier tour ; 53,2% au second). […]

Le FN national-libéral des années 1980 n’y arrivait pas. Le FN philippotiste des années 2010 n’y arrive pas davantage. L’autoproclamé « premier parti de France » ne parvient pas à obtenir plus de 50% des voix au niveau d’une circonscription législative depuis 18 ans ! Comment dès lors envisager sérieusement une victoire à l’élection présidentielle, voire dans une région dans le cadre d’un duel ?

Développons ici une hypothèse iconoclaste : tout se passe comme si, quelle que soit sa ligne politique, le FN demeure, depuis sa création, le meilleur ennemi du Système. Lorsque la vie politique opposait la gauche et la droite classiques, l’objectif de celles-ci était d’obtenir 50% plus une voix : une gageure. Fallait-il rassembler son camp en musclant son discours, ouvrir au centre, s’aventurer sur des thématiques inconnues ? Bien souvent du poker plus que du jeu d’échecs.

Désormais, il s’agit, pour le PS comme pour l’UMP, de jouer petit bras en s’efforçant d’obtenir la deuxième place derrière le FN : l’objectif, beaucoup plus facile à atteindre, consiste pour, pile, à avoir une voix de plus que, face, au premier tour. Et tel un Chirac moyen, on remporte aisément un second tour, avec bagage d’une vingtaine de pour cent au premier. Certes, Hollande n’obtiendrait pas 80% face à Marine Le Pen : il est même probable que celle-ci pourrait aisément franchir la barre des 40%, mais elle aurait seulement une chance infime d’envisager la victoire. […]" 

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