Le diable agite l’Eglise

Le père Sante Babolin, professeur de philosophie à la retraite de la prestigieuse université jésuite la Grégorienne, a réagi publiquement contre les propos du supérieur général des Jésuites, qui estime que «Satan» n'est qu'un symbole. Il déclare au Figaro :

"Je suis un prêtre catholique et professeur émérite de l'Université pontificale grégorienne de Rome, où j'ai enseigné la philosophie pendant trente-trois ans. Mon évêque m'a confié la responsabilité d'accomplir le rite de l'exorcisme majeur. Depuis 2006, j'ai ainsi célébré 2300 rites d'exorcisme. C'est donc sur la base de cette expérience concrète que j'ai réagi.

Le diable existerait donc?

Pour tout vous dire, quand l'évêque m'a confié ce ministère, je ne croyais pas possible qu'un baptisé puisse être possédé par le démon… Mais j'ai dû me rendre à l'évidence! Les actions du diable sur l'homme peuvent être ordinaires: ce sont les tentations. Ou extraordinaires: ce sont les vexations, les obsessions et les possessions. La discipline de l'Église réserve l'exorcisme aux seules personnes possédées. Et avant d'exorciser une personne, nous demandons systématiquement une visite psychiatrique.

En quoi le père Arturo Sosa a-t-il tort, selon vous?

Le démon est diable, du grec diabolos, le «diviseur». Et non symbole, du grec simbolos, l'«unificateur». Le titre de symbole revient précisément à Jésus de Nazareth, en tant qu'il a uni l'humanité avec la divinité et la nature humaine avec la nature divine, dans la personne divine du Verbe de Dieu.

Que dit l'Église sur la question du diable?

Le pape Paul VI a donné une remarquable synthèse sur ce thème en 1972: «Nous trouvons, a-t-il dit, le mal dans le règne de la nature où beaucoup de ses manifestations mettent en évidence un désordre. Nous trouvons le mal dans les désordres humains où nous rencontrons la faiblesse, la fragilité, la douleur, la mort et quelque chose de pire: une double loi contradictoire, une loi voudrait le bien, l'autre loi se tourne vers le mal. Ce tourment, saint Paul l'explique pour démontrer à la fois la nécessité mais aussi la chance de la grâce salvatrice du salut apporté par le Christ… Ensuite nous trouvons aussi le péché, la perversion de la liberté humaine, cause profonde de la mort parce que détaché de Dieu qui est source de la vie. Et puis, parfois, nous trouvons un agent ennemi et obscur, le démon qui intervient en nous et dans notre monde. Le mal n'est plus alors seulement une déficience mais une efficience, un être vif, spirituel, perverti et pervertissant. Une terrible réalité. Mystérieuse et à craindre.»

Des théologiens catholiques estiment toutefois que le thème du diable est dépassé…

Moi aussi, j'étais de cet avis! Mais j'ai dû me rendre à l'évidence, non par le débat d'idées mais par cette expérience concrète et empirique d'exorciste. «Il arrive, dans les exorcismes, que les démons me disent :« Je suis le mal. Je suis la haine, et même si je voulais aimer, je ne le peux pas»

Beaucoup de croyants et de non-croyants ne comprennent pas pourquoi un Dieu bon permettrait le mal…

Dieu nous a créés capables de répondre à l'amour par l'amour. Mais sans liberté, il n'est pas possible d'aimer. Les démons ont aussi été créés bons, mais libres également. Ils sont devenus mauvais par leur choix libre. Dieu ne peut rien faire pour eux parce qu'ils sont métaphysiquement obstinés dans le mal. Il arrive, dans les exorcismes, que les démons me disent: «Je suis le mal. Je suis la haine, et même si je voulais aimer, je ne le peux pas.»

Pourquoi le pape François, jésuite, parle-t-il autant du diable?

Le pape François s'inscrit dans la tradition de l'Église. Quand il a inauguré une nouvelle statue dédiée à saint Michel Archange au Vatican, en 2013, il a dit: «Michel lutte pour rétablir la justice divine et défendre le peuple de Dieu de ses ennemis, et surtout de l'ennemi par excellence, le diable. Saint Michel gagne parce que Dieu agit en lui. Cette sculpture rappelle que le mal est vaincu parce que le salut est accompli une seule fois et pour toujours dans le sang du Christ. (…) En consacrant l'État de la cité du Vatican à saint Michel Archange, nous lui demandons qu'il nous défende du Malin et qu'il le jette dehors.»

Il semble que l'on ne croie plus, ou peu, au diable dans l'Église catholique…

Paul VI demandait: «Il y a des signes de la présence de l'action diabolique, mais quels sont-ils? Et quels sont les moyens de se défendre contre des périls aussi insidieux?» La réponse à la première question demande beaucoup de précautions, même si les signes du Malin semblent parfois se faire évidents… Mais tout l'enjeu est de répondre à la seconde question: tout ce qui nous protège du péché, de façon décisive, c'est la grâce de Dieu. Elle nous fortifie contre l'ennemi invisible."

I-Moyenne-24077-judas-est-il-en-enfer-reponse-a-hans-urs-von-balthasar-une-supplique-au-pape.netEn ce centenaire des apparitions de la Vierge Marie à Fatima, où elle a montré l'Enfer aux trois enfants, lire aussi l'ouvrage de l'abbé Guy Pagès "Judas est-il en Enfer ?". Il est persuadé que si la Vierge est venu nous montrer l'Enfer, c'est parce que le rappel de ce dogme allait nous être nécessaire. Et en effet, la pensée de l'Enfer est aujourd'hui aussi absente de l'univers mental des chrétiens que ce qu'elle est présente en celui des musulmans. Y aurait-il dans la disproportion de ce rapport la raison de l'affaiblissement de la Foi en Occident et de l'invasion de celui-ci par l'islam ? L'abbé Pagès nous invite avec une impressionnante liberté et lucidité à revisiter ce dogme et à partager sa conviction aussi tragique que remplie d'espérance : Si les gens savaient qu'ils vont en Enfer, ils changeraient de vie.   

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