Le CESE est-il là pour servir la soupe du gouvernement ?

Jean-Louis Chaton, ancien membre du CESE, écrit dans Les 4 Vérités (tribune reprise de Nouvelles de France):

"Je me réjouis que les responsables de la
« Manif pour Tous » aient réussi à mobiliser
plus d’un million de personnes à
Paris et déjà plus de 600 000 signatures
pour une pétition. C’est un succès remarquable
dont je les félicite.
Malheureusement, mon expérience d’ancien
membre du Conseil économique, social
et environnemental (CESE), nommé en qualité
de président de la Chambre nationale
des professions libérales, me fait craindre
que l’objectif de la pétition, saisir le CESE
pour avis, ait un effet inverse de celui
recherché, du fait de la composition de ce
Conseil, dont de très nombreux membres
sont nommés par le Président de la
République ou le Premier ministre
.
Je suis persuadé que le CESE donnera un
avis favorable au projet aberrant
de mariage
pour tous.
Par ailleurs, les avis du CESE ne sont pris en
compte par les gouvernements que lorsqu’ils
peuvent leur servir de caution pour
faire aboutir leurs projets.
C’est ainsi que, lorsqu’Alain Juppé a décidé
de créer la CSG, il a demandé l’avis du CESE.
Sur 231 membres du CESE, nous n’avons été
que 3 à voter contre la création de la CSG :
MM. Aicardi, Casanova et moi-même.
Alain Juppé a pu ensuite déclarer que,
conformément à l’avis du CESE, il proposait
la création de la CSG.

Autre exemple de l’orientation du CESE et
des votes : Jean-Louis Dumont, alors ancien
et futur député socialiste de la Meuse,
ayant déposé un avis proposant notamment
la création d’un impôt sur les terrains
à bâtir pour obliger les propriétaires à vendre,
j’ai été le seul membre du Conseil à
voter contre cet avis.
Même Pierre Poujade, le célèbre pourfendeur
de l’oppression fiscale, a voté en
faveur de ce texte préconisant la création
d’un nouvel impôt !
Pierre Poujade avait été nommé membre
du CESE, au titre des personnalités qualifiées
par François Mitterrand, pour le
remercier d’avoir appelé à voter pour lui
lors des élections présidentielles.
Lui ayant demandé comment il avait pu
voter pour la création d’un nouvel impôt,
Pierre Poujade m’a répondu ne pas avoir
pris connaissance du rapport de Jean-Louis
Dumont et qu’il donnait systématiquement
son pouvoir pour voter, en son nom, au président
de son groupe…"

11 réflexions au sujet de « Le CESE est-il là pour servir la soupe du gouvernement ? »

  1. G

    Conclusion : c’était une “mauvaise bonne idée” de la Manif pour tous. Ça lui reviendra dans la figure comme un boomerang.
    N’oublions pas que le gouvernement a, de son côté, saisi le Comité consultatif national d’éthique qui rendra lui aussi un avis identique.
    Fort de ces deux avis favorables à son projet de loi, le gouvernement refusera le référendum. Victoire par K.O.
    Il faut que la Manif pour tous cesse de se placer sur le terrain piégé de l’homophobie qui fait le jeu de Hollande et des francs-maçons.

  2. jehan

    Le CESE ne sert probablement à rien, par contre, la démarche pétitionnaire qui vient d’être expérimentée par la « manif pour tous » avec l’aide de Philippe Brillault, Maire du Chesnay, nécessiterait d’être pérennisée car elle crée une Agora concurrente du Système politico-médiatique.
    A propos de la notion d’Agora, voici ce qu’exprimait Philippe Némo (philosophe et historien) au micro de Claude Reichman le 09/09/2011:
    « Il est très possible qu’une majorité de français pensent comme nous mais comme ils ne lisent leurs idées que dans des petits journaux, des petits médias qui n’ont pas une audience réellement publique ou dans des conversations privées, ils croient toujours être seuls »
    « Tant que des idées n’ont pas été portées sur l’Agora – même si elles ont été exprimées sur des canaux parallèles – on n’a pas franchi le stade décisif ; car ce qu’il faut, c’est que « tout le monde sache que tout le monde sait »

  3. Michèle

    L’idée n’était pas mauvaise, dans une société à peu près normale. Il va falloir nous faire à l’idée que tout est pourri jusqu’aux fondations, et que lorsque nous croyons marcher sur du solide, nous risquons de nous retrouver au sous sol dans les égoûts!
    Que nous reste-t-il ?

  4. mr

    @m :
    Après le référendum de 2005 repoussant le traité européen … finalement adopté sans problème 2 ans plus tard par voie parlementaire (merci Sarkozy), les gens ont-ils vraiment besoin de quelque chose de plus pour voir “le vrai visage de ce qui n’est plus aujourd’hui une démocratie.” ?
    Et après avoir vu cela, que fait-on, quand, en plus, on est intérieurement conditionné pour refuser de soutenir un courant stigmatisé comme “fasciste” ?

  5. Clovis

    La démonstration du réveil populaire français est néanmoins en train de se faire à travers ces énormes manifs et cette pétition. Plus c’est gros, plus ça passe: voilà comment ça marche aujourd’hui. Il faut continuer. Pour cette pétition il est évident que de nombreux sociologues ( sans doute principalement non français) vont étudier ce phénomène assez insolite: réunir 700.000 pétitions écrites en trois semaines, comment? pourquoi? etc..;

  6. fred

    C’était aussi un formidable moyen pour rassembler des groupes pas forcément enclins à travailler ensemble. Hollande fait l’unité contre lui. Les conversations autour de la pétition délient les langues et montrent bien que bien peu de monde est intéressé et favorable à ce projet de loi. La fracture avec les élites vient de s’agrandir un peu plus. La fracture avec les quartiers populaires est devenue abyssale !

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